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«Emni», la filiale de Daech qui veut terroriser l’Occident

Le New York Times a publié mercredi 3 août une enquête sur une branche de l’organisation terroriste mise sur pied par Daech pour lancer des attaques dans les pays occidentaux. 16275643438_977e2246e4_bOn ne savait jusqu’ici presque rien sur Emni. Mais, grâce au travail rigoureux du journaliste américain Rukmini Callimachi, spécialiste de cette organisation djihadiste, on en sait davantage et c’est tout bonnement effrayant.

Basée sur des documents des services secrets britanniques, français, allemands ou encore autrichiens ainsi que sur des témoignages de membres du renseignement américain d’anciens combattants de l’organisation terroriste tel Harry Sarfo, un ancien djihadiste allemand de Daech incarcéré dans son pays depuis son retour de Syrie en juillet de l’année dernière, l’enquête du New York Times démontre à quel point Emni est un composant important, si ce n’est essentiel, de l’organisation.

Mise en place en 2014, cette branche a pour mission de recruter des combattants et planifier des attaques terroristes à travers le monde et, en premier lieu, à l’encontre des pays occidentaux.

Le journal américain divulgue que ce sont les dirigeants de l’Emni qui auraient fomenté les attentats de Paris en novembre 2015 et de Bruxelles de mars dernier. Mais, Emni serait aussi derrière les deux tueries qui ont eu lieu en Tunisie ; soit celles du musée du Bardo le 18 mars 2015 et de la plage de Sousse le 26 juin de la même année.

Une branche rondement menée

Grâce au témoignage de l’ancien djihadiste incarcéré aujourd’hui dans une prison de haute sécurité, on constate que cette filiale n’est pas menée par n’importe qui et est on ne peut mieux organisée.

C’est tout bonnement le mystérieux porte-parole et chef de la propagande de Daech, Abu Muhammad al-Adnani, qui est à la tête de ce « service secret » de l’organisation qui, à l’origine, servait avant tout d’orage de sécurité interne en Syrie et en Irak. Au fil du temps, Emni a évolué pour devenir un monstre aux ambitions internationales.

Au service de Abu Muhammad al-Adnani, plusieurs lieutenants planifient des attaques et organisent la mise sur place de cellules secrètes « pour les affaires européennes, asiatiques et arabes ». Parmi eux, un Français : Abou Souleymane ; ainsi qu’un Syrien : Abou Ahmad. Deux hommes qui, selon les renseignements à Washington, auraient toute la confiance du grand manitou al-Adnani.

Ce sont eux qui sélectionnent puis forment les combattants qui intégreront les rangs de l’Emni au sein de la viande fraiche arrivée en Syrie et en Irak, mais aussi parmi ses combattants actuels et leurs forces spéciales ou commandos d’élite.

Les recrues sont ensuite triées par nationalité ou par langue en de multiples unités avant d’être envoyées pour une macabre mission à l’étranger ; elles-mêmes misent sur pied par les deux acolytes qui y prennent un plaisir sadique comme cela transparait dans les propos de Harry Sarfo qui a eu l’occasion d’évoquer avec eux les attentats de Paris : « Ils ont commencé à rire. Mais vraiment à rire jusqu’à en pleurer. Ils ont dit : ‘ne vous inquiétez pas pour la France, pas de problème’ ». En outre, les enquêtes confirment que ces deux hommes seraient bien derrière les attentats de Paris où ils disposaient d’agents en contact direct avec eux.

Comme l’exposait un ancien djihadiste français aux enquêteurs de la DGSI, l’objectif est simple, mais redoutablement efficace puisqu’il s’agit « d’envoyer des gens partout dans le monde pour mener des actions violentes, tuer ou bien recruter des jeunes ou ramener des produits chimiques pour les armes ».

Des loups solitaires ? Pas vraiment…

L’enquête du New York Times souligne un fait inquiétant : l’infiltration des djihadistes envoyés par Daech à l’étranger est d’une telle discrétion et si bien organisée que rien ne permet de les repérer avant leur attaque et qu’on pense ainsi à des loups solitaires.

Pourtant, en réalité, il n’en est rien. Les agents de Daech sur place ont été formés par les lieutenants de Daech et sont rompus aux techniques de combats. Quant aux possibles assaillants, ils sont en contact direct avec des entremetteurs qui assurent la liaison entre les membres de l’organisation qui sont sur place, soit les instructeurs, et les futurs terroristes.

Comme l’explique de nouveau Harry Sarfo, Daech utilise ce qu’ils appellent des « hommes propres » – ou clean men – soit des individus reconvertis à l’Islam depuis peu et sans lien avec des groupes radicaux, à qui l’on donne le rôle de transmettre les consignes des agents sur place de Daech qui planifient et préparent les opérations et de potentiels candidats au djihad. Les intermédiaires peuvent aussi servir de courroie de communication pour la propagande du groupe terroriste.

La thèse du loup solitaire qui se radicalise tout seul dans son garage doit donc être mise de côté si l’on veut comprendre aujourd’hui les mécanismes qui sous-tendent la multiplication des attaques sur notre sol et les prévenir.

Aujourd’hui, selon le quotidien américain, des combattants de cette filiale sont bien présents en Europe, mais aussi au Liban, en Tunisie, en Malaisie, en Indonésie ainsi qu’au Bangladesh et en Turquie où, dans ce dernier, ils se conteraient par centaines. Tant d’« agents dormants » qui représentent de véritables bombes à retardement qui ne demandent qu’à exploser.

Camille Saulas. 

 

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