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En direct : déroulement et résultats des élections législatives turques

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C’est le grand jour ! Les citoyens turcs ont rendez-vous aux urnes pour élire les membres du Parlement national d’Ankara. Un scrutin d’une importance capitale, et qui vient conclure une semaine sous haute tension ponctuée par quelques accidents tragiques à l’image des trois morts -et la centaine de blessés- provoquées vendredi dernier par un attentat à la bombe lors d’un meeting du HDP à Diyarbakır, capitale officieuse des Kurdes.

Nous vous tiendrons régulièrement informés du déroulement des évènements.

Les protagonistes

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L’AK Parti ou l’AKP : De centre-droit, le Parti pour la justice et le développement est au pouvoir depuis 2002. Incontestablement lié à l’omniprésent Recep Tayyip Erdoğan, et plus ou moins soutenu publiquement par ce dernier au prix de doutes quant à l’impartialité présidentielle, l’AKP n’a jamais perdu une élection depuis son premier triomphe de 2002. Mêlant ultra-libéralisme et valeurs traditionnelles et religieuses, le parti au pouvoir vise cette fois davantage qu’une simple première place. Souhaitant faire passer une réforme de la Constitution supposée instaurer un régime présidentiel qui, d’après l’ensemble de l’opposition, devrait renforcer les pouvoirs de Recep Tayyip Erdoğan, le parti aura pour cette entreprise besoin de 330 sièges sur les 550 que compte le Parlement.

Le CHP : Social-démocrate, le Parti républicain du peuple est depuis de nombreuses années le principal parti d’opposition de Turquie. Fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk et seul parti politique du pays jusqu’en 1950, le CHP est l’héritier de près d’un siècle d’idéologie laïque et républicaine. Finissant deuxième à chaque élection l’opposant à l’AKP, la formation dirigée depuis 2010 par Kemal Kılıçdaroğlu espère cette fois-ci bénéficier d’un vent d’énergie et de renouveau rendu possible par l’organisation de primaires et la présence de nombreuses figures jeunes et/ou féminines sur ses listes.

Le MHP : Ultra-nationaliste, eurosceptique et panturquiste, le Parti d’action nationaliste est généralement le second parti d’opposition au sein du paysage politique turc. Le parti a été fondé en 1969 par le sulfureux Alparslan Turkeş, un ex-colonel que les agents de la Gestapo eux-mêmes qualifiaient de « Führer du panturquisme », et qui prit part au coup d’État militaire du 27 mai 1960. En raison de ses années passées aux États-Unis, on lui attribue souvent la mise en place de la version turque de Gladio, le fameux réseau clandestin anti-communiste piloté par l’OTAN qu’on a aussi pu retrouver dans des pays comme l’Italie des années de plomb. Désormais mené par Devlet Bahçeli, le MHP est aujourd’hui farouchement opposé à l’AKP et espère un score avoisinant les 20%. Ses milices restent bien connues.

Le HDP : Mouvement principalement pro-Kurdes, le Parti démocratique des peuples (à ne pas confondre avec le Parti démocratique du peuple qui n’existe plus) est un nouveau venu qui, en presque trois ans, n’a cessé de gagner en popularité. Sorte d’union politique réunissant de nombreux petits partis écologistes, de gauche, ou défendant les minorités ethniques voire sexuelles, le HDP est devenu un élément clé de la campagne électorale. Bien qu’ayant déjà en pratique des députés au Parlement sous l’étiquette d’indépendants, la formation de Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ espère passer le barrage électoral de 10% en vigueur en Turquie pour faire son entrée officielle à la grande Assemblée. Un scénario qui condamnerait mathématiquement les chances du parti au pouvoir d’obtenir les 330 sièges visés. Raison pour laquelle de nombreux analystes prédisent que le HDP bénéficiera de votes stratégiques de la part d’électeurs traditionnels du CHP et, plus fou encore, des nationalistes du MHP.

Le scrutin

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Les votes ont commencé ce matin dans les 81 provinces de Turquie. Près de 58 millions de Turcs devraient investir les bureaux de vote aujourd’hui. Se basant sur les longues files observées, l’agence d’informations Doğan rapporte une très forte participation dans le Sud-Est (provinces de Batman, Şırnak, Tunceli et Diyarbakır) et en Thrace (provinces d’Edirne et de Kırklareli). Pour prévenir les soupçons de l’opposition en matière de fraude et d’intimidations, le gouvernement assure avoir mobilisé plus de 400 000 agents de sécurité.

12h30 : Moqué et critiqué lors des élections présidentielles de mars 2014 pour avoir attribué la cause de coupures de courants suspectes à un chat qui serait entré dans un générateur électrique, le ministre turc de l’Énergie Taner Yıldız a assuré en début d’après-midi que toutes les mesures étaient prises pour éviter une répétition du scénario : « Je travaillerai jusqu’au matin pour inspecter si les mesures fonctionnent. »

13h30 : On rapporte une rixe ayant fait 15 blessés dans la province de Şanlıurfa (circonscription d’Eyyübiye). Des représentants de partis en seraient venu aux mains, aux couteaux, aux bâtons et aux fusils…

15h : Scènes impressionnantes à Diyarbakır quand des citoyens blessés par le lâche attentat de vendredi dernier sont venus déposer leur bulletin. La double explosion avait fait trois morts et une centaine de blessés parmi la foule venue assister à un meeting du HDP. On en profite pour rappeler que le HDP avait déjà été pris pour cible il y a une vingtaine de jours par un double attentat à la bombe et que l’un de ses chauffeurs de campagne, Hamdullah Öğe, a été abattu mercredi dernier dans la province de Bingöl.

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16h00 : Les réseaux sociaux s’animent suite à la diffusion de photos de voitures sans plaques d’immatriculations à l’arrêt devant des bureaux de votes. Un député CHP, Aykut Erdoğdu, a expliqué sur twitter avoir demandé des précisions à la police et s’être vu répondre que ces voitures leur appartenaient.

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À noter que tous les chefs de partis ont voté. Les deux co-présidents du HDP ont été les premiers, en déposant leur bulletin sur les coups de 10h30 : Figen Yüksekdağ dans la province de Van et Selahattin Demirtaş dans le quartier stambouliote de Sultanbeyli. « Quels que soient les résultats de cette élection, personne ne devrait perdre espoir. Nous voulons que cette élection prépare le terrain à une nouvelle constitution qui garantisse que personne ne se sente marginalisé. », a-t-il proclamé.

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Devlet Bahçeli, président du MHP, a voté à Ankara vers midi, souhaitant que « les résultats de ces élections profiteront à notre pays ». Votant lui aussi à Ankara, le président du CHP Kemal Kılıçdaroğlu a souligné que « la période de campagne était inéquitable » et que « la Turquie et le reste du monde le savent »« Cependant, nous avons travaillé et nous continuerons à travailler avec le sens des responsabilités. », a-t-il assuré.

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Dans sa ville natale de Konya, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu (AKP) en a profité pour révéler aux journalistes qu’un suspect avait été appréhendé concernant les attaques de vendredi. L’actuel président a lui voté à Istanbul, et a évoqué la « forte participation » qui est « nécessaire pour une démocratie forte ».

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16h45 : Du nouveau concernant les voitures sans plaques. Interrogé par téléphone, le gouverneur d’Istanbul Vasip Şahin a expliqué qu’elles ne pouvaient pas appartenir à la police. Mais à qui sont-elles alors ?

17h : C’est fini ! Les votes sont clos, place au dépouillement. Il y a très exactement 174 240 urnes à ouvrir.

Le dépouillement

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18h45 : Environ 25% des urnes auraient été dépouillés selon les agences de presse Anadolu et Cihan. Cependant, en raison d’une directive officielle, il n’est pas possible d’obtenir une première estimation des résultats avant la totalité du dépouillement. Les grandes métropoles n’auraient pas encore été comptabilisées

Au même moment, CNN Türk nous apprend qu’une dispute aurait éclaté entre représentants de partis à la Chambre de commerce d’Ankara où un groupe prétend que certaines urnes auraient été jetées illégalement à la poubelle. Selahattin Demirtaş veut rester optimiste : « Il n’y a pas de problèmes à l’endroit où ils comptent les votes de l’étranger. Nos amis (observateurs) y sont en fonction. Inutile de paniquer. » 

19h : À Bursa, des personnes se sont retrouvées bloquées à l’intérieur d’une école primaire faisant office de bureau de vote après qu’un mur se soit effondré en raison des fortes pluies.

19h29 : La chaîne NTV donnerait actuellement l’AKP en tête avec 43,73% des voix, suivie du CHP (24,29%), du MHP (17,10%), et du HDP (10,61%). Dans ce cas de figure, le HDP entrerait au Parlement avec 72 députés tandis que le parti au pouvoir manquerait de peu la majorité absolue avec 270 sièges sur les 550 du Parlement.

20h00 : Un Parlement à quatre partis semble désormais certain. Avec 80% des urnes dépouillées, le HDP est actuellement crédité de 11.13% des voix et de 75 sièges tandis que l’AKP obtient 42.72% des voix et 265 sièges, un nombre insuffisant pour former un gouvernement en solitaire comme il en avait pris l’habitude. Le CHP et le MHP restent eux confortablement installés à la seconde et troisième place. La question qui risque dès lors de se poser portera sur la nature de la coalition amenée à diriger le pays. Un gouvernement de coalition serait une première depuis 2002 et constituerait un véritable tournant dans la politique turque.

21h00 : Autre conséquence du scrutin, le HDP, strict adepte de la parité politique, va amener au moins 39 députées avec lui au Parlement. De quoi quelque peu remonter la représentation des femmes au sein de l’hémicycle.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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