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Energies renouvelables en Turquie : un business en pleine expansion

Produire sa propre électricité, tel est le défi que le gouvernement turc compte bien relever. Combinant une dépendance aux importations et une augmentation de la consommation d’électricité, la Turquie a décidé de miser sur son territoire. Un vaste programme dans lequel les énergies renouvelables prennent une place de plus en plus importante.

renouvelable

30% d’énergies renouvelables à l’horizon 2023. Voilà l’objectif que s’est fixé le gouvernement pour sa production nationale d’électricité. Un défi relativement ambitieux quand on sait qu’en 2013, la part des énergies renouvelables en Turquie s’élevait à 4,2%. Mais pourquoi un tel pourcentage ? La raison est simple : depuis 1990, la consommation d’électricité augmente de 7% chaque année. Et ce n’est pas près de s’arrêter : une hausse similaire est prévue pour les prochaines années. Un état de fait qui place la Turquie en deuxième position après la Chine, pays ayant la plus importante consommation énergétique.

Mais dans le même temps, la Turquie reste très dépendante en matière d’hydrocarbures, 99% d’entre eux étant importés. Une situation qui a poussé le gouvernement à agir afin de limiter cette dépendance. « Le développement des énergies renouvelables se fait dans cette optique », explique Danièle Scalisi, conseillère développement durable à l’ambassade de France à Ankara. Depuis 2005, une loi définit les énergies renouvelables comme « les ressources énergétiques non-fossiles telles que l’hydro-électricité, l’éolien, l’énergie solaire, la géothermie, la biomasse, le biogaz, l’énergie houlomotrice, marémotrice et des courants ». Fin 2010, un amendement à cette loi a été voté, introduisant un système de prix de rachat selon les technologies utilisées et des mesures incitatives pour stimuler le secteur et le rendre plus attractif. Ce mécanisme de soutien permet notamment de racheter leur énergie renouvelable aux producteurs, à des prix garantis sur une période de 10 ans.

L’hydraulique en haut de l’affiche

La première filière d’énergie renouvelable en Turquie est l’hydraulique. Il s’agit d’ailleurs de la deuxième source de production d’électricité du pays après le gaz naturel. Mais cette énergie renouvelable reste controversée : « L’hydraulique donne une mauvaise image de ce secteur. Les barrages assèchent les rivières et, écologiquement parlant, c’est une catastrophe », indique Ibrahim Çiftçi, membre de Greenpeace Turquie. Pour Pınar Demircan, coordinatrice de l’association Nükleersiz (« Sans nucléaire »), cette énergie cause beaucoup de problèmes : « Les barrages dégradent l’environnement. L’optique est seulement de faire du profit. Notre association n’est pas contre l’hydraulique mais nous sommes en désaccord avec la manière dont cette énergie est exploitée. » La Turquie compte 673 barrages sur son territoire et le ministère de l’Energie estime que le potentiel énergétique de l’hydraulique pourrait atteindre jusqu’à 36 000 Mégawatts dans les prochaines années.

Cette ambition s’illustre par la mise en place de projets démesurés comme le barrage d’Iısu, prévu sur le Tigre, dans le Sud-Est anatolien. D’une capacité de 1 200 Mégawatts, il s’agirait du deuxième plus grand barrage de Turquie. De nombreuses associations écologistes tentent de contrecarrer la réalisation du projet en invoquant les innombrables menaces que fait peser sa construction sur l’écosystème de la région. Des initiatives pour le moment sans succès.

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Alors l’hydraulique peut-elle vraiment être qualifiée de renouvelable ? « Elle fait partie des énergies dites propres. La loi turque de 2005 considère que seules les centrales dont la surface du réservoir est inférieure à 15 km² sont considérées comme produisant de l’énergie renouvelable », précise Céline Hericher, en contrat volontaire international à l’ambassade de France à Ankara.

L’éolien également dans la course

Après l’hydraulique vient le thermal et l’éolien. Ce dernier secteur est en pleine expansion avec une progression de sa production de 62% entre 2003 et 2013. Mais son développement reste encore faible puisque l’éolien ne représente encore que 4,4% de la production totale d’énergie turque en 2014. L’objectif du gouvernement en matière d’énergie éolienne est de 20 000 Mégawatts d’ici 2023. Danièle Scalisi confie que « le groupe français EDF Energies nouvelles a inauguré un parc éolien à Geycek en janvier 2015 ». La production se concentre surtout dans la région Égéenne et celle de Marmara, des zones côtières où le régime de vents est très avantageux.

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Le nouveau parc éolien de Geycek.

Pınar Demircan observe et se désole : « La Turquie dispose d’un potentiel très intéressant dans l’éolien. Mais encore une fois, on ne choisit pas des endroits adéquats pour construire ces éoliennes. Ces parcs détruisent des zones humides mais aussi des espèces protégées. »

Le solaire, un autre secteur d’avenir 

Dans le développement de toutes ces énergies renouvelables, le solaire est le domaine dans lequel la Turquie a le plus bel avenir. « Sa position géographique et son exposition font que cette source énergétique pourrait être très avantageuse », analyse Serdar Kabakcioğlu, attaché sectoriel Agriculture, Développement durable et Energie à l’ambassade de France en Turquie. En effet, le pays dispose du temps moyen d’ensoleillement le plus élevé d’Europe avec 2 640 heures par an.

Pourtant, le solaire stagne toujours à la dernière place des énergies renouvelables turques, même si le gouvernement a adouci la loi pour les installations privées. Ibrahim Çiftçi indique que « les gens ont le droit d’installer des panneaux solaires chez eux sans devoir prendre une licence seulement si leur capacité est inférieure à 1MW. La seule contrainte est de se raccorder au réseau électrique. » En Méditerranée ou sur les côtés égéennes, presque tous les immeubles disposent d’installations photovoltaïques. Le solaire prend donc de l’ampleur en Turquie et Yiğit Kaan Er, un étudiant turc en ingénierie à l’Université Selçuk de Konya, a même mis au point un vélo fonctionnant grâce à cette énergie. Son invention permet de rouler une quarantaine de kilomètres à une vitesse de 35 kilomètres par heure.

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Yiğit Kaan Er et son vélo fonctionnant à l’énergie solaire.

L’écologie, malheureusement loin d’être la priorité

La Turquie aurait donc la « verte attitude » ? Pas vraiment car en parallèle du développement des énergies renouvelables, le gouvernement mise également sur d’autres forme d’énergies comme le nucléaire. Deux projets de centrales sont en cours : l’un à Akkuyu (Sud) et l’autre à Sinop (Nord). Celle d’Akkuyu, près de Mersin, serait exploitée par Rosatom, une entreprise russe. Il s’agirait de la première centrale nucléaire au monde dont le propriétaire ne serait pas installé dans son pays d’exploitation. « L’argument premier du gouvernement pour faire accepter ce projet était la création de nombreux emplois mais, pour le moment il y a aucune indication du nombre de Turcs qui pourront travailler dans cette centrale », informe Pınar Demircan. Pour le moment, la Turquie ne dispose d’aucune centrale nucléaire sur son territoire. « D’un côté il y a l’Allemagne qui a annoncé avoir abandonné l’énergie nucléaire, et de l’autre la Turquie qui va s’en doter pour la première fois. Cela n’a pas de sens », s’agace la coordinatrice de Nükleersiz.

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« Une Turquie sans nucléaire », tel est le message mis en avant par le célèbre groupe de supporters de Beşiktaş, Çarşı, à l’occasion d’un derby Beşiktaş-Galatasaray.

Outre le nucléaire, une centrale à charbon est également en construction. « La Turquie veut augmenter sa production de charbon pour être moins dépendante de ses importations en hydrocarbures », signale Serdar Kabakcioğlu. Le gouvernement lance également des prospections sur ses sols concernant le pétrole et le gaz de schiste. Face à cette situation, le développement des énergies renouvelables est donc à relativiser. Pour Ibrahim Çiftçi, ce secteur ne serait d’ailleurs qu’un business comme un autre pour le gouvernement. Un constat que partage Pınar Demircan, qui reste cependant confiante sur l’avenir de ces énergies : « C’est la meilleure chose que les hommes aient pu inventer depuis longtemps. »

Claire Villalon

3 Comments

  1. C’est encourageant de voir un pays qui grandit se préoccuper des enjeux environnementaux en investissant dans des énergies renouvelables. Ce genre de démarche est tout à fait louable et devrait être plus encouragé par les gouvernements. En France les technologies dédiées aux énergies renouvelables sont de plus en plus nombreuses, et on a beaucoup plus d’outils pour suivre sa consommation et mieux la contrôler (j’en parle dans mon site), mais des efforts restent à fournir pour vraiment faire la différence.

  2. svc

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  3. energie renouvelable 66

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