International, Politique

Entre l’UE, l’OTAN et la nouvelle puissance russe : un pays oublié ? La Moldavie ?

Alors que l’Europe sort peu à peu de ce que l’on nomme encore prudemment la « première vague » de la pandémie du coronavirus, il est un pays dont on a peu parlé depuis quelque temps : la Moldavie. Cette ancienne principauté médiévale remonte au XIVe siècle (elle fut fondée en 1359 par le Voïvode Bogdan 1er [1307-1365]) et fut l’une des trois principautés roumanophones de la région aux côtés de la Valachie et de la Transylvanie qui devaient lutter puis finir vassal de l’Empire ottoman jusqu’au XIXe siècle. Il faudra attendre 1859 (après la guerre de Crimée [1853-1856]) pour que deux de ces principautés s’unissent (Valachie et Moldavie) afin de former la principauté de Roumanie. Cette principauté deviendra, à la faveur des Traités de Paix de la fin de la Première Guerre mondiale et notamment du Traité de Trianon avec la Hongrie, signé le 4 juin 1920, ce que l’on appellera le Grand Royaume de Roumanie de l’entre-deux-guerres. En effet, la Moldavie est composée des entités territoriales suivantes : La Bessarabie et la Podolie méridionale, plus connue sous le nom actuel de Transnistrie. Cette dernière est une région russophone, une véritable enclave slave entourée de locuteurs roumains.

Enchâssé entre la Roumanie actuelle, solidement ancrée dans l’Union européenne (depuis 2007) et dans l’OTAN (depuis 2004), et une Ukraine enlisée dans la guerre du Donbass qui, depuis 2014, oppose pro-occidentaux et sécessionnistes prorusses, ce petit pays de deux millions et demi d’habitants pour presque 34 000 km2 représente une zone de tensions probable.

En effet, le parcours historique de la Moldavie tel que nous l’avons rapidement présenté ici nous montre une province appartenant historiquement à la construction du territoire national roumain ; ce qui nécessite de rappeler que la Moldavie fut une victime collatérale de la signature du Pacte germano-soviétique d’août 1939 qui devait la livrer à l’URSS de Staline, celui-ci « oubliant » de la restituer à la Roumanie en 1945 en faisant ainsi une RSS, soit une République socialiste soviétique intégrée dans le dispositif occidental des États fédérés à l’Union soviétique tout comme le furent l’Ukraine et la Biélorussie. Le développement de l’enclave russophone de la Transnistrie autour de sa « capitale » Tiraspol était un excellent moyen de contrôle et de pression contre toutes volontés que les Soviétiques pouvaient craindre un jour ou l’autre de la part des Moldaves de réintégrer l’ancienne patrie roumaine voisine.

En 1989-1990, le communisme s’écroule à l’Est et en décembre 1991 l’URSS disparait, faisant naître ainsi toute une série de pays désormais indépendants à l’ouest de l’ancien empire soviétique. Une République de Moldavie indépendante était née, les enjeux géopolitiques évoqués allaient donc rapidement reprendre leur place.

De cette période postcommuniste jusqu’à aujourd’hui, les enjeux sont restés les mêmes. En 1992, après une courte guerre, la République moldave du Dniestr, autoproclamée indépendante, conserve sur son territoire un bataillon russe pour la « protéger ». Ceci représente donc un contrepouvoir à la situation politique en Moldavie qui reste partagée entre les partisans d’un ralliement à l’UE avec, sous une forme ou sous une autre, un rapprochement avec la Roumanie et les partisans d’un statu quo voire d’une réintégration dans la Fédération de Russie — comme c’est le cas des régions d’Ukraine auto-proclamées indépendantes et pro-russe dans le cadre de la guerre du Donbass. Cette nouvelle division entre trois grands blocs a été entérinée par les résultats des élections législatives du 24 février 2019, à l’issue desquelles aucun parti n’a été en mesure d’obtenir la majorité absolue. Le parti socialiste (PSRM) pro-russe remporta le plus grand nombre de sièges (35 sur 101), suivi par le parti démocrate (PDM) avec 30 sièges et par le bloc pro-européen « ACUM » qui a obtenu 26 sièges. C’est finalement le parti pro-russe PSRM avec Ion Chicu comme Premier ministre qui assure depuis le 14 novembre 2019 le pouvoir exécutif au côté d’Igor Dodon, le président de la République également pro-russe élu le 23 décembre 2016.

La situation paradoxale de la Moldavie en 2020 se poursuit donc. À n’en pas douter, ce dossier redeviendra un sujet brulant des relations internationales dans un futur plus ou moins éloigné, d’autant plus que Vladimir Poutine, depuis le référendum constitutionnel russe organisé début juillet, pourra se maintenir au pouvoir jusqu’en 2036 et que l’UE peine à remettre en marche le moteur franco-allemand au lendemain de la crise sanitaire. Alors que le 1er juillet l’Allemagne a succédé à la Croatie à la présidence tournante du Conseil européen, peut-être devrions-nous y voir quelques espoirs pour la stabilisation des frontières orientales de l’UE… L’avenir le dira, mais — pour une fois — les points de vue allemands et français semblent enfin converger.

Dr Olivier Buirette, Paris le 15 juillet 2020.

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