Culture, Société

Entre succès et défis, l’Université Galatasaray souffle ses 23 bougies

Le 17 juin dernier, sur l’initiative de Derya Adıgüzel, le Cercle d’Orient célébrait les 23 ans de l’université de Galatasaray au bonheur des quelques anciens du lycée, professeurs et amoureux de la francophonie présents à cette occasion. Jean-Jacques Paul, recteur adjoint de l’université, était l’invité d’honneur de cet événement.

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Le recteur adjoint, en poste depuis 2012, a souhaité revenir sur l’aventure humaine qui avait conduit, en 1992, à la création de l’Université Galatasaray, établissement franco-turc d’études supérieures qui compte parmi les plus prestigieux de Turquie. Originellement le Palais de Galata, ce bâtiment historique du XIXème siècle reconverti en université a donné un second souffle au lycée du même nom. Ce sont plusieurs anciens du lycée francophone Galatasaray qui, inquiets de l’avenir de leur établissement, avaient décidé d’initier le projet d’une annexe universitaire sur les rives du Bosphore, à l’aide de leurs contacts basés en France parmi lesquels l’universitaire Ahmet Insel ou encore l’ancien résistant Etienne Manac’h. Leurs efforts mèneront, en 1992, à l’accord bilatéral franco-turc qui marquera la création de cette université d’exception.

Galatasaray aujourd’hui

L’Université Galatasaray est à prendre en compte au sein du panorama universitaire turc et de son évolution récente, alors que le nombre des universités publiques a doublé, passant de 52 à 109. Malgré cette évolution, Galatasaray a su préserver sa place parmi les universités les plus prestigieuses.

Galatasaray a su préserver sa place parmi les universités les plus prestigieuses. Son mode de recrutement est des plus originaux. 200 étudiants sont recrutés directement à travers le concours national (2 millions de candidats, 400.000 places de licence). Un concours d’entrée interne sélectionne 200 autres étudiants, francophones, qui doivent être également être classés parmi les 25 000 meilleurs élèves au concours national. Ce sont donc 400 heureux élus qui réussissent chaque année à rejoindre les bancs d’études de Galatasaray, qui compte à ce jour 4000 étudiants pour 12 départements plutôt axés sur les sciences humaines mais comprenant aussi deux départements d’ingénierie.

La contribution financière de la France au budget de l’établissement est modeste mais stratégique. Elle représente environ 10 % du budget total de l’université, essentiellement sous forme des salaires des professeurs français. Un consortium d’une trentaine d’universités et grandes écoles françaises, financé par la France, facilite les échanges universitaires et la mobilité des doctorants. La France alloue aussi une trentaine de bourses de master aux étudiants de l’université chaque année. Galatasaray accueille chaque année 250 étudiants Erasmus, essentiellement français mais aussi belges, suisses, canadiens, voire italiens, portugais, espagnols, allemands, et en envoie presque autant en Europe, plutôt en France.

Les enjeux de l’université

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Derya Adıgüzel (gauche) et Jean-Jacques Paul (centre).

Jean-Jacques Paul reconnaît en toute franchise que certains enjeux, si l’on n’y prenait garde, pourraient à terme remettre en cause la pérennité de l’établissement. Parmi les problèmes auxquels fait face l’université, le recteur adjoint est revenu à plusieurs reprises sur la pénurie de locaux dont souffre Galatasaray et qui empêche l’ouverture du département de génie électronique. Un phénomène aggravé par l’incendie survenu en 2013. Au cours d’un tête-à-tête, Jean-Jacques Paul s’est confié à nous sur la question : « On pense toujours que le recteur ne fait rien alors qu’il s’est démené comme un beau diable. Il y a un blocage parce que l’architecte refuse les modifications du projet exigées par la Commission des bâtiments historiques : la reconstruction à l’identique du bâtiment sinistré. Mais l’architecte n’a pas tort, le bâtiment n’est plus un palais fait pour accueillir des familles, comme au XIXème siècle, mais le lieu d’études de 4000 étudiants ». Via une campagne de fonds, la Fondation Galatasaray avait directement pris l’initiative de financer la reconstruction des locaux pour des coûts estimés à près de 25 millions de TL. La rénovation étant toujours bloquée à ce jour par la Commission, ce problème constitue probablement l’enjeu majeur de Galatasaray.

Un problème d’ordre plus pédagogique subsiste également au sujet de la francophonie, qui n’est pas assez portée par certains enseignants. . Jean-Jacques Paul regrette que la langue de Molière soit utilisée comme un « passeport » pour intégrer l’établissement, avant d’être délaissée : « Beaucoup de nos étudiants tendent à perdre ce niveau au fil des années passées chez nous. Il est donc important de réintroduire la promotion du français au sein de l’université ».

Jean-Jacques Paul n’a donc pas caché, ce 17 juin 2015, que beaucoup d’enjeux étaient à reprendre en termes de budget, de francophonie et de partenariats avec les entreprises locales. Questions essentielles au maintien de Galatasaray à la tête des établissements d’excellence en Turquie.

Alexandre De Grauwe-Joignon

Photos : Cansu Demiröz

 

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