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Environnement : depuis ce matin, l’humanité vit au dessus de ses moyens

D’année en année, le constat devient plus alarmant et 2015 n’échappe pas la règle. Animée par une frénésie consumériste sans limite, l’humanité vient d’épuiser aujourd’hui, jeudi 13 août, l’ensemble des ressources naturelles produites sur une année par la planète. L’estimation, réalisée chaque année par l’organisation Global Footprint Network, ne cesse de surprendre par sa précocité. Depuis les années 1970, le seuil critique a avancé de 3 jours par an pour s’établir désormais au bout de seulement huit mois.

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 Transition écologique, développement des énergies renouvelables, traités intergouvernementaux, depuis quelques années la prise de conscience mondiale semble avoir porté ses fruits. Mais souvent, la réalité refait brutalement surface, et les efforts en la matière apparaissent insurmontables.

L’enquête, publiée ce matin par le Global Footprint Network, va dans ce sens. Depuis vingt ans, cette ONG détermine à l’aide des données recueillies par les Nations unies la date butoir à l’issue de laquelle les ressources naturelles produites chaque année par la Terre, seront intégralement épuisées. Ce « jour de dépassement », « earth overshoot day » en anglais est encore plus précoce que lors des années précédentes, confirmant la sombre tendance à l’œuvre.

Les différents pays ne sont cependant pas égaux face au phénomène. Aux côtés de certains d’entre eux comme la Grande-Bretagne, la Chine ou le Japon qui, selon les calculs de l’ONG, auraient besoin de l’équivalent de trois fois leur production intérieure pour subvenir aux besoins de leurs habitants, d’autres nations, aux économies émergentes principalement, comme l’Inde, le Brésil ou la Turquie, sont directement visés par l’accroissement immodéré de leurs émissions de gaz à effets de serre. Un avertissement qui trouve un écho particulier à quelques mois de l’ouverture de la Conférence de Paris sur le Climat (COP21) prévue pour le 30 novembre.

Une tendance inchangée depuis les années 1970

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 A l’heure où les indicateurs se multiplient pour relever l’impact de la présence humaine sur la planète, les chiffres de l’enquête du Global Footprint Network sont issus d’une étonnante combinaison statistique. A l’empreinte écologique de l’ensemble des pays du monde qui totalise l’exploitation des ressources naturelles du globe, l’ONG associe le niveau de « biocapacité » de la terre. Mal connue, cette donnée mesure en réalité la capacité annuelle de la Terre à régénérer ses ressources et assimiler les déchets rejetés par l’homme comme les émissions de CO2.

Et, contrairement à certains indices positifs, exploités et réinterprétés aux profits de certaines ambitions politiques, les informations récoltées font état d’une tendance non seulement inquiétante mais également inchangée depuis les années 1970.

En l’espace de quelques décennies seulement, le rythme de la consommation des ressources naturelles disponibles a en effet connu une augmentation sans précédent. Si en 1975, le processus était déjà bien entamé, le seuil limite n’étant atteint que fin novembre, en 2005 en revanche, une nouvelle étape est franchie : « le jour de dépassement » intervient cette année là début septembre, et il suffit alors de 9 mois à peine pour épuiser les ressources terrestres.

Comment en est-on arrivé en 2015 à devancer le cycle de la nature de plus de quatre mois ?

Selon Diane Simiu, responsable des programmes de l’ONG WWF France, qui s’est exprimée ce matin dans le quotidien français Le Monde, nous faisons face à « un cercle vicieux » dans la mesure où « notre mode de consommation dégrade les écosystèmes dont nous dépendons et rejette des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, avant que le réchauffement climatiquen’aggrave la situation. »

 Et l’appel lancé ici n’est pas sans arrières pensées. A quelques mois de la Conférence de Paris sur le Climat, il s’agit de poser le cadre des négociations qui auront lieu entre les différentes délégations réunies autour de la présidence française. « Les négociations à venir seront capitales pour réduire l’empreinte écologique. Car les premiers responsables de son augmentation, ce sont nos émissions de carbones », a déclaré dans les colonnes du Monde Sebastian Winkler, le vice-président du Global Footprint Network.

Deux planètes seront nécessaires à l’horizon 2030

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Pékin connait régulièrement des pics de pollution importants.

Force est de constater que l’importance des échéances politiques à venir est à la mesure des défis à relever. Réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollution, émissions de gaz à effets de serre, l’empreinte écologique laissée par l’Homme sur son habitat est d’une envergure jamais égalée. Selon les estimations de l’ONG, la planète consacre jusqu’à 85% de sa « biocapacité », c’est-à-dire sa capacité de régénération, à l’absorption des gaz polluants.

Au delà de la thématique purement écologique, un autre volet majeur de l’enquête s’attaque aussi au mode de production de l’économie de marché. Accusé de mettre en péril les ressources naturelles du globe, le phénomène s’est en outre accéléré depuis la fin des années 1970 et le début du rattrapage économique de plusieurs pays émergents.

Chiffre inimaginable : en 2015, les besoins de l’humanité ont dépassé les capacités limitées de notre planète si bien qu’il faudrait 1,6 planète pour coïncider avec la demande humaine, soit une augmentation de 160% de son potentiel initial. Cette moyenne cache néanmoins de grandes disparités entre les pays en fonction du rapport entre la consommation annuelle et les ressources naturelles disponibles. Les mauvais élèves en la matière : la Chine, l’Italie et le Japon auraient besoin respectivement de 2.7, 3.8 et 5.5 fois le niveau de ressources dont ils disposent sur leur territoire.

A l’horizon 2030, si aucun renversement de cette funeste dynamique n’est observé, l’humanité consommera deux fois plus vite que la planète ne peut renouveler ses réserves naturelles.

La Turquie, qui n’apparaît pas dans l’enquête de l’ONG, n’est pas non plus en reste en ce qui concerne les efforts à faire en terme d’écologie. Fort d’une croissance économique importante depuis le début des années 2000, le pays doit en contrepartie affronter des enjeux nouveaux à l’image des émissions des gaz à effet de serre. En 2015, il occupe même la 23ème place au classement des pays rejetant le plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère avec 207 millions de tonnes par an.

Matéo Garcia

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