Politique

Erdoğan invite les leaders du CHP, HDP et MHP à s’entretenir avec lui

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Au lendemain des élections, à travers lesquelles les citoyens turcs ont exprimé leur désir d’une coalition au lieu du règne sans partage de l’AKP, reste encore à former des coalitions entre les partis élu, et ainsi, à enfin nommer un gouvernement. Un processus à peine entamé et pour lequel tout est encore possible.

Avant-hier, Erdoğan a annoncé qu’il souhaitait voir séparément les dirigeants des autres partis élus à l’Assemblée et discuter avec eux de la formation du gouvernement, qui doit être faite prochainement. « J’aimerais les inviter séparément et entendre leurs opinions sur le processus », a-t-il dit.

Il a également déclaré à un groupe de journalistes : « Comme l’exigent mes responsabilités politiques, je vais d’abord donner son mandat au dirigeant du parti politique qui a eu le plus de votes. Puis nous allons voir la suite tous ensemble. S’il ne peut pas former de gouvernement, alors, en tant que nouvelle obligation de mon rôle politique, je donnerai cette fois le mandat au dirigeant du parti ayant obtenu le deuxième meilleur score. Comme vous le savez, il s’agit d’un processus de 45 jours. Si Dieu le veut, je n’excéderai pas cette période ».

« Si tout se déroule selon son cours naturel et qu’une coalition se forme alors il n’y aura pas de problème. Mais si le parti arrivé premier ne peut pas former de gouvernement et que le deuxième non plus… Alors un retour aux urnes comme le prévoit la Constitution sera inévitable », a-t-il ajouté.

Tout le monde est donc prévenu : si les discussions à venir échouent entre l’AKP et les autres partis de l’Assemblée, alors de nouvelles élections législatives seront organisées.

Des discussions qui s’annoncent difficiles, d’autant plus que les leaders du CHP (132 sièges à l’Assemblée), du HDP (80 sièges) et du MHP (79 sièges) se sont montrés réticents à rencontrer le président de l’AKP (259 sièges).

KILICDAROGLU MENEMEN'DEKemal Kılıçdaroğlu, qui se trouve à la tête du CHP, a déclaré hier qu’une réunion entre les cadres du parti aurait lieu aujourd’hui afin de décider de l’accueil à faire à la demande d’Erdoğan. Selon des sources proches, comme l’a révélé Hürriyet Daily News, le politicien aurait cependant déclaré que cette initiative du président n’était pas « appropriée » ni « nécessaire ». Il aurait également dit : « les intentions d’Erdoğan sont contre la constitution. Un président devrait donner le mandat pour former un gouvernement. Une option de gouvernement émane des partis réprésentés au Parlement. L’intervention du président n’a pas de sens »

bahçeliQuant à Devlet Bahçeli, secrétaire général du parti conservateur MHP, il a également affirmé de façon claire son intention de refuser l’invitation d’Erdoğan : « S’entretenir avec un leader de parti n’est pas le travail du président. Nous ne trouvons pas qu’une telle invitation soit appropriée. Je ne parlerai qu’avec une personne désignée. Le président est bien entendu autorisé à nommer un député pour ces discussions ». Hier, lors d’une réunion entre cadres du parti, il a avisé : « Si aucune coalition ou gouvernement n’est formé après les négociations entre les partis, alors on peut  s’attendre à une élection prématurée après le 15 novembre. Nous devons y être préparés ». Néanmoins, le député du même parti Oktay Vural a affirmé hier que l’invitation allait être évaluée et qu’aucune décision n’avait été prise pour l’instant.

demirtas-yuksekdagLes co-présidents du HDP, Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, ne se sont pas exprimés sur la matière. Mais, hier, un membre de l’administration du parti a déclaré : « Le président n’a pas la responsabilité d’écouter nos avis concernant le procédé de formation de coalitions. Laissons-le donner le mandat et attendons qu’un gouvernement soit formé ou non ».

Il semble donc flagrant qu’encore une fois, les méthodes non conventionnelles d’Erdoğan, qui, rappelons-le, a également rencontré l’ex-leader du CHP Deniz Baykal mercredi dernier, ne font pas l’unanimité chez ses homologues. Voilà qui préfigure des négociations délicates pour l’hyper-président.

Victoria Coste

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