Politique, Société

Éric Dupont-Moretti, la grande réussite d’un fils d’une femme de ménage*

Le 6 juillet dernier, Emmanuel Macron a dévoilé son nouveau gouvernement dont la durée de vie devrait être de 600 jours. C’est le troisième et peut-être dernier remaniement de son quinquennat, sauf s’il entreprend de prendre pour exemple François Hollande qui avait effectué un énième remaniement le 6 décembre 2016, soit quatre mois avant les élections présidentielles. Le dernier gouvernement de François Hollande, mené par Bernard Cazeneuve, n’a duré que 160 jours. Il fut le plus court gouvernement de la Ve République…

C’est en moyenne tous les 11 mois que François Hollande a changé de gouvernement — au total, il y en a eu cinq. Il a effectué 15 remaniements, changeant ainsi soixante-quatorze ministres et secrétaires d’État. Son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait également procédé à 15 remaniements. Cela pourrait être le sujet d’un livre épais dans lequel l’on pourrait exposer les coûts engendrés pour le contribuable dans le but de camoufler les échecs des politiques des présidents. Mais laissons ça de côté, ce n’est pas notre sujet.

C’est avec émotion qu’Édouard Philippe a quitté Matignon, tandis que Nicole Belloubet, l’ex-ministre de la Justice, a versé sa larme. Quant au nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, c’est sans surprise qu’il était accompagné pour la passation de pouvoir par Marlène Schiappa avec qui il travaillait déjà dans le cadre de ses anciennes fonctions. 

Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d’Europe Écologie Les Verts (EELV) et grande gagnante des dernières élections locales, n’était pas enjouée par la formation du nouveau gouvernement. Elle a protesté sur les plateaux de télévision et à la radio quant à la nomination de Gérald Darmanin en tant que ministre de l’Intérieur, un homme présenté par certains comme présidentiable pour les élections du 2027. 

La grande surprise du gouvernement de Jean Castex fut la nomination à l’hôtel de Bourvallais d’un avocat on ne peut plus connu et médiatique en France : Éric Dupond-Moretti. Le nouveau garde des Sceaux est réputé pour les nombreux acquittements qu’il a obtenus sur le territoire français, mais aussi en raison de certaines controverses qu’il a suscitées du fait de sa forte médiatisation. Le 6 juillet 2020, il fut donc nommé ministre de la Justice au sein du gouvernement Jean Castex.  

Né Éric Dupond, il est le fils unique de Jean-Pierre Dupond, ouvrier métallurgiste originaire de l’Avesnois, et d’Elena Moretti, femme de ménage d’origine italienne. Il perd son père à l’âge de quatre ans, sa mère l’élève alors seule. Il fait ses études secondaires au lycée catholique Notre-Dame, à Valenciennes, où il obtient son baccalauréat. Sa vocation d’avocat puise ses origines dans son histoire familiale. 

Son grand-père maternel, immigré italien, est retrouvé mort en 1957 dans des conditions suspectes, le long d’une voie ferrée. Son oncle porte plainte afin qu’une enquête soit ouverte. Ceci le décidera à choisir la voie du droit. Dupond-Moretti déclarera : « Je pense que cest à lorigine de cette vocation. Cela y participe à l’évidence ».

Dans son livre Directs du droit, il écrit être devenu avocat par « détestation de la peine de mort ». Sa mère ne bénéficiant que d’un faible salaire du fait de sa profession, il enchaine plusieurs petits boulots pour financer ses études : fossoyeur, maçon, ouvrier à la chaîne, déchargeur de sacs de sable, serveur dans des boîtes de nuit et dans des restaurants, assistant d’éducation. À l’issue de ses études de droit, il est reçu à l’examen d’entrée à l’école d’avocats. Il est lauréat ex æquo de la Conférence du stage, le concours d’éloquence des avocats du barreau de Lille.  

Après avoir prêté serment comme avocat le 11 décembre 1984 à Douai, il s’inscrit au barreau de Lille. Lors de sa première affaire, des pièces qui lui sont destinées sont envoyées à un confrère nommé également Dupond, c’est alors qu’il décide d’adjoindre à son patronyme, à titre d’usage, le nom de sa mère (Moretti), lui rendant ainsi hommage.

Il obtient son premier acquittement le 27 mars 1987. 

En 1993, il se dit victime d’un « coup fourré » de la part du procureur José Thorel qui aurait tenté de le faire tomber dans un dossier de stupéfiants, des traces de cocaïne ayant été retrouvées dans sa berline. Il subit alors une perquisition et une garde à vue qui auraient pu mettre fin à sa carrière.

En décembre 2008, il détient le record des acquittements obtenus sur le territoire français. Du fait de ses résultats, il est surnommé « Acquittator » dans les prétoires. En février 2020, il obtient son 145e acquittement.

En 2016, après trente ans à Lille, il s’inscrit au barreau de Paris et fonde, en association avec Antoine Vey, le cabinet Dupond-Moretti & Vey.

Parmi ses prises de position, Éric Dupond-Moretti préside le comité de soutien de Martine Aubry pour les élections municipales de 2008 à Lille.

Il refuse la Légion d’honneur en 2013, invoquant son mépris pour cette institution, devenue selon lui le symbole d’un copinage politique malsain, tout comme la franc-maçonnerie. 

La nomination de cette « personnalité clivante » a suscité l’opposition de l’Union syndicale des magistrats, qui y voit une « déclaration de guerre à la magistrature ». Lors de la passation de pouvoir, il promet de faire de son ministère « celui de lantiracisme et des droits de l’Homme ». Sa première visite officielle a lieu le 7 juillet à la prison de Fresnes dans le Val-de-Marne. 

Nous saluons cette grande et courageuse femme qui a élevé seule un si grand homme dont les Français attendent beaucoup, car la justice commence à être extrêmement insuffisante dans toutes les catégories.

Dr. Hüseyin Latif, directeur de publication

* La partie biographique d’Éric Dupont-Moretti est issue de sa fiche Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Dupond-Moretti)

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