International, Politique

Espionnage de la NSA : le Japon exige des explications

Tokyo a aujourd’hui réclamé des explications à Washington sur les récentes allégations d’espionnage révélées par un communiqué du site Wikileaks, vendredi 31 août. Selon le site, de hauts responsables du gouvernement et d’entreprises japonaises auraient été espionnés par l’agence de sécurité nationale américaine (NSA).

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Après la France, l’Allemagne et le Brésil, c’est maintenant au tour du Japon, autre pays allié des Etats-Unis, de faire part de son inquiétude vis-à-vis des affaires présumées d’espionnage menées par la NSA et divulguées vendredi par Wikileaks. Tokyo s’est enfin prononcé sur l’affaire, ce lundi 3 août, par l’intermédiaire du secrétaire général du cabinet, Yoshihide Suga, qui a annoncé lors d’une conférence d’une presse que si les faits annoncés par Wikileaks s’avéraient être vrais, ils seraient « purement regrettables » au nom de l’entente cordiale et de l’alliance liant les Etats-Unis avec le Japon. Yoshihide Suga a notamment exigé une réponse directe de la part du directeur du renseignement national américain, James Clapper.

Selon un communiqué de Wikileaks intitulé « Target Tokyo », « 35 cibles secrètes de la NSA au Japon dont le gouvernement japonais (…) des entreprises japonaises telles que Mitsubishi » et « de nombreux responsables de la banque centrale » auraient été placées sur écoute, parmi lesquels le président de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda. Le nom du premier ministre Shinzô Abe ne figure lui pas directement sur la liste, mais d’autres représentants du gouvernement, comme le ministre du Commerce, Yoichi Miyazawa, y sont mentionnés.

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D’après Wikileaks, les documents visent à faire « apparaître une connaissance détaillée des délibérations internes au Japon sur des sujets tels que les importations de produits agricoles et les différends commerciaux, les positions japonaises dans le cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce, des projets de développement technique du Japon, sa politique en matière de changement climatique, d’énergie nucléaire et concernant les émissions de gaz à effet de serre. »

Les écoutes remonteraient au début du premier mandat de Shinzô Abe en 2006 et contiendraient par conséquents des informations sur « la correspondance de Tokyo avec des organisations internationales telles que l’Agence internationale de l’Energie (AIE), des mémorandums concernant la stratégie du pays dans ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis et l’Union européenne, ainsi que le contenu d’un briefing confidentiel du Premier ministre organisé dans la résidence officielle de Shinzô Abe. »

Les Etats-Unis auraient également partagé le contenu de ces écoutes avec les pays de l’alliance des services de renseignement d’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni. Plus communément appelée « Five eyes » ou « Cinq yeux », cette alliance constitue en fait une organisation plus ou moins secrète créée après la seconde Guerre mondiale, visant à partager des renseignements entre ses pays membres et dont les Etats signataires se sont jurés de ne pas s’espionner mutuellement.

«Nous voyons dans ces documents le gouvernement japonais s’inquiéter de ce qu’il devrait dire ou ne pas dire aux Etats-Unis afin d’éviter de compromettre (…) ses relations diplomatiques », a commenté Julian Assange, rédacteur en chef et porte-parole de Wikileaks, « nous savons maintenant que les Etats-Unis entendaient tout, lisaient tout et relayaient ces délibérations des dirigeants japonais à l’Australie, au Canada, à la Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni. »

Une relation politique mise à mal

Alors que la relation américano-japonaise avait déjà été mise à l’épreuve par le scandale lié aux précédentes révélations d’Edward Snowden sur la NSA en juin dernier, décrivant le Japon comme étant l’une de ses cibles prioritaires, Tokyo semblait tout de même vouloir revenir vers son allié et avait donc vivement évité à l’époque de critiquer ces dernières allégations. Le gouvernement nippon avait même proposé de créer son propre équivalent de la NSA.

Ces nouvelles révélations semblent par ailleurs ressurgir dans un contexte plus que délicat pour Tokyo, qui était enfin disposé à négocier avec le Parlement au sujet de l’envoi de ses forces d’autodéfense outre-mer. En effet, le Japon dispose d’un statut particulier depuis 1945 et la fin de la seconde Guerre mondiale puisque son armée n’est plus autorisée à intervenir en dehors du pays et a seulement droit de requérir à l’auto-défense. Si le Japon pouvait à nouveau envoyer ses troupes à l’étranger afin de venir en aide à ses pays alliés, les Etats-Unis seraient les premiers à pouvoir en profiter. De plus, le Japon a récemment rejoint les négociations en vue de l’accord sur le partenariat transpacifique (TPP), un accord de libre-échange qui devrait regrouper 12 pays du Pacifique et dont les Etats-Unis et le Japon constitueraient les deux plus grandes puissances commerciales.

Sophie de Tapia

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