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Et Kobané redevint libre

En octobre 2014, l’Etat islamique prenait le contrôle de près de 50% de la ville de Kobané après un féroce assaut. La situation semblait alors critique. Mais après plus de quatre mois d’affrontements quotidiens, les combattants kurdes, épaulés par les bombardements et le soutien logistique de la coalition, ont finalement chassé les suppôts fanatiques d’Abou Bakr al-Baghdadi.

kobané

Il y a tout juste une semaine, on apprenait que l’Etat islamique était finalement repoussé hors de Kobané, désormais sous le contrôle des forces kurdes. Plus que militaire ou stratégique, cette victoire est avant tout hautement symbolique ; elle représente un très important revers qui fait tache jusque dans la propagande étudiée de l’Etat islamique.

De nombreuses positions sont encore aux mains de l’EI aux alentours de la ville, et la province est toujours soumise aux djihadistes ; si ces derniers, en échouant à Kobané, ont manqué la chance de s’assurer une emprise sur environ cent kilomètres de la frontière turco-syrienne, ils ont surtout perdu un lieu ultramédiatisé qui était devenu aux yeux du monde entier l’incarnation même de la lutte contre la barbarie de l’EI et contre sa progression vers la Turquie. Les combattants kurdes, quant à eux, ont montré leurs capacités à tenir un front et en ont vu leur crédit sur la scène internationale renforcé. Au vu de la force de ces symboles, on comprend donc les scènes de liesse qui ont suivi leur victoire. Il est également à noter que les pertes djihadistes essuyées durant cette bataille sont estimées par l’Observatoire syrien des droits de l’homme à plus d’un millier d’hommes sur un total d’environ 1800 morts.

Gageons que ce ne soit que le début d’une liste de succès consécutifs jusqu’à la neutralisation complète de ce fléau surgi des cendres de l’Irak et de la Syrie, Etats respectivement « failli » et fragile. Les récents évènements survenus en Irak semblent aller dans ce sens.

En Irak aussi

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, nous apprenions en effet que simultanément à la défaite des djihadistes en Syrie, une province irakienne d’une importance non négligeable avait également été reprise aux mains ensanglantées de l’EI. L’armée irakienne a en effet annoncé avoir repris le contrôle de la totalité des villes de la province de Diyala, située dans l’Est du pays. Le général Abdelamir Al-Zaïdi a annoncé la mort de plus de 50 djihadistes lors des combats, qui se poursuivent à la frontière de la province, dans une zone montagneuse non habitée.

Ne pas crier victoire trop vite

En dehors des aspects stratégiques déjà évoqués, Kobané n’est pas un enjeu crucial pour l’EI. Certes, le contrôle de la frontière aurait facilité à la fois le trafic de pétrole qui permet de financer l’organisation et le transfert des djihadistes étrangers en Syrie ; la route entre Raqqa, fief de l’EI, et Alep, représente aussi un atout pour l’organisation salafiste. Mais même sans cela, elle est toujours en mesure de prévenir l’extension de l’action kurde à l’Est de l’Euphrate. Les combats se poursuivent donc et font à présent rage dans les villages autour de Kobané.

De plus, d’un point de vue humanitaire, la population a énormément souffert au cours de ces quatre mois de combats : la ville, complètement détruite, est désormais un champs de ruines, et beaucoup de civils qui étaient restés cachés chez eux ont été ensevelis dans les décombres des bâtiments. Des enfants, insouciants, se sont remis à jouer dans les rues, mais ces dernières sont impraticables, couvertes de gravats. De plus, Ankara reste inquiète concernant l’instabilité de la région, et tandis que la frontière reste verrouillée, les autorités turques patrouillent autour du poste-frontière de Murşitpınar, situé à quelques kilomètres de Kobané, afin de dissuader les réfugiés syriens de retourner dans la ville. Ankara demeure en état d’alerte face aux risques d’attentats et ne compte pas adoucir sa politique.

Malgré le caractère encourageant de ces défaites djihadistes, rien n’est donc encore fait, d’autant plus que l’EI est un fléau qui doit être combattu autant par le dialogue (avec les autorités en place comme avec les clans sunnites de toute la région) que par les armes. Enfin, n’oublions pas non plus la volonté affichée des combattants kurdes de désormais chasser l’EI des villages environnants, présage de nombreuses autres batailles à venir dans cette guerre contre l’ignoble.

Victoria Coste

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