Culture

Europalia fait vivre la Turquie mythique au cœur de la Belgique

Europalia fête cette année un double anniversaire, celui de ses 45 ans et de son 25ème festival.

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Tous les deux ans depuis 1969, l’essentiel du patrimoine culturel d’un pays est mis à l’honneur dans la capitale européenne. D’octobre à février au Bozar de Bruxelles, mais aussi à Anvers, Liège, ou d’autres villes belges, le festival n’oublie aucun art majeur : musique, arts plastiques, cinéma, théâtre, danse, littérature, architecture, design, mode, gastronomie…

Europalia s’invite cette année en Turquie jusqu’au 31 janvier 2016 en tournant les feux des projecteurs aux frontières de l’Orient, et le Bruxelles brumeux d’hiver se pare des couleurs vives d’Istanbul aux coupoles dorées.

Loin des tensions qui alimentent de coutume les relations entre Bruxelles l’européenne et le « cas turc », la beauté réunit les deux pays par un grand pont culturel. Pont qui est par ailleurs l’un des symboles des expositions phares de l’évènement, « Imagine Istanbul » et « Anatolia » : la vie grouillante de la passerelle de Galata est l’image même de la multi-culturalité entre deux rives, telle une ville dans la ville, au cœur de la Corne d’Or.

Imagine Istanbul

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Douze salles retracent l’histoire et la vie d’Istanbul au travers de regards photographiques.

Ara Güler est le premier invité de ces mémoires nostalgiques. Grâce à lui, la cité du début du XXe siècle revit en noir et blanc, et ne semble parfois pas avoir tant changée : les pêcheurs attendent toujours leur prise, tandis que les vendeurs de simit se pressent sur Istiklal. C’est un peu un Istanbul oublié qui surgit pourtant ici : l’Istanbul d’Atatürk et de la République rayonnante, les années 60 et leur apparente insouciance, les années troublées de guerre froide également, peuplées d’espions et de mythes de grandeur, d’ombres qui ne semblent pas peser sur les habitants familiers de la vie quotidienne, auxquels rend hommage « L’œil d’Istanbul », comme le surnomment toutes les écoles de photographies d’hier ou d’aujourd’hui qui le prennent pour référence. On est ému également de ses témoignages qui ponctuent la promenade photographique.

L’exposition évolue de façon suggestive : depuis le cœur du XXe siècle, on parvient au XXIe, et l’on tente même une vision futuriste de l’Istanbul de demain. L’art devient plus abstrait, mais toujours remarquable : Ali Taptik et Ahmet Polat font vivre cet Istanbul contemporain, d’un regard tout à la fois émerveillé et critique. On sent poindre des préoccupations actuelles : l’écologie, la politique prennent part à ces scènes qui ne manquent pas d’interroger, parfois de déranger. La relève est assurée, pourrait-on dire, et la photographie continuera toujours de faire honneur à sa muse, cette cité de Constantinople insaisissable et multiple, secrète et envoûtante.

Anatolia

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La seconde exposition du Bozar élargit les horizons à l’Anatolie tout entière, et fait plutôt hommage à la Turquie intérieure, celle des grands paysages et des ruines antiques.

La continuité des rites et des rituels qui ont fait vivre les civilisations successives sur ces terres constitue le fil directeur de l’exposition. Le cosmos, la nature, le monde des dieux et les interventions divines divisent sa progression. Douze millénaires de rituels sont ainsi mis en scène, convoquant pour ce faire quelques-unes de plus belles pièces des musées anatoliens – une trentaine des quatre coins de la Turquie ; certains des quelques 200 objets présentés n’ont jamais été exposés auparavant. L’aboutissement d’une très belle collaboration avec les plus prestigieuses institutions de Turquie, dont, par exemple, le Musée des civilisations anatoliennes d’Ankara, ou le Musée Archéologique d’Istanbul. Un trait d’union réussi, une fois de plus, entre Orient et Occident, entre hier et aujourd’hui.

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Et pour la suite…

L’exposition « Istanbul-Anvers, deux villes, deux ports » à Anvers jusqu’au 24 janvier : un voyage entre deux mers, qui met l’accent sur le rôle décisif qu’a joué l’eau dans le développement d’Istanbul au fil des siècles, soulignant en cela les similitudes avec sa lointaine cousine du Nord, Anvers.

Le Konya Turkish Sufi Music Ensemble, qui envoûte son public en présentant un concert de rituels Mevlevi traditionnels, lors de deux représentations à Tournai et une à Bruxelles, fin janvier. L’occasion d’entrer dans la transe des derviches tourneurs sur la terre belge, le 5 janvier à la Maison du Peuple de Bruxelles.

Enfin pour les enfants – mais aussi les plus grands qui auraient manqué cet été les fameux théâtres d’ombre très courant lors du ramadan – rendez-vous à Bruxelles, Tournai ou Malmédy pour assister au spectacle de la compagnie Cengiz Özek Shadow Theatre. Créée en 1986, la compagnie présentait initialement des pièces de Karagöz traditionnelles, avant de moderniser le genre dans les années 90. Le théâtre d’ombres traditionnel est l’une des expressions artistiques les plus anciennes de Turquie.

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N’hésitez pas, enfin, à jeter un coup d’œil au programme complet des manifestations dans les différentes villes de Belgique sur le site d’Europalia.

Elisabeth Raynal

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