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Europe et Turquie : le lien de l’énergie

Se déroulait hier à Istanbul le sixième séminaire annuel de l’Institut du Bosphore, organisme franco-turc visant à analyser le monde actuel et ses enjeux géopolitiques au travers de deux visions distinctes. Scientifiques, hommes politiques, intellectuels et professeurs prenaient successivement la parole pour alimenter nombre de débats relatifs à la relation entre la Turquie et l’Union Européenne. Parmi eux, l’énergie, discutée puis imaginée comme facteur d’entente, mais aussi, de discorde.

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Enérgie Nucléaire

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Tandis que l’OCDE consomme 42% de la production mondiale annuelle d’énergie, la Turquie traverse un accroissement considérable de sa densité démographique exigeant toujours plus d’énergies consommables. A l’instar de l’Europe, elle se place dans une position de besoin perpétuel d’importation, se retrouvant de facto dépendante de l’extérieur, à commencer par la Russie. Si Pékin, Moscou et Washington représentent trois puissances énergétiques aux politiques clairement définies, l’Union Européenne, bien que descendante de la CECA, se retrouve dans une impasse où vingt-huit états n’homogénéisent pas leurs plans d’action. Malgré le programme Enhanced EU-Turkey Energy Cooperation de 2012, on ne peut nier l’ambiguïté des politiques énergétiques turques dans leurs relations avec Bruxelles. Une opacité que l’on comprend au regard de la position géographique du pays, carrefour entre Asie Centrale, Caucase et Moyen-Orient, à la frontière directe de 70% des ressources mondiales en hydrocarbures. Si l’Europe dépend des pays de l’Est pour 60% de sa consommation en gaz, la Turquie elle, aux prises avec des flux denses de population migrant vers ses pôles les plus importants à l’image d’Istanbul, se doit d’assurer un développement énergétique durable. Entraide et partenariat se révèlent alors comme des mots forts en signification et à l’impact opportun.

Le monopole russe

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transports d’énergie

Si la commission européenne attache autant d’importance à Ankara sur ces chapitres, c’est sans nul doute afin de diversifier les zones d’approvisionnements énergétiques du continent européen. Plusieurs routes sont dès lors considérées sous forme de projets de contournement du territoire russe, concurrençant le South Stream porté par le consortium de Gazprom. Outre le White Stream, le projet Nabucco tend à la création d’un gazoduc de 3300km reliant Erzurum à l’Autriche, en passant par l’Irak et la mer Caspienne. Le Corridor Sud, quant à lui, consiste à passer par la Turquie, la Grèce et l’Albanie. Notons enfin que le projet russe South Stream devrait emprunter les eaux territoriales turques de la Mer Noire. Dans chacun des scénarios ci-dessus, la Turquie se retrouve au cœur même des relations économiques et diplomatiques, une position géostratégique que l’UE a bien été contrainte de reconnaître. D’autant qu’au fil des doutes et du temps, Ankara se lasse d’attendre, patiemment ou impatiemment. Force est de constater que si le Premier ministre Davutoğlu exprimait le souhait d’entrer dans l’Union Européenne d’ici 2023 dans ses vœux du 1er Septembre, le Gouvernement d’ Erdoğan émettait pour sa part le désir de rejoindre l’Organisation de Coopération de Shanghai. Les tentations sont nombreuses pour la Turquie : consolider ses relations avec la Russie et négocier des prix plus avantageux, rejoindre l’Asie Centrale s’ouvrant à la Chine et au Japon ou attendre, attendre, attendre encore de l’Union Européenne. Espérons que l’intérêt accordé au nucléaire rapprochera Ankara de Bruxelles et plus précisément de Paris, au savoir-faire établi et à l’expertise minutieuse, aussi bien dans la gestion des déchets qu’à propos des directives de sûreté. A ce titre, GDF Suez ne cesse de renforcer sa présence dans le marché turc. Cela suffira-t-il pour atténuer le suspens environnant ? Bien entendu, non..

Maxime Tettoni

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