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Excuses ou simples regrets ?

Alors que le 27 juin, le Kremlin annonçait avoir reçu les excuses de la part d’Ankara pour avoir abattu en novembre dernier un avion militaire russe, le Premier ministre turc, Binali Yıldırım, a quant à lui stipulé qu’il était tout bonnement « hors de question de s’excuser ».

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Lundi 27 juin, on pensait assister au début de la fin de la crise diplomatique entre Ankara et Moscou qui fait rage depuis l’abattage d’un avion russe SU-24 à la frontière turco-syrienne.

Selon le porte-parole du Kremlin, le Président russe, Vladimir Poutine, avait reçu une lettre de son homologue, Recep Tayyip Erdoğan, dans laquelle celui-ci présentait ses excuses, exprimait ses regrets quant à cet événement qui a causé la mort d’un pilote russe et se montrait déterminé de rétablir les relations bilatérales entre les deux Etats.

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Moscou salue cette initiative

La réponse de Moscou ne s’est pas fait attendre longtemps. Mardi 28 juin, Maria Zakharova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a souligné qu’avec cette lettre la Turquie avait fait « un pas sérieux dans la bonne direction ».

Plus déterminant encore : la réponse du Président russe. Le Kremlin a annoncé que Vladimir Poutine était décidé à appeler son homologue turc le 29 juin, à midi. Nouvelle qui a été confirmée par des sources proches d’Ankara ainsi que le Premier ministre turc, bien que le jour de l’appel ne soit pas certain : « Une conversation téléphonique va avoir lieu entre Monsieur Poutine et Monsieur le Président mercredi ou jeudi à propos de la relation de la Turco-Russe ».

En outre, le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov s’est exprimé sur la volonté de Vladimir Poutine de rétablir les relations avec la Turquie : « Le Président Poutine a exprimé plus d’une fois son empressement de soutenir de bonnes relations avec la Turquie et le peuple turc.

En revanche, la Russie n’est pas prête à passer l’éponge si facilement. DC, a signalé lors de sa conférence de presse du mardi 28 juin que le travail serait long pour rétablir les relations Turco-Russes : « Il ne faudrait pas penser qu’il est possible de normaliser nos relations en quelques jours, mais le travail dans se sens continuera »

Binali Yıldırım temporise

Selon le Kremlin, le Président turc aurait dit dans la lettre qu’il a adressée à Vladimir Poutine : « je veux encore une fois exprimer ma sympathie et mes profondes condoléances à la famille du pilote russe qui est décédé […] je m’excuse ». Or, ce sont ces derniers mots qui semblent faire l’objet d’un malentendu entre Ankara et Moscou.

Le lendemain de la réception par le Kremlin de la lettre du Président turc, le Premier ministre Binali Yıldırım a affirmé qu’il était tout simplement « hors de question » que la Turquie présente ses excuses et offre des compensations à la Russie pour le crash en novembre dernier de l’avion russe.

Il a tenu à souligner qu’Ankara n’avait qu’« exprimé sa tristesse par rapport à l’incident », alors que le Kremlin considère encore que la Turquie a bien présenté ses excuses.

Le Premier ministre a d’ailleurs insinué que la mort du pilote russe ne relevait pas de la responsabilité du gouvernement, mais bien du pilote turc, Oleg Peshkov, lorsque Binali Yıldırım a rappelé qu’une procédure légale était en cours contre ce dernier.

En revanche, le 27 juin, il n’avait pas écarté définitivement la possibilité que la Turquie offre des compensations à la Turquie : « Nous payerons une compensation si cela est nécessaire et nous voulons que nos relations retournent à la normale ».

Le conseiller de politique étrangère du Président Erdoğan a d’ailleurs lui aussi souligné que contrairement à la version du Kremlin, le Président turc n’avait pas écrit « je m’excuse », mais bien : « je suis désolé ».

Comme le soulignent les observateurs de la vie politique turque, la période où la Turquie sera capable de présenter ses excuses n’a finalement peut-être pas commencé cette semaine. Or, ces excuses sont déterminantes si l’on veut voir se rétablir sous peu les relations bilatérales entre la Russie et la Turquie.

Des signes positifs

Il n’en reste pas moins que malgré ce qui semble être un malentendu quant à l’interprétation de certains propos contenus dans la lettre du Président turc, depuis plusieurs jours les signes positifs s’accumulent et laissent penser que les relations entre Ankara et Moscou s’apaisent.

Il a été confirmé par des sources diplomatiques turques que le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, se rendra à Sochi pour le Sommet régional de l’Organisation de la coopération économique de la mer noire (CEMN) auquel il a été invité par la Russie le 23 juin. Il est d’ailleurs prévu que ce dernier y rencontre son homologue russe, Sergei Lavrov ; discussions qui n’ont pas eu lieu depuis le 2 décembre dernier à Belgrade.

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Par ailleurs, le 28 juin, le vice-premier ministre turc, Numan Kurtulmuş a tenu des propos encourageants quant à la normalisation des relations avec la Russie : « Il y a un nombre grandissant de signes que les tensions bilatérales entre la Turquie et la Russie s’adoucissent » depuis que le Kremlin a reçu le 12 juin dernier les voeux Premier ministre Binali Yıldırım et du Président turc Recep Tayyip Erdoğan à l’occasion de la fête nationale russe.

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Numan Kurtulmuş faisait alors notamment référence au fait que le gouvernement russe s’est dit ouvert à la possibilité de rétablir les permis de travail pour les nationaux turcs qui désirent travailler dans des entreprises turques en Russie.

Un autre signe qui peut être perçu positivement c’est le fait que Gazprom a réitéré lundi que ce géant gazier russe était toujours ouvert aux négociations relatives au projet énergétique turco-russe Turkish Stream.

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En définitive, le déroulement de la discussion future entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan va être déterminante pour le futur des relations bilatérales entre ces deux États.

Camille Saulas. 

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