Economie, Environnement, Société

Les experts estiment que la collecte des déchets plastiques pourrait enrichir la Turquie

Les déchets plastiques sont une ressource très importante qui pourrait bénéficier à l’économie de la Turquie si la collecte était réalisée correctement, estime le directeur de la Chambre des Ingénieurs de l’Environnement du pays dans une interview exclusive à l’Agence Anadolu.

« La Turquie étant un pays qui importe du pétrole, les déchets plastiques représentent une ressource très importante. Collecter ces déchets comme il se doit pourrait enrichir la Turquie [financièrement] », a déclaré à l’Agence Anadolu Baran Bozoğlu, directeur de la Chambre des Ingénieurs de l’Environnement qui fut aussi membre du conseil d’administration de l’Union des chambres des ingénieurs et architectes turcs (TMMOB).

La réglementation turque relative au système « zéro déchet », annoncée officiellement par le ministère de l’Environnement et d’Urbanisation, est une étape significative dans ce sens, selon Baran Bozoğlu qui est conscient de l’ampleur du travail à entreprendre : « En 1995, nous produisions 17 millions de tonnes de déchets ménagers chaque année. En 2015, nous en générions 32 millions de tonnes et ce chiffre devrait atteindre les 38 millions d’ici 2023 […] Dans notre pays, 55,5 % des déchets domestiques sont des matières organiques, 10 % du papier et du carton, 6 % du plastique, 4 % du verre, 2 % du métal ».

Notant que la Turquie a déjà pris par le passé des mesures similaires pour réduire les déchets, telles que la réglementation en matière d’emballages en 2017, M. Bozoğlu suggère que, pour que la nouvelle réglementation fonctionne dans la pratique, elle devrait être détaillée et préciser la manière dont l’argent provenant des déchets sera dépensé.

Des failles dans la collecte des déchets

« La Turquie n’est en mesure de collecter correctement que 1 % de ses déchets. Tant que nous ne pourrons pas collecter nos déchets dans le cadre d’un tri sélectif, les déchets resteront contaminés et sans valeur, ainsi que de médiocres qualités », estime l’expert qui pointe un problème crucial en se basant sur les rapports de l’Organisation de coopération et le développement économique (OCDE) : « En raison du manque d’infrastructures adéquates de collecte des déchets, la Turquie enterre 90 % de ses déchets [non transformés]. Nous ne pouvons en recycler que 10 %, ce qui est un taux très bas ».

Par ailleurs, Baran Bozoğlu explique que les contrôles plus stricts établis par la Chine quant à la collecte des déchets en provenance des pays occidentaux ont eu un effet pervers pour la Turquie qui importe davantage ces déchets que la Chine refuse pour être recyclés : « La quantité de déchets plastiques importés s’élevait à près de 160 000 tonnes en 2016. En 2017, elle a dépassé les 261 000 tonnes. L’année dernière, elle a bondi à 440 000 tonnes ».

De plus, M. Bozoğlu a déclaré que les collecteurs de déchets dans les rues, qui sont mentionnés dans le règlement, constituaient un problème important en matière de gestion des déchets, car la collecte non enregistrée nui au processus de gestion des déchets : « Le problème de la gestion des déchets d’emballages ne peut pas être résolu sans résoudre le problème des collecteurs de déchets urbains en Turquie. Ils doivent être intégrés dans le système ». Il a ajouté que ce problème doit être traité par les conseils municipaux locaux en prenant des mesures concrètes qui permettront de trouver une solution permanente.

Les déchets contribuent au dérèglement climatique

Baran Bozoğlu n’a pas manqué de rappeler qu’il existe une forte corrélation entre les déchets et le changement climatique : « Les décharges conduisent à l’érosion des sols. Les déchets interagissent avec la nature et causent une pollution de l’air et de l’eau due à la production de méthane. »

Pour mettre fin à ce cercle vicieux, il propose de réduire à la fois notre consommation et nos déchets, tout en faisant la promotion de la réutilisation et du recyclage : « Si nous produisons moins de déchets, nous réduisons notre consommation. Si nous réduisons notre consommation, nous consommons moins d’énergie. Et si nous consommons moins d’énergie, nous réduisons les émissions qui produisent des gaz à effet de serre ».

La quantité de déchets domestiques dans le monde, qui est actuellement de 1,3 milliard de tonnes, devrait augmenter à 2,2 milliards de tonnes d’ici 2025, et les coûts de stockage annuels des déchets (205 milliards de dollars) devraient atteindre les 375 milliards de dollars la même année, selon les chiffres de la Banque mondiale, a déclaré M. Bozoğlu qui souligne l’importance financière et environnementale d’endiguer ce fléau puisque, selon l’ONU, une gestion durable des déchets permettrait de réduire de 15 % à 20 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le règlement turc relatif au système « zéro déchet », publié le 12 juin au Journal officiel, vise à réduire le volume des déchets non recyclables et à obliger les institutions publiques, les organisations et les administrations municipales de plus de 250 000 habitants à être responsables de la gestion des déchets d’ici 2020.

Alexandre Gassier

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