Politique, Société

Face au terrorisme, la violence ne doit pas se banaliser

À une époque comme celle que nous vivons, encline à la banalisation et à l’exposition continue à la violence, il y a un risque majeur : celui de s’habituer à l’horreur et de développer un esprit vengeur, qui est loin d’être anodin pour vaincre cette forme de terreur qui nous fait front. 13956773_1185906868127133_1145448697_n« Maintenant, quand je me retrouve dans une foule ou assise à une terrasse de café, j’ai peur ». Ce sont les mots de Margaux, étudiante parisienne âgée de 24 ans, qui fait partie de cette génération qui baigne dans la barbarie ordinaire. Car, il faut l’avouer, et d’aucuns diront que cette peur nouvelle n’est pas le reflet de notre société actuelle, elle rythme le quotidien de toutes les générations, surtout les jeunes. Et pour cause, la banalisation et l’exposition continues de la violence dans nos sociétés occidentales ne sont pas anodines.

La France en est à son énième attentat depuis Charlie Hebdo. Du jamais vu depuis la Deuxième Guerre mondiale. En terme de morts sur le territoire, cela est relatif. Autant d’attentats, c’est très certainement une première. Ces jours d’attentats, désormais bien connus de tous, risquent de devenir une peur quotidienne. Ces jours où la nausée s’installe et ne s’atténue pas. Ces jours où le malaise s’accompagne d’un sentiment d’effroi, mais aussi de cette noirceur profonde qui nous dit que le monde est pourtant ainsi fait, que cette réalité est la nôtre, et que ce présent atroce et ponctuel pourrait être, si nous continuons à détourner les yeux, notre avenir. Ce fut le cas le 7 janvier, le 13 novembre, le 14 juillet et j’en passe. Ça l’est encore alors que les médias évoquent cette vidéo amateur du camion qui fend la foule sur la Promenade des Anglais, ces images de vidéosurveillances qui montrent un des terroristes entrer dans un bar parisien le soir du 13 novembre, ces images de décapitations qui fuitent sur la toile, toutes ces images … Toutes ces séquences qui créent des souvenirs que nous n’avons, pourtant, pas vécus. Roland Barthes était clair sur le rôle de la photographie, elle crée « ce souvenir en nous qui nous est propre ».

 Une fascination morbide

On peut rejeter ces images, ou les mettre à distance par l’analyse brillante de la « stratégie de communication » de l’État islamique. Mais on ne peut faire abstraction d’un point : il est des gens, dans notre pays, des gens que nous croisons dans la rue, des jeunes gens, souvent, qui ont regardé ces images, qui s’en sont repus avec une fascination morbide.

Déjà, l’assassinat d’Ahmed Merabet, policier abattu à terre, sans défense, lors de l’attentat du 7 janvier 2015, a tourné en boucle sur les forums, assorti de dissertations savantes sur la réalité de cette monstruosité. Et les théories du complot de bas étage nous prouvaient une chose : ils ne jugent le réel qu’en fonction de ce qui constitue leur référence absolue ; c’est-à-dire ce qu’en montrent les blockbusters américains et les séries télévisées. Puisqu’il n’y a pas de mort qui ne soit accompagnée de giclées de sang et de bruitages répugnants, ils en concluent que le réel doit être ainsi. C’est la mort qui n’étale pas l’hémoglobine, qui est fausse.

Non ! Tout ce bain de sang n’est certainement pas le résultat d’un complot, mais plutôt le passage à l’acte des idées noires qui tournent dans les têtes volontairement et/ou involontairement, consciemment et/ou inconsciemment. Et, au-delà de toute justification, ce phénomène porte un nom : la banalisation de la violence. Et l’on en connait déjà là l’histoire, les formes et les raisons. À chacun de se positionner.

Résister à cette violence devient un combat quotidien. Comment ? En répondant à la barbarie par des appels à la paix, à la réconciliation et à la fraternité… Depuis l’assassinat du Père Jacques Hamel, alors qu’il célébrait la messe à Saint-Étienne-du-Rouvray, les catholiques opposent à la terreur djihadiste des réactions dont « le calme », « la dignité », « la décence » sont largement salués. Ce qui n’empêche pas certains, y compris parmi les chrétiens, de ne voir dans ce refus obstiné de la violence qu’un signe de naïveté, voire de faiblesse…

Attention toutefois : résister à la violence sur le plan personnel ne signifie pas pour autant qu’il faille renoncer à toute réponse politique à cette vague d’attentats. Il est légitime et compréhensible de vouloir une réaction de fermeté, mais nous devons apprendre à refuser aussi que cette violence entre en nous. Dans cette période éprouvante, il est essentiel de ne pas nier le mal qui a été commis, pour ne pas s’en faire le complice.

Il faut refuser de se situer sur le même registre que celui de l’adversaire, et donc de donner prise à la violence en soi. C’est tout sauf une solution de facilité, une fuite, une lâcheté. C’est au contraire un combat quotidien…

Guillaume Almalech-Asmanoff

 

 

 

 

 

 

 

 

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