Economie, Politique

Le Procès Zuckerberg


C’est dans un costume sur mesure, taillé à la perfection, cravate bleue, rappelant le code couleur de Facebook, cheveux plaqués, contrastant avec sa coiffure broussailleuse habituelle et son t-shirt de jeune startupeur, que Mark Zuckerberg s’est présenté pour le procès Facebook devant les sénateurs du congrès américain.

Il a bien changé le jeune petit génie de Harvard, concevant seul dans sa chambre étudiante et dans son garage le prototype de l’emblématique réseau social.
C’est donc l’allure grave, et complètement robotisée que le patron de Facebook a fait face aux questions des sénateurs américains.
Auditionné au départ sur le scandale Cambridge Analytica, le procès a pris au fur et à mesure une toute autre tournure, celle du procès Facebook et de son PDG. Si certains paraissaient avoir des comptes à régler avec Facebook, il est en vérité question d’une véritable mascarade bien orchestrée.

UN PROCÈS CRIMINEL ?

Avec des allures de procès de Nuremberg, c’est celui de Zuckerberg qui s’est déroulé le 10 et 11 avril. Si la comparaison peut paraître hasardeuse voire alambiquée, la question de la criminalité, est quand à elle tout à fait envisageable.
Ainsi, Facebook par le biais de l’entreprise britannique Cambridge Analytica, en récupérant et en exploitant les données de 50 millions de comptes est-elle une entreprise criminelle ? A t-elle commis un acte condamnable ayant causé de nombreux préjudices ?

En effet, ces données auraient notamment été employées dans le cadre de la campagne électorale de Donald Trump, mettant ainsi en cause la Russie qui aurait utilisé des faux comptes Facebook à des fins de propagandes pour influencer l’élection américaine. Réelle fabulation ou véritable scandale ? Mark Zuckerberg a quant à lui répondu que de nombreux comptes Facebook auraient été suspendus dans le cadre de ces accusations.

UNE JOYEUSE MASCARADE

C’est ainsi que durant deux jours, un spectacle carnavalesque digne des plus grandes productions hollywoodiennes, a eu lieu sous les yeux du monde entier où le méchant patron a fait face aux gentils justiciers américains, le tout diffusé en direct à la télévision sous les yeux du grand public.

Telle une série à succès, la mise en scène ne s’est pas arrêtée à la diffusion du cours de la bourse avec les actions de Facebook dégringolant subitement en même temps que le procès était lui même projeté, mais à la véritable finalité de cette dite « chute » qui nous faisait presque ressentir une certaine compassion pour Mark Zuckerberg qui semblait être ruiné. En vérité, au cours de ces deux jours de procès, l’action de Facebook a grimpé de 5 %, faisant monter la valeur de l’entreprise de 24 milliards de dollars.

Sacré farceur le patron de Facebook ! Malheureusement il n’est pas le seul. Les sénateurs eux aussi étaient en représentation, notamment le sénateur John Neely Kennedy qui n’a pas hésité à critiquer les conditions générales d’utilisation de Facebook les qualifiant de « nulles » et d’incompréhensibles pour l’américain moyen, conseillant au PDG de l’entreprise de rentrer chez lui pour aller les réécrire. A la manière d’un professeur dirigeant la thèse de son étudiant, le sénateur Kennedy n’a pas hésité à accuser Facebook qui n’a pas fait grand chose pour protéger les donnés de ses utilisateurs.

Pourtant, c’est en bon élève, en premier de la classe même – sans doute pour se rattraper de son image de « cancre » à Harvard, n’allant jamais aux cours importants – que Mark Zuckerberg a fait son mea culpa devant toute l’assemblée. Prenant des allures de Tartuffe, difficile à croire que cette joyeuse comédie n’était pas planifiée d’avance. Ainsi, la stratégie de son équipe consistait alors à inculquer une apparence d’humilité et de charme au froid Zuckerberg. C’est donc profil bas et en ne répondant surtout pas sur la défensive que le patron de Facebook devait paraître et c’est chose faite.

UNE AUDITION BIEN ORCHESTRÉE MAIS SURTOUT BIEN PRÉPARÉE

Une audition bien orchestrée, mais surtout bien préparée puisque si ce dernier n’a pas réussi à protéger les données de ses utilisateurs, ses notes n’ont plus. En effet, elles n’ont pas échappé à l’œil des photographes, qui ont pu montrer que l’équipe de Zuckerberg avait préparé tout types et toutes éventuelles questions afin que le patron de Facebook ne soit pas désorienté et désarmé face à des accusateurs assoiffés.

Un entraînement intensif qui ne s’est pas arrêté dans la salle d’audition mais qui a en réalité débuté bien avant le procès, puisque Zuckerberg a eu le privilège quelques jours avant d’avoir un entraînement intensif, enchaînant les simulations d’audience devant le Congrès avec des experts lui soufflant les questions que les sénateurs pourraient poser, mais également, selon le New York Times, le conseillant sur sa façon de rythmer ses réponses et de réagir en cas d’interruption.

Une allègre farce qui a fasciné le plus grand nombre, mais qui en somme reste difficile à croire, entravant sa crédibilité, lorsque l’on sait qu’aux États Unis le pouvoir judiciaire est intrinsèquement lié au pouvoir politique. Il n’est certainement pas étonnant que le président du Sénat américain soit alors le Vice Président des États-Unis, Mike Pence. Et c’est ainsi que l’affaire des uns ont fait, font et feront, sans aucun doute, l’affaire et les affaires des autres.

Charlotte Lelouch

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