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Faille anatolienne : des connaissances encore trop floues

Une quinzaine d’années sont passées depuis que France et Turquie collaborent en matière de sismologie. Mais cette science est encore jeune, trop jeune, d’autant plus quand il s’agit de partir explorer les bas fonds de la mer de Marmara, en Octobre, l’opération MarsiteCruise est lancée, son but : prévoir le tremblement de terre menaçant Istanbul et ses quinze-mille habitants.

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Pr.Louis Geli. / SE.Laurent Bili / Pr.Nurcan Özel

Commençons d’abord par rappeler l’opération Marmesonet. Nous sommes alors en 2009 et l’Institut français de recherche pour l’exploitation des mers – Ifremer – mène une exploration portée sur le segment central de la mer de Marmara, à 20 kilomètres au sud de l’ancienne Constantinople, une liaison de deux points, non fragmentée depuis 1766. Un segment des plus insolites dont on ne comprend que trop peu le mécanisme. Pourquoi est-il immobile alors qu’il se trouve disposé au sein de la faille anatolienne, longue de mille kilomètres, poussée vers l’ouest par les plaques eurasienne et arabique, subissant annuellement un glissement latéral de 20 millimètres ?

Urania_vessel_smallAinsi comprend-t-on l’enjeu de cette exploration sous-marine. Connaître, éclaircir et pourquoi pas tenter de prévoir, afin de diminuer, les risques de séismes trop fréquents dans un pays situé au cœur même d’une microplaque tectonique. On en compte en effet sept depuis l’important tremblement de terre d’Erzincan en 1939.

Ce lundi, les professeurs Louis Geli – Ifremer – et Nurcan Özel – Kueri – présentaient au Palais de France leurs premières observations depuis le début de la campagne MARsiteCruise en octobre dernier. Encore une fois, des photographies qui montrent l’abondance de méthane sur les sols marins, des flux de gaz s’échappant par la faille de manière permanente sur la zone du bassin de Thrace. Il s’agissait là d’un point sérieux puisqu’un séisme apparaît comme cause et conséquence d’un changement de perméabilité, puis de porosité, des roches.

Trop d’incertitudes recouvrent la faille anatolienne et incapables sommes-nous de bien la comprendre. Ainsi le professeur Louis Geli illustrait-il le problème d’une manière assez simple : « Imaginez que les Etats-Unis ne découvrent que maintenant la faille de San Andreas, dans ses dimensions et dans sa dangerosité, les deux apparaissent quasiment similaire, mais l’une est étudiée depuis des décennies, l’autre, à peine dix ans. » L’opération en cours est donc avant tout une opération de recherche, pour lever le flou ambiant qui règne sur cette ligne sous-marine et faire disparaître la brume opaque qui recouvrent nos connaissances. Ces dernières semaines, dans une opération financée à hauteur de sept millions d’euros par l’Union Européenne, ce sont une multitude de balises acoustiques qui furent plongées en mer de Marmara afin de mesurer les mouvements du segment central de la faille nord-anatolienne.

Maxime Tettoni

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