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Faillite d’Areva : la fin de l’âge d’or du nucléaire français ?

Avec 4,8 milliards d’euros de pertes enregistrées en 2014, Areva traverse une situation préoccupante et symptomatique, marquant un sérieux coup d’arrêt pour la France dans sa course effrénée pour le leadership mondial de l’exploitation du nucléaire. Comment cette multinationale, fer de lance de la politique énergétique du pays au début des années 2000, en est-elle arrivée à être menacée de démantèlement ?

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Areva au bord du précipice, c’est l’avenir de tout le secteur du nucléaire français qui est remis en question. En grande difficulté financière depuis 2011, l’entreprise, née en 2001 des suites de la fusion de Cogema et Framatome, pâtit non seulement des conséquences d’une série d’erreurs stratégiques, mais aussi du contexte économique morose traversé par le marché du nucléaire après la catastrophe de Fukushima il y a quatre ans.

A qui doit-on imputer la faute ? Simple au premier abord, la question a toutefois donné lieu à une véritable chasse aux sorcières du côté de l’Élysée depuis la parution officielle du bilan catastrophique d’Areva pour l’année 2014. Actionnaire à 87%, l’État a tout d’abord demandé des comptes à l’ancienne présidente emblématique du groupe : Anne Lauvergeon. Admirée autant que contestée, celle qui fut jadis une des collaboratrices de François Mitterrand fait face a de nombreuses critiques, depuis son départ à la tête de l’entreprise en 2011.

Parmi les erreurs lui étant reprochées resurgit entre autres le bras de fer qui opposa pendant plusieurs années l’ancienne chef d’Areva à l’industriel allemand Siemens, épisode qui fut conclu par le départ de l’actionnaire en 2010, l’un des principaux du groupe. Ce premier point noir dans le CV jusque-là exemplaire d’Anne Lauvergeon aurait pu, très vite, tomber dans l’oubli tant la contribution de l’ex-présidente au développement de l’entreprise fut importante. Mais c’était sans compter l’échec commercial de la dernière génération de réacteurs mis au point par Areva : les réacteurs EPR.

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D’une taille sans précédent, ce défi auquel s’était frotté la multinationale portait en effet de nombreux espoirs. Conception, fabrication, maintenance, jamais l’entreprise n’avait entrepris tel chantier, si bien que des réticences sur sa modeste capacité opératoire voyaient le jour. Celles-ci d’ailleurs furent vite confirmées lorsque, fragilisée par un déplorable bilan financier et une guerre fratricide avec EDF dont elle avait été le sous-traitant, Areva a dû réviser à la baisse ses perspectives commerciales à long terme et céder à sa concurrente la maintenance des centrales françaises.

Ultime coup du sort, la catastrophe nucléaire de Fukushima intervenue au Japon le 11 mars 2011 a engendré les plus fortes retombées sur la filière du nucléaire depuis l’accident de Tchernobyl 25 ans plus tôt. Désormais, Japonais, Allemands et Américains ont tous réduit de manière spectaculaire leur programme nucléaire. Des mesures qui ne sont pas sans effets sur la grave crise que traverse aujourd’hui Areva.

Matéo Garcia

2 Comments

  1. cassoudesalle

    Première chose: AREVA ne s’est pas créée sans douleur. Les relations entre FRAMATOME et COGEMA n’étaient pas au mieux. Au point que à la création d’AREVA la Miss a viré les têtes de FRAMATOME, et vidangé les réserves financières de celle-ci.
    Deuxième chose: le réacteur EPR en cause est techniquement un hybride entre les exigences de sûreté française et allemande, puisque FRAMATOME et SIEMENS s’étaient alliés sur le projet. Donc très complexe.
    Troisième chose: le dossier de l’EPR était loin d’être finalisé. Il y avait de gros trous techniques. Au niveau des essais cela va être un vrai régal!!!
    Quatrième chose: la Miss non au courant de l’état du projet (elle avait viré ce qui savaient) a voulu vendre à tous prix ce réacteur clés en main, alors que FRAMATOME n’avait jamais fait cela. Ni celui de COGEMA.
    Cinquième chose: le Client est un vrai Client, pas EDF. Les clauses du contrat réservent de belles surprises à venir.

    • pilote

      Il y a aussi le cycle primaire de l’uranium il faut aussi évoquer uramin, de Bakouma en particulier.

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