International, Politique

Federica Mogherini et Donald Tusk rejoignent Juncker dans le trio des représentants à l’étranger de l’Union Européenne

Les deux fonctions avaient été créées par le traité de Lisbonne en 2007, et correspondaient à des mandats de cinq ans, dont les premiers mandatés, Herman van Rompuy et Catherine Ashton, n’avaient pas toujours convaincus. Ce seront à partir de novembre le polonais Donald Tusk, en tant que président du Conseil européen, et l’italienne Federica Mogherini, à la tête de la diplomatie, qui représenteront l’Union européenne à la face du monde.

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Le président sortant du Conseil européen n’avait pas forcément suscité un grand enthousiasme, la pédagogie autour de son rôle dans les institutions européennes n’ayant pas été bien réalisée dans la majorité des Etats de l’UE. Son apparence flegmatique, alors que des figures plus dynamiques ou plus puissantes, comme Angela Merkel, sont perçues par tout un chacun comme menant l’Union. Son rôle est celui d’un coordinateur entre les chefs d’Etat et de gouvernement, mais aussi d’un représentant de l’UE à l’extérieur, à côté du président de la Commission. La nomination du Polonais Donald Tusk à la présidence du Conseil européen résulte tout d’abord d’un équilibre entre anciens et nouveaux membres, et de répartition géographique, genrée et partisane tacite des postes clefs des institutions européennes. Mais c’est avant tout un signal fort adressé à la Russie, tant par le choix d’un ressortissant d’un pays de l’Est que par celui de la désignation d’un partisan d’une ligne dure à l’encontre du Kremlin.

Représenter la diplomatie européenne… alors que les Etats membres veulent rester souverains en termes de politique extérieure

La figure de Catherine Ashton, la « Lady PESC » (pour Politique Etrangère et de Sécurité Commune) de la diplomatie européenne, a essuyé de nombreux plâtres durant les cinq années de son mandat. Particulièrement critiquée pour les circonvolutions de danseuse face aux soulèvements arabes, elle n’a pas réussi la tâche –impossible – d’unifier les positions des Etats membres dans les dossiers épineux comme celui d’une action unifiée en Libye. Malgré les appels répétés de la France, la mise en place d’une force coordonnée européenne de soutien à ses opérations extérieures au Mali et en Centrafrique, perçues comme nécessaires par une vaste majorité des partenaires européens, a été laborieuse, fragmentée, et n’est parfois toujours pas effective (notamment en République centrafricaine). Un panorama honnête de l’action de Madame Ashton ne doit cependant pas négliger les fruits d’un travail fastidieux de médiateur entre la Serbie et le Kosovo, qui a permis un accord historique de normalisation des relations en avril 2013. Ashton a permis la clôture d’un des derniers chapitres de la dislocation de la Yougoslavie, dont les conséquences violentes avaient capturé l’attention européenne pendant toute la décennie 1990, et appelaient au début du XXIème siècle une grande pugnacité diplomatique.

Le serpent de mer de la politique extérieure européenne, malgré la mise en place d’un interlocuteur « unique », a vécu un de ses plus grands échecs dans la crise ukrainienne, où elle n’a guère su se faire entendre et a été court-circuitée par les discussions bilatérales, plus à même de maintenir les intérêts, divergents sur ce dossier, de chaque Etat membre.

Federica Mogherini, nouveau visage de la « diplomatie européenne »

4137359152La nouvelle ‘haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité’ sera donc à nouveau une femme, maintenant à cinq sur vingt huit le nombre de femmes dans les directions européennes. Son poste fait aussi d’elle la vice-présidente de la Commission européenne, et elle liste parmi les défis à adresser l’Ukraine, l’Irak, la Syrie et la Libye. Federica Mogherini était depuis février dernier la Ministre des affaires étrangères de Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien aux succès éclatants (tant sur la scène nationale, chassant définitivement Berlusconi, qu’aux européennes de mai dernier où le Parti démocrate a fait le meilleur score de la gauche modérée européenne).

Sa nomination a suscité de nombreuses inquiétudes, quant à son jeune âge et sa possible inexpérience : Le Monde a désigné le jour de sa nomination comme « un triste jour pour l’Europe ». Habituée des relations internationales, bien que manquant de pratique dans la diplomatie, il ne faut tout de même pas sous-estimer ses points forts. Les pays de l’Europe de l’est l’ont suspecté de russophilie, ce que Mogherini s’est empressée de balayer en rappelant que la diplomatie consistait avant tout à maintenir le dialogue ouvert. Elle rajoute aussi que « tous sont conscients qu’il n’y a pas d’option militaire pour la sortie de crise. »

Bien que n’entrant en fonction qu’en novembre, Federica Mogherini s’est exprimée sur le futur de l’OTAN dans sa relation avec l’UE, alors que l’Alliance est en pleine redéfinition et redéploiement. Il s’agit selon elle d’apporter des garanties, au-delà des serments de papier de l’Article 5 de la Charte, que les pays européens -particulièrement les ex-démocraties populaires- seront effectivement protégées, face à la ligne agressive tenue par le Kremlin. A propos du Moyen-Orient, elle dénonce les anciennes positions occidentales, qui consistent souvent « à jouer un pion contre un autre », et appelle les Kurdes irakiens à la patience, un référendum sur l’indépendance ne pouvant conduire qu’à une implosion indésirable du pays.

Aprilia Viale

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