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Des femmes de convictions

Ces dernières semaines, j’ai été touchée par une campagne lancée par des Iraniennes, mais aussi par la disparition de deux autres femmes.

Le 24 mai, les Iraniennes ont lancé après la réélection du président iranien, Hasan Rohani, une campagne intitulée « Les mercredis sans foulard ». Très suivies sur les réseaux sociaux, elles justifient leur mouvement ainsi : « Nous respectons les femmes qui souhaitent porter le voile. Mais lorsque d’autres femmes, comme nous, ne croient pas en l’obligation de porter le voile, nous demandons à ce qu’elles respectent notre choix ». Elles s’insurgent contre la police des mœurs et invitent « Toutes les femmes, qu’elles soient voilées ou non, à soutenir cette campagne en portant un voile blanc ou un ruban blanc  au poignet ». Les instigatrices expliquent : « Nous attendons le jour où nous pourrons marcher ensemble dans la même rue avec nos différences », et elles invitent leur gouvernement à se ranger de leur côté dans cette démarche. C’est dans les débuts de la République islamique d’Iran que le port du voile est devenu obligatoire pour les femmes. Presque 40 ans après, elles revendiquent la liberté de ne pas porter le voile. Il est trop tôt pour savoir si elles réussiront ou non, mais leur action est remarquable et est un signe de leur maturité démocratique. Seront-elles annonciatrices de bouleversements d’abord en Iran puis dans la région ?

Le 30 juin dernier, Simone Veil, celle qu’on surnomme l’« icône de la lutte pour les droits des femmes », est décédée à 91 ans. Sa déportation en 1945 et ses combats pour ses idées ont fait d’elle une femme de convictions et l’« une des personnalités les plus aimées et les plus respectées de l’histoire politique française ». Son mari, Antoine Veil, la décrivait ainsi : « sereine, intransigeante, charmante, rigide, souple et entière ». Après de brillantes études en droit, elle entrera en politique en 1969, avant de devenir, en 1974, ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac. Simone Veil portera alors le projet de loi, très contesté, visant la dépénalisation de l’avortement en France. Elle ne cédera pas à la féroce opposition qui existait contre ce projet. En 1979, elle sera la première femme à devenir présidente du Parlement européen. À ce titre, elle défendra son autre idéal : la construction européenne. Elle restera une fervente défenseur de l’Europe. En 2010, Simone Veil fera son entrée dans l’institution du quai Conti au treizième fauteuil, celui de Racine. Dans son discours de réception à l’Académie française, Jean d’Ormesson a conclu par ces mots: « comme l’immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame ». Moi aussi, je vous aime Simone Veil.

Le 15 juillet, la première femme qui a réussi à décrocher la médaille Fields – équivalent du Prix Nobel en mathématiques – est décédée d’un cancer à l’âge de 40 ans. C’est une Iranienne, Maryam Mirzakhani. Celle-ci a fait toutes ses études dans une école pour surdoués en Iran. Une fois diplômée de l’Université Serif, elle partira aux États-Unis pour y devenir professeure à l’Université de Stanford. En 2014, lorsqu’elle a reçu la médaille Fields, les journaux iraniens avaient relayé l’information en couvrant ses cheveux. Mais, sur les photos de l’annonce de sa disparition, Maryam Mirzakhani n’était pas voilée. Le pays rendait ainsi hommage à la grande mathématicienne qu’elle était. Le gouvernement a même changé la législation interdisant l’entrée des enfants nés d’un parent non musulman sur le territoire iranien afin que la fille de Maryam Mirzakhani puisse se rendre en Iran, du jamais vu.

Rendons hommage à ces femmes qui, par leurs convictions, leurs actions, ou encore par leur existence, contribuent à l’évolution de nos droits et libertés dans nos sociétés.

Mireille Sadège – Rédactrice en chef

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1 Comment

  1. Sati Karagoz

    Excellent article. Merci chère Mireille!

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