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Fikret Orman, président de Beşiktaş : le bâtisseur du renouveau

Lorsque l’on traverse le Bosphore sur un Vapur, de la rive asiatique à la rive européenne, on ne peut manquer le tout nouveau stade de Beşiktaş, le Vodafone Arena, niché au pied du parc de Maçka en plein cœur de la vieille ville d’Istanbul.dsc_7711Comment ne pas penser alors au stade de la Bombonera dans le quartier de la Boca à Buenos Aires ou au Parc des Princes à Paris dont les dirigeants ont su résister à la tendance à l’exil dans les banlieues-dortoirs ? Ce stade flambant neuf symbolise également la renaissance de ce club populaire plus que centenaire, champion turc en titre et unique représentant de la Turquie en Ligue des Champions. L’occasion était donc toute trouvée pour rencontrer son président Fikret Oman, à la tête du club depuis 2012 et réélu pour un troisième mandat au printemps 2016.

Une rencontre saisissante par l’éthique du discours et la réserve de ce quadragénaire, assez rares.112bb_118

C’est un homme calme, souriant et prudent qui nous reçoit au 12e étage d’un immeuble de bureaux du vieux quartier européen. Il pourrait s’enorgueillir d’avoir redressé un club dont il a pris les commandes en 2012 pour l’emmener jusqu’en Ligue des Champions avec un titre de Superlig (la première division turque) en poche, mais Fikret Orman garde les pieds sur terre, mesure la hauteur des défis à venir et se sent toujours l’obligé des supporteurs et de son rôle de président d’un club historique au sens propre, car établi depuis 1903.

Lors de son élection, le club est en lambeaux, sans véritables équipe, stade ou argent, avec des huissiers qui sonnent à la porte toutes les semaines ainsi qu’avec des supporteurs qui crient haut et fort leur désarroi et qui en oublient de venir encourager leur équipe sur le terrain. C’est donc à une longue marche au rythme continu et acharné que s’est attelé Fikret Orman. L’attachement de Fikret Orman à ce club est ancien puisque son père était membre des instances exécutives du club. Le noir et le blanc (les ‘couleurs’ du club) continuent de le faire rêver.dsc_7769Courageux, cet ingénieur de formation mettra son casque de chantier 16 heures par jour pour superviser les six derniers mois de construction du nouveau stade, alors qu’il travaille en parallèle à trouver de nouvelles sources de financement et à la motivation des équipes.

Ce fut donc une période intense, mais qui permettra à son équipe de pouvoir y jouer les trois derniers matchs de la saison 2015-2016 et d’y célébrer son titre de champion. Une récompense bien méritée.

Sur le plan sportif, Fikret s’attache à bâtir une véritable équipe, travailleuse, motivée alors qu’elle jouait ‘à domicile’, à Ankara, soit à plus de 400 kilomètres des rives du Bosphore. Aidé par un staff compétent, il s’investit personnellement et rencontre chaque joueur avant de signer son transfert. Ce fut le cas pour le recrutement judicieux d’Aboubakar décrit par son président comme un très bon garçon, grand travailleur qui va encore beaucoup apporter à l’équipe. Les joueurs sont sélectionnés tant pour leur capacité sportive que pour leur rigueur, qualités déterminantes pour leur président.

On comprend que Fikret Orman place la valeur du travail et l’esprit d’équipe au centre de son projet, mais il se montre également ambitieux. Pense-t-il pouvoir battre le record de trois titres consécutifs obtenu par Beşiktaş au début des années 1990 ou des 4 titres consécutifs de Galatasaray ? Même s’il faut toujours un peu de chance dans le football, la stratégie est en place. Son rêve : rester champion pendant dix ans de suite ! Il devra pour cela se défaire de ses deux principaux adversaires, les deux autres grands clubs stambouliotes: Galatasaray et Fenerbahçe.

En effet, en Turquie, et hormis une surprise ‘à la Leicester’, seulement trois clubs au maximum peuvent prétendre au titre. Une situation commune aux autres grands championnats européens, mais qui ne satisfait pas totalement le président de Beşiktaş, car une ligue plutôt fermée avec moins de suspense et moins de concurrence n’aide pas à susciter de la concurrence juste et ne permet pas la diffusion du championnat hors du pays.

dsc_7778Fikret Orman fait partie des rares dirigeants à soutenir le fair-play financier instauré par l’UEFA alors même que Beşiktaş reste en période d’observation après avoir été sanctionné. « Selon moi, c’était une bonne décision, fair-play en terme de concurrence, je trouve ça juste. En ne respectant pas les règles, Beşiktaş a beaucoup perdu », nous a confié Fikret Orman.

Interrogé sur le problème de la dette du club, M. Firket annonce sur un ton amusé qu’il serait prêt à céder un de ses joueurs au PSG pour un montant de 100 millions ! Plaisanterie mise à part, un solide plan de restructuration a été mis en place et la dette devrait diminuer chaque année.

Côté Ligue des champions, la victoire à l’extérieur 3-2 sur le terrain de Naples donne assurément un élan au club stambouliote, une ambition mesurée avec la volonté de prendre les matchs les uns après les autres, mais pourquoi pas jusqu’en finale… Inch’allah !

À la question, « Qu’est-ce qui qualifierait le mieux le club de Beşiktaş », c’est sans surprise que le président nous répond : « le noir et blanc, la modestie, le respect des concurrents et la justice ».

Nous terminons par un quizz :

FC Barcelone ou Real de Madrid ?

– FCB par solidarité avec Arda, le milieu turc du Barça.

Manchester City ou United ?

– City pour son côté populaire

PSG ou OM ?

– le PSG pour les relations amicales entretenues avec ses dirigeants (beIN, présidée par Nasser Al-Khelaïfi, à la tête du PSG, vient justement d’annoncer l’acquisition du bouquet de télévision satellitaire turc Digitürk, spécialisée dans le sport).

Un joueur français ?

– Pascal Nouma, ancien joueur de Beşiktaş bénéficiant d’une forte notoriété en Turquie grâce à ses apparitions dans des émissions de TV turques (Survivor ou Danse avec les Stars) et ses émissions de radio.

Un favori pour le ballon d’or ?

– Léger avantage pour Ronaldo face à Messi à la suite de la victoire du Portugal à l’Euro

Nicolas Schwartzmann

Crédit photo : Aramis Kalay

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