International, Politique

Au fil des souvenirs à l’ombre du mûrier

C’est assise à l’ombre d’un mûrier de plus de 300 ans, à Bodrum, au bord de la mer d’Égée, que j’écris mon 148e édito. En 2008, mes parents s’y étaient installés avec plaisir. C’est sous ce même arbre que j’avais écrit en juin 2015 un article en hommage à Cuneyt Arcayürek : « Un observateur chevronné de la politique turque au cours d’une longue carrière journalistique de 68 ans. Père spirituel de nombreux journalistes, il a été et restera un modèle pour ses pairs ». Né en 1928, il a vécu la Seconde Guerre mondiale et a été au cœur de la vie politique turque durant et après la Guerre froide. Il a été ainsi témoin de la formation et de l’évolution de la politique extérieure turque avec le monde occidental.Le plan Marshall, signé le 5 juin 1947, avait scellé le destin des pays de l’Europe occidentale et des États-Unis et avait créé une entité souvent désignée par le terme « Occident » ou « le monde occidental ». Ainsi, les deux bords de l’Atlantique étaient liés économiquement, mais aussi militairement et politiquement grâce à l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord).

Soixante-dix ans après le plan Marshall, l’Occident est en proie aux désaccords et vit une crise d’une envergure inédite. L’élection de Donald Trump présageait des difficultés dans les relations entre le vieux continent et les États-Unis, mais nous étions loin d’envisager une crise de cette ampleur. À l’origine de cette situation, la position « America first » du président américain qui ne cesse d’adopter une attitude inconciliable, voire incompatible, avec les responsables européens, affichée notamment lors de sa tournée récente en Europe.

Face à cela, Mme Merkel, la chancelière allemande déclare : « L’Europe ne peut plus se fier aux États-Unis, le vieux continent doit prendre son avenir en main et multiplier et diversifier ses partenaires en se tournant vers l’Eurasie, notamment la Chine ».

Enfin, le retrait annoncé par Donald Trump de l’accord de Paris a conduit à ce que de nombreux observateurs qualifient de « passage de G7 à G0 », autrement dit « la fin de l’Occident tel qu’on le connaissait ». De plus, la division et les divergences entre les puissances occidentales ont pour conséquences une perte d’efficacité des organisations telles que l’OTAN et les Nations Unies.

Pour les experts politiques américains, cette situation ne peut qu’engendrer davantage d’incertitudes dans le monde. Mais, pour d’autres, l’Europe peut faire face à ce choc grâce au couple moteur de l’Europe, Merkel-Macron.

À cet instant, je relève ma tête pour écouter le chant des cigales et le vent dans l’épais feuillage du mûrier. Je ne peux alors m’empêcher de penser à mes parents qui sont partis l’un après l’autre durant les étés 2015 et 2016 …

Mireille Sadège – Rédactrice en chef

 

 

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