Economie, International

Fin des partenariats économiques entre la Libye et la Turquie ?

Pendant et après l’ère de Mouammar Kadhafi, les entreprises turques avaient remporté de nombreux contrats dans les travaux publics et le bâtiment. Abdallah Al Thani, Premier ministre libyen depuis 2014, a déclaré dimanche (sur le site officiel du gouvernement) qu’il fallait revoir « tous les projets accordés à des compagnies étrangères » et « écarter les compagnies turques de tous les projets dans l’État libyen ». La raison ? Une « ingérence turque dans les affaires intérieures de son pays » qui aurait nuit à la stabilité de la Libye.

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Le Premier ministre lybien, Abdullah al Thani.

L’agence Reuters met en avant le fait que la Turquie aurait supporté des « administrations rivales » et notamment les opposants islamistes du gouvernement intérimaire. Si Ankara a soutenu financièrement et militairement le renversement de Kadhafi en 2011, sa position est floue concernant la situation actuelle en Libye. Un jeu de dupes s’était déjà installé la semaine dernière. Tanju Bilgiç, porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères avait déclaré le 19 février, en réponse aux premières attaques libyennes, que la Turquie devraient prendre les « mesures nécessaires » si l’attitude de la Libye ne changeait pas.

Les compagnies turques sont donc désormais contraintes de quitter l’est de la Libye. Il se pourrait qu’elles doivent faire de même à l’ouest si la situation entre les deux pays ne s’améliore pas. Jeudi prochain (26 février), une page du dialogue sur l’avenir de la Libye doit d’écrire au Maroc, dans le cadre d’une conférence organisée par l’ONU. Le Parlement libyen a annoncé qu’il n’y participera finalement pas, et a voté en faveur une suspension du dialogue. L’une des raisons serait la crainte que la communauté internationale ne fasse pression pour intégrer des islamistes dans le futur gouvernement.

Les risques d’une guerre civile en Libye

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, le pays nage dans le chaos. Une filiale du groupe de l’Etat islamique, implantée dans plusieurs villes (Derna, Sabatha, Syrte), tandis qu’un autre groupe terroriste, Ansar Sharia, est présent à Benghazi, sur les rives de la Méditerranée. « La Libye est aujourd’hui le plus grand foyer terroriste au monde » selon Mazen Chérif, expert tunisien en questions militaires et stratégiques.

Dans l’Égypte voisine, 21 chrétiens coptes, en majorité Égyptiens ont été récemment décapité l’EI. En représailles, Le Caire a bombardé des bastions du groupe terroriste. En Algérie et en Tunisie aussi, la crainte d’une propagation terroriste est importante. Les forces de la Coalition occidentales interviennent actuellement en Syrie et en Irak, mais elles ont abandonné l’idée d’une intervention en Libye pour le moment, privilégiant une résolution politique avec l’intervention de l’ONU.

Selon le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohamed Dayri, ces groupes extrémistes risquent d’engendrer une guerre civile, à l’image de la Syrie. Il considère que l’Europe est aussi concernée par ces menaces, et qu’une aide à l’armée libyenne de sa part – et non pas une intervention militaire comme ce fut le cas en 2011– serait bienvenue. Il demande aussi à ce que l’embargo sur les armes, en vigueur depuis 2011, soit levé.

Actuellement, la situation politique est particulièrement instable, puisque le pays est contrôlé par deux parlements et deux gouvernements différents. D’un côté, au nord-ouest, des milices islamistes tiennent la capitale, Tripoli ; de l’autre, au nord-est, un gouvernement qui a été reconnu par la communauté internationale siège à Tobrouk.

Adèle Binaisse

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