International, Politique

Florence Hartmann libérée, la justice affaiblie

Libérée mardi 29 mars après cinq jours de détention, l’ancienne porte-parole du Tribunal international de l’ex-Yougoslavie (TPIY) a finalement été libérée. Hier, elle confiait son point de vue sur l’affaire à une journaliste de France Inter. Retour sur une injuste affaire de corruption…

Toute sa vie, Florence Hartmann a lutté pour rendre justice et dénoncer les crimes de guerre commis dans les années 1990 dans les Balkans. En 2009, elle est accusée par le TPIY pour « avoir révélé des informations confidentielles ». Le 24 mars dernier, alors qu’elle se rendait au jugement de Radovan Karadzic, elle est finalement arrêtée par la police néerlandaise.

Florence Hartmann lors de la Semaine de la mémoire en 2013 © Alice Bouvier

Quand la justice n’en a que faire de la loi

« J’ai fait mon travail de journaliste sur une affaire qui était publique, d’une collusion entre des juges et un Etat ; ce qui n’est pas simplement immoral mais également illégale. » déclare Florence Hartmann à France Inter, avant de continuer  « La loi permet des accords de confidentialité entre les juges et les Etats, seulement et uniquement (…) pour des questions de sécurité nationale. » Or, ses révélations ne portent évidemment pas atteinte à la sécurité nationale de la Serbie. Selon elle, cette affaire est avant tout une « vengeance personnelle ». On lui reproche d’avoir révélé au grand jour les noms de deux juges qui, quelques années plus tôt, avaient couvert l’Etat serbe alors que ce dernier était accusé d’avoir commis de nombreuses exactions durant la guerre de Bosnie. « Au lieu de dire, comme mes collègues, que c’était le tribunal qui avait passé ce marché et qui était en collusion illégale avec un Etat, j’ai donné le nom des juges qui avaient signé. »

Traitée comme une criminelle de guerre

Incarcérée pendant cinq jours dans la prison Scheveningen aux Pays-Bas, l’ex journaliste du Monde se trouvait alors aux côtés des pires criminels de guerre, dont Radovan Karadzic, condamné à quarante ans de prison pour avoir commis de nombreux crimes de guerre. Elle fait part de ses terribles conditions de détention « J’ai été traitée avec des mesures particulières que ces derniers n’avaient pas à subir. Ils pouvaient se promener à ciel ouvert, moi j’avais le droit de rester dans une cage (…) Je n’avais pas le droit d’avoir de la compagnie tandis qu’eux en avaient. J’étais dans une aile complètement isolée et j’ai été mise sous surveillance anti-suicide sans aucune raison (…) avec la lumière allumée (…) afin qu’ils puissent vérifier toutes les demi-heures si j’étais toujours vivante. Cette mesure, pour quelqu’un qui est condamné sept jours et qui n’est pas suicidaire, est absolument disproportionnée et injustifiable. »

Florence Hartmann dénonce un véritable abus de pouvoir. Elle déclare « Ça fait huit ans que j’essaye d’aller devant une instance extérieure à cette espèce de petite famille qui essaye de régler des comptes et qui abuse du pouvoir. » avant de terminer « Si j’avais à faire sept jours, je n’aurais jamais été contre. Je suis contre faire sept jours lorsque le Droit et la jurisprudence dans les pays démocratiques me permettaient de faire zéro jour. »


Pour plus d’informations sur l’affaire Florence Hartmann : http://aujourdhuilaturquie.com/fr/lex-journaliste-et-porte-parole-du-tpiy-arretee-a-la-haye/

Pour écouter l’interview de Florence Hartmann sur France Inter http://www.franceinter.fr/depeche-affaire-hartmann-la-credibilite-du-tpiy-entachee

Julia Prioult

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