Gastronomie, Politique

Food for Diplomacy revisite le Sud-Est anatolien à Kadir Has

Nous étions invités en début de mois sur le campus de Cibali de l’université Kadir Has, du côté de la Corne d’Or, pour participer au dernier volet de Food for Diplomacy : un rendez-vous mensuel original mêlant bonne gastronomie et rapprochement diplomatique.

IMG_5855

Initialement consacré aux pays « voisins » de la Turquie, le projet Food for Diplomacy avait été lancé par l’Université Kadir Har à la fin 2014 avec un repas consacré à l’Arménie, avant de tour à tour couvrir des pays tels que l’Ukraine, Israël, la Grèce, puis d’expérimenter avec une soirée « nourriture des réfugiés » qui mettait en réalité la cuisine syrienne à l’honneur. La rencontre, que l’on devait une fois de plus à l’organisateur Serdar Dinler, était cette fois-ci consacrée à la Turquie elle-même.

Serdar Dinler, directeur du centre de recherche et de formation continue et appliquée.

Viande à foison

IMG_5849Portant sur le Sud-Est anatolien, la soirée tournait autour de la carte d’Ahmet Başaran, chef réputé d’Urfa et figure des restaurants Dedecan qui sponsorisaient l’événement.

Dans un ballet perpétuel, les plats emblématiques de cette région se succédèrent à un rythme soutenu. Les soupes yuvalama (avec du boulgour) et lebeni (froide et à base de yoghourt) laissèrent rapidement leur place aux différentes salades : bostana (aux légumes frais), patlıcan söğürme (aux aubergines) ou encore la classique salade d’oignions accompagnée de la sauce épicée d’Urfa.IMG_5850

En guise d’entrée en matière, nous avons eu droit à du içli köfte, des boulettes ovales de viande frites et parfumées aux épices qu’on retrouve dans la cuisine libanaise sous le nom de kebbeh, et des sembusek : semblables à des lahmacun fermés ou, pour le public occidental, des sortes de très fines pizzas calzone sans fromage mais avec des légumes découpés et de la viande hachée. Les amoureux de viandes avaient définitivement de quoi être comblés puisque c’était ensuite au tour des haşhaş kebab, kuşbaşı kebab, patlıcanlı kebap et autres ciğer kebab (tripes) d’envahir les tables. Le tout accompagné d’un içli pilav, du riz aux raisins secs et aux amandes. Enfin fut servi le şillik, un dessert typique d’Urfa.

IMG_5857

« Un concept novateur »

Le versant diplomatique n’était pas en reste puisque c’est Sadrettin Karahocahil, président du GAP –Güneydoğu Anadolu Projesi, ou projet d’Anatolie du Sud-Est- qui a été amené à prendre la parole ce soir là. Le natif d’Erzurum a donc présenté aux convives les derniers développements du GAP, ce vaste projet d’aménagement du Sud-Est articulé autour de la construction de barrages et d’usines hydroélectriques.

IMG_5869

Sadrettin Karahocahil, président du GAP.

IMG_5847

Murat Daoudov (gauche) et Özdem Sanberk (droite).

Pour l’écouter entre deux bouchés, une cinquantaine d’invités parmi lesquels Gila Benmayor, journaliste économique au quotidien Hürriyet, Güçlü AtIlgan du groupe de recherche Infakto, Cenk Saltık du Marmara Group –une fondation de recherche stratégique et sociale-, ou encore Özdem Sanberk, ancien diplomate turc de premier rang autrefois en fonction à Paris, Madrid, Bonn et Amman ainsi qu’auprès de l’OCDE et l’UNESCO.

Habitué de ces rendez-vous, Murat Daoudov, enseignant au département francophone d’administration publique de la faculté de science politique de l’Université de Marmara et président du MDN (Middle East developement network ou réseau de développement du Moyen-Orient), apprécie l’initiative : « C’est un concept novateur et très intéressant. D’ailleurs, l’université de Kadir Has est connue pour être très active en matière de rencontres de ce genre. C’est un plaisir d’être invité et de participer. Il y a toujours des sujets intéressants à discuter et des choses à apprendre et à partager. »

IMG_5868

Mustafa Aydın, recteur de l’Université Kadir Has.

Naturellement de la partie, Mustafa Aydın, recteur de l’université Kadir Has, est revenu avec nous sur l’origine du concept : « Nous étions en train de réfléchir à un nouveau projet et j’ai suggéré cette idée de nourriture pour la diplomatie. L’idée était de rassembler des pays voisins qui sont susceptibles d’avoir quelques griefs entre eux mais qui peuvent se retrouver autour de la nourriture. Dans cette région c’est un facteur de rassemblement, en raison des siècles de passé commun, nous partageons beaucoup de plats dans le Moyen-Orient, le Caucase et les pays des Balkans. »

« Nous avons commencé avec l’Arménie. C’était bien entendu un bon départ. Un chef arménien est venu dans notre pays et, l’espace d’une journée, il a participé à des ateliers gastronomiques avec nos chefs. Le soir, ils ont cuisiné et j’ai invité une soixantaine de personnes. Dans chaque cas nous avons un conférencier ; pour l’Arménie c’était le sous-secrétaire d’État Ünal Çeviköz (spécialiste des relations entre la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, Ndlr), la personne parfaite pour s’adresser à l’audience. », a-t-il souligné.

« Par la suite, nous avons constaté que cette idée était bonne pour l’extérieur du pays et nous nous sommes donc dit : ‘pourquoi pas à l’intérieur aussi ?’ Nous avons une grande tradition de cuisines régionales en Turquie. Naturellement, ces rencontres ont besoin de sponsors et de partenaires, mais quelques pays sont intéressés dans le concept et je suis sûr qu’après cette nuit, nous susciterons également l’intérêt d’autres régions du pays. », a-t-il ensuite prophétisé.

Ravi de l’engouement rencontré, l’intéressé l’attribue à la simplicité du concept : « L’idée est très simple, c’est pour ça qu’elle est magnifique. La nourriture est quelque chose que vous pouvez apprécier seul, mais qui est encore meilleure avec de la compagnie. L’idée est donc de simplement rassembler des gens et les laisser parler entre eux et créer des réseaux. Je pense donc que nous avons déjà accompli ce que nous voulions. Dès lors, tout le reste n’est que du bonus, des invités supplémentaires, des nouveaux amis, un plus grand cercle. »

Alexandre De Grauwe-Joignon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *