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Forum économique mondial 2016 : la parole aux artistes

La semaine dernière, du mercredi 20 au samedi 23 janvier, le Forum économique mondial s’est ouvert à Davos en Suisse, afin de débattre comme tous les ans des problématiques mondiales économiques, sociales, politiques et environnementales. 

DAVOS/SWITZERLAND, 23JAN11 - The WEF logo is seen on a window at the congress center during preparations for the upcoming Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 23, 2011. Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Jolanda Flubacher

Le forum économique mondial et la représentation du politique

Pour sa 46e édition, le WEF (World Economic Forum) a ouvert les débats dans un climat tendu et sous haute surveillance, en réponse à la menace terroriste. Aucun incident n’est à déplorer, cependant la nécessité d’une telle présence policière assombrit le sommet et donne une toute autre ampleur à l’événement.

C’est dans ce contexte que 2800 personnalités ont été invitées à discuter des grandes questions qui inquiètent la communauté internationale, dont Ahmet Davutoğlu, Manuel Valls, le Premier ministre britannique David Cameron, le premier ministre grec Alexis Tsipras, la présidente du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et 40 autres chefs d’État et de gouvernement.

Le grand thème de l’édition porte sur un nouveau virage technologique mondial, la 4e révolution industrielle. En effet, depuis sa création en 1971, le forum ne se préoccupe plus seulement des questions économiques, mais s’interroge maintenant sur de nombreuses autres problématiques. Les débats ont porté sur les conséquences de l’économie numérique sur l’emploi et la formation, la crise économique chinoise, la transition énergétique, la cybersécurité, ou encore l’inclusion sociale face aux inégalités.

Le bilan de ce sommet est reconnu comme positif, tant au niveau sécuritaire qu’au niveau des thématiques abordées ; mais restent comme chaque année les détracteurs du forum, selon lesquels la réunion ne serait autre qu’un « club de riches ». Comme le G7 ou encore le G20, le forum économique de Davos semble souffrir d’un manque cruel de certaines représentations, et donc, de légitimité.

Le pouvoir de l’artiste

En parallèle des discussions est organisée une remise de prix pour l’engagement d’artistes et d’intellectuels du monde entier. Cette année, les Crystal Awards ont été remis à l’acteur Leonardo di Caprio, au chanteur Bono, au professeur et archéologue Mehmet Özdoğan et à de nombreux autres artistes qui se sont illustrés dans leur défense des valeurs revendiquées au forum de Davos. Malheureusement, le PDG de la Holding Koç, Mustafa Koç, décédé peu auparavant, n’a pas pu y défendre l’égalité hommes/femmes. En 2014, c’était l’écrivaine Elif Şafak qui fut récompensée dans son combat pour la cause féministe.

Malgré le refus du président turc de participer de nouveau à Davos depuis son départ lors d’un débat avec le président israélien Shimon Pérès en 2009, la Turquie reste représentée, notamment par ses intellectuels. Elif Şafak défend de fait des valeurs humanistes et féministes dans une littérature empreinte d’ancien et de moderne, aux accents mystiques du soufisme et de l’empire ottoman. En 2016, elle continue d’apporter sa contribution d’artiste au travail mené par le WEF. Elle a participé cette année au forum sur le thème : « la violence et le radicalisme : de la menace mondiale aux solutions locales », où elle a en particulier évoqué la tendance à pointer les différences et non les ressemblances entre les trois religions monothéistes, en omettant leur caractère mystique. Elle a par ailleurs défendu la cause des femmes en dénonçant les violences à leur encontre du fait de la montée de la radicalisation au Moyen-Orient. Comme Elif Şafak, de nombreux artistes enrichissent les discussions politiques par leur vision propre, permettant d’amener une nouvelle dimension au forum de Davos, et plus largement aux débats de l’espace public. Dans son article Listen to novelists, not just to politicians, publié sur le site du WEF, Elif Şafak montre l’importance de l’expression artistique dans la politique en mettant en valeur la particularité de l’artiste et sa vision personnelle du monde, construite autrement que par le conflit. « A novelist is alone while writing a book, just like the reader is alone while reading it. There we meet […] While we discover strangers and foreigners we learn about ourselves. Categories start to lose their vehemence […] Politics, by nature, is based on dualities. ».

Le forum de Davos permet ainsi l’expression d’intellectuels et d’artistes, et de ce fait enrichit le débat public, ce qui peut lui donner une certaine part de légitimité. Cette année, la parole de l’artiste a de nouveau été portée, entre autres, par Elif Şafak, et a, on peut le penser, permis une avancée dans le débat politique.

 

Héloïse Lévêque

 

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