Culture, Découverte

Fouilles archéologiques : la Turquie s’émerveille toujours de son patrimoine

Terre d’Histoire, la Turquie ne cesse d’enrichir par de nouvelles découvertes archéologiques l’un des patrimoines les plus anciens de l’Humanité. Nous suivons donc de près la poursuite des fouilles archéologiques menées actuellement sur le territoire turc, en concertation avec des équipes de recherche internationale et sous tutelle de l’UNESCO. Un travail de longue haleine, qui offre parfois cependant de belles surprises, promesses d’avancées historiques.

Kaunos

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D’après Les Métamorphoses d’Ovide, les jumeaux Kaunos et Byblis sont nés de l’union de Miletos (fils d’Apollon) et de la nymphe Cyanée (fille du dieu des fleuves Méandre). Byblis s’éprit d’un amour incestueux pour son frère Kaunos. En l’apprenant, celui-ci fut horrifié et s’enfuit jusqu’à cette embouchure du fleuve Dalyan Cayı, où il fonda la ville de Kaunos. Ne le trouvant pas, et éperdue de larmes, de chagrin et d’épuisement, Byblis fut transformée en fontaine par des nymphes qui eurent pitié d’elle.

La muraille rocheuse qui borde la vallée du Kalbis entre Dalyan et les ruines de Kaunos est ciselée de nombreux tombeaux taillés dans la roche. Certains ont l’apparence de façades de temples de tailles diverses : ces fascinants tombeaux de style lycien datent du IVe siecle av. J.-C. et ils ont été édifiés pour accueillir les dépouilles des rois de Kaunos. Ces architectures surgies de nulle part insufflent au décor une étrange magie. Cette année, les fouilles ont recommencées dans l’ancienne cité, dans la province ouest de Muğla’s Köyceğiz. Ancienne capitale de la Carie et de la Lycie, Kaunos fut selon Hérodote un port important et devint la capitale d’une vaste région qui regroupait la Carie et la Lycie. Le commerce avec Xanthos était florissant, et Kaunos devint un haut lieu du commerce : poissons, figues, sel, mais aussi esclaves. Mais peu à peu, l’envasement du port le rendit dangereux pour les bateaux et lui fit perdre sa gloire passée. Les moustiques envahirent les marais et de nombreux habitants moururent de la malaria, faisant sombrer la ville dans l’oubli.

Le professeur Cengiz Işık, chef du chantier de fouilles, prévoit de mener la campagne jusqu’en octobre. Les fouilles de cette antique cité ont commencé en 1966. « L’année prochaine, ce sera le cinquantième anniversaire des fouilles de Kaunos », explique le professeur. Au regard des mandats de fouilles turcs, les fouilles de Kaunos sont parmi les plus longues du pays. Autour des sources chaudes de Sultaniye, il y avait là un sanctuaire sacré, dédié à la divinité de Leto. Les fouilles, cette année, vont porter sur ces sources chaudes comme sur le théâtre et le sanctuaire d’Apollon. Un projet de cinq ans a été mené, en souterrain et en surface des sources, il y a dix ans, et le même plan va être établi cette année. Le site de Kaunos est sur la liste des candidatures des sites de l’héritage mondial de l’UNESCO. « Kaunos est le site antique le plus visité de la région. Il devrait être protégé, mis sous une cloche de verre. Il est déjà trop tard pour le mettre sous protection. Il est sur la liste temporaire [de l’UNESCO], mais on ne sait pas quand on verra le résultat. Cela a pris 21 ans pour le site d’Ephèse. Je ne sais pas combien de temps nous devront attendre, mais c’est déjà un succès d’être sur liste temporaire », souligne le professeur Cengiz Işık.

Göbeklitepe

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Göbekli Tepe (« la colline au nombril », en référence à sa forme), ou Portasar en arménien, est un site archéologique datant de la fin du Mésolithique, au début du Néolithique (plus précisément le Néolithique précéramique A). Il est situé dans le Sud-Est anatolien, près de la frontière avec la Syrie, au sud-ouest de la ville de Şanlıurfa. Les archéologues ont mis au jour un sanctuaire monumental, parmi les plus anciens connus en Occident, devançant d’environ 70 siècles les plus anciennes pyramides égyptiennes. Le temple en lui-même est une colline artificielle, aux murs faits de pierres sèches non sculptées. Chaque pièce est une construction mégalithique ronde. À ce jour, quatre enceintes dessinées par d’énormes piliers de calcaire pesant plus de 10 tonnes ont été dégagées. Selon Klaus Schmidt, « elles symbolisent des assemblées humaines, et les pierres levées, disposées en cercle, représentent des personnages stylisés ».

Le site de l’un des plus vieux temples du monde abrite peut être le premier pictogramme humain, selon une scène gravée sur un obélisque. Une scène d’un obélisque trouvé pendant les fouilles de Göbeklitepe, un site de plus de 12000 ans dans le sud-est de la province de Şanlıurfa pourrait être le premier pictogramme de l’humanité, selon les chercheurs. « La scène sur l’obélisque mise à jour à Göbeklitepe pourrait être interprété comme le premier pictogramme parce qu’il dépeint un évènement thématique : une tête humaine sur l’aile d’un vautour et un corps humain sans corps, sous la stèle. », explique le directeur du musée de Şanlıurfa.

« Il y a des figures variées comme des crânes et des scorpions autour de cette figure. C’est la représentation d’un instant ; ça pourrait être le premier exemple de pictogramme. Il n’y a pas de figures aléatoires. On voit ce genre de représentations sur les murs datés d’il y a 6000-5000 ans avant JC à Çatalhöyük (actuellement à l’ouest de la Turquie) », ajoute de son côté Müslüm Ercan, le directeur du chantier de fouille de Göbeklitepe.

D’après M. Ercan, les artefacts trouvés à Göbeklitepe donnent de précieuses informations sur les pratiques funéraires antiques : « Il n’y avait pas de tombes il y a 12000 ans. Les corps étaient laissés à l’air libre et les rapaces les dévoraient. Ainsi, on pensait que leurs âmes montaient au ciel ». Ces « tombes dans le ciel », dépeintes sur les obélisques de Göbeklitepe, attestent selon lui de cette civilisation au cœur des temples les plus anciens du monde. La plupart des artefacts sont restés ensevelis pendant les fouilles le l’ère néolithique. Ce sont donc les premières découvertes de ce type, et le centre religieux du site de Göbeklitepe sert d’exemple pour les 23 temples de même structure découverts dans la région par géoradar.

Müslüm Ercan explique que les deux obélisques, baptisées « stèles T », parce qu’elles ont la forme de cette lettre, ont été trouvées de chaque part, face-à-face, entourées par de plus petites, de forme ronde. Les obélisques symbolisent les choses sacrées qu’on idolâtrait en ces temps-là. « Nous avons dans notre musée une sculpture de petite taille représentant un porc. Elle a été trouvée devant la stèle centrale du temple en « C ». On pense que ces stèles symbolisaient les croyances des habitants de Göbeklitepe. On se réunissait dans ces temples à certaines périodes de l’année, pour faire des vœux et rendre un culte. » Une découverte d’envergure, sur un site en constante évolution. Dans le même temps, les travaux d’infrastructure pour la construction du toit protégeant les fouilles ont été terminés.

Elisabeth Raynal

1 Comment

  1. Ahhh…!!! La Turquie….!
    Depuis 1980 j’y vais presque tous les 2 ou 3 ans… j’ai l’impression que je n’ai encore rien vu, en tout cas même pas le tiers de ce qu’il faut.

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