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France : une réforme universitaire de plus ?

Avril, mai et juin 2015 seront retenus comme des mois où la question éducative sera revenue au cœur des débats. En effet, après un énième remaniement ministériel, Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche n’est pas reconduite à son poste, et, après le 5 mars 2015, celui-ci passe dès lors sous le contrôle de la nouvelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem qui, à 37 ans, prends ainsi la tête d’un énorme ministère cumulant les deux fonctions.

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La jeune femme va rapidement faire parler d’elle au sujet des multiples erreurs stratégiques qui ont entaché sa tentative de réforme du programme d’enseignement des collèges. Après avoir choqué en promulguant la loi sans aucun dialogue, celle-ci semble être revenue en arrière en lançant à posteriori une consultation.

C’est dans ce contexte que l’on apprend en effet que, depuis avril dernier, une réforme universitaire concernant le doctorat serait en préparation. En effet, la professionnalisation des études doctorales s’impose de plus en plus comme une priorité. Une idée certes fort louable, surtout quand on connaît les problèmes liés aux débouchés des jeunes diplômés, notamment en France. Nous pourrions alors nous demander pourquoi un tel rejet ? La raison en est que, depuis 2001 et donc avant le second mandat de Jacques Chirac, l’Université fait l’objet de multiples réformes. En premier lieu, le cadrage des dépenses universitaire a été sérieusement refaçonné par la LOLF (loi portant sur l’organisation des finances de l’université). Puis, en 2007, ce fut la réorganisation générale des universités avec leur autonomie. La loi LRU (loi sur la responsabilité des universités) associée à la RCE (responsabilités et compétences élargies) qui devait être suivie par les fameux pôles de regroupement des universités : les PRES. Ces derniers évoluant vers les COMUE (Communautés Universitaires d’Etablissements) à compter de l’année 2013. Parallèlement, la vie scientifique des laboratoires permettait à ceux-ci d’entre enrichi par des réponses à des appels à projets, tels que la naissance de ceux proposés par l’Agence nationale de la recherche, ANR, crée en 2005 ou encore les LABEX (Laboratoires d’Excellences), crée en 2009 dans le cadre des programmes d’investissements d’avenir, ou encore les IDEX crée en 2011.

De manière générale nous comptons donc, mise à part cette réforme du doctorat que l’on nous annonce, pas moins de huit grandes réformes et/ou initiative depuis 2001, soit en un peu moins de 14 ans. La poursuite d’une tendance qui équivaut à un changement tout les deux ans en moyenne, sachant que sur le plan politique cette période de 14 ans (2001-2015) aura connu la fin d’une cohabitation, puis deux présidents de droite – Jacques Chirac (réélu en 2002-2007) et Nicolas Sarkozy (2007-2012) -, et enfin l’actuelle présidence socialiste de François Hollande depuis 2012.

Cela fait donc beaucoup et la machine universitaire a du mal à digérer toutes ces initiatives qui vont, droite comme gauche, dans un même souhait de modernisation du système universitaire.

Alors, que dire ?

Sans doute que la complexification du système a été trop rapide et mal accompagnée, on ne compte plus les enseignants chercheurs qui se plaignent d’être accablés par des tâches administratives qu’ils ne comprennent pas, des doctorants et des étudiants égarés dans les multiples changements de « maquettes » survenant en plein milieu d’une scolarité déjà fort complexe.

Le 17 juin dernier, c’est finalement Thierry Mandon qui est nommé, passant du secrétariat d’État à la Réforme de l’Etat à celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ses premières déclarations devaient garantir qu’il n’y aurait pas de baisse des crédits alloués à la recherche en 2016. Des déclarations plutôt rassurantes alors que le premier dossier qui l’attend est celui du projet de réforme du doctorat qui inquiète déjà le monde universitaire.

On dit du nouveau secrétaire d’Etat qu’il est quelqu’un de très travailleur et surtout un homme de dialogue. Des qualités qui vont sans doute permettre un peu d’optimisme pour le proche avenir.

Cela ne pourrait être que souhaitable pour cette gouvernance socialiste du pays qui, depuis 2012, est très éprouvée par les difficultés qu’elle rencontre.

Dr. Olivier Buirette

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