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François Fillon saura-t-il rassembler au-delà de la droite ?

Le 27 novembre dernier, François Fillon créait la surprise en remportant la Primaire à droite avec 44,9% de votes au premier tour, puis 66,5% au second tour contre Alain Juppé. Une victoire éclatante pour ce candidat dont on parlait à peine (annoncé en 3e voire 4e position) et qui devient ainsi le candidat du parti Les Républicains pour l’élection présidentielle 2017. francois_fillon_img_3362Retour sur le parcours de ce candidat boudé des médias, car donné perdant dans les sondages …

Fils d’un notaire et d’une historienne, originaire du Mans, François Fillon est titulaire d’une maîtrise et d’un DEA en droit public. Il commence sa carrière politique en 1976 en tant qu’assistant parlementaire de l’ancien ministre gaulliste et député de la Sarthe Joël Le Theule.

En 1981, à l’âge de 27 ans, il est élu député de la Sarthe, devenant ainsi le benjamin de l’Assemblée nationale. Cette expérience lui permettra de se former à la lutte politique dans les rangs de l’opposition aux côtés de celui qui deviendra son mentor, Philippe Séguin.

En 1992, il devient conseiller général de la Sarthe puis il rejoint le pouvoir exécutif en 1993 et 1995 où il sera tour à tour ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche et des technologies dans les gouvernements d’Alain Juppé puis d’Édouard Balladur.

En 2002, ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité au sein du gouvernement de Jean Pierre Raffarin, il conduit la réforme des retraites, avant que Nicolas Sarkozy ne le nomme à Matignon en 2007 où il restera pendant toute la durée du quinquennat. Il est ensuite élu député de Paris en juin 2012.

L’après-Matignon, à partir de mai 2012, est mouvementé puisqu’à l’été 2012 le député de Paris conteste l’élection de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP et tiendra tête à ce dernier pendant plusieurs mois, dénonçant des irrégularités. Cette défaite électorale et la guerre ouverte entre les deux candidats qui s’en suivit laisseront un goût amer au Sarthois qui saura en tirer les leçons pour les Primaires de 2017.

Depuis, l’ancien premier ministre a rapidement fait part de son ambition de diriger la France. Dès 2013, il a annoncé qu’il serait candidat « quoi qu’il arrive » à l’élection de 2017. Depuis 2013, il a préparé sa candidature loin des médias, labouré le terrain discrètement, mais efficacement. « Depuis trois ans, je trace ma route, à l’écoute des Français, avec mon projet, avec mes valeurs… »

Celui qui était resté dans l’ombre de Nicolas Sarkozy a pris la plume pour se livrer, exposer ses valeurs, ses convictions et les priorités de son programme. « Faire » fut un énorme succès de librairie, avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Puis, après s’être largement exprimé dans le domaine économique, il vient de se positionner sur les sujets régaliens de la défense et de la sécurité, à travers son dernier livre : « Vaincre le totalitarisme islamique » écrit au lendemain de l’attentat de Nice et de la mort du Père Hamel. Le candidat se pose ainsi en chef de guerre contre le djihad, et ne mâche pas ses mots : « Oublions le politiquement correct et les préjugés sommaires, il est plus que temps d’appeler un chat, un chat et un totalitarisme un totalitarisme. Oui, l’invasion sanglante de l’islamisme dans notre quotidien prépare une troisième guerre mondiale ».

L’une des clés du succès de l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy réside sans aucun doute dans ses choix de campagne singuliers : privilégier les petites réunions publiques très régulières dans toute la France, plutôt que de grands meetings. François Fillon s’est également distingué en choisissant de diversifier les départements où ses réunions publiques ont eu lieu. Depuis janvier, il aura visité 40 % des départements français, contre 25 % environ pour ses deux anciens principaux concurrents.

Quel est son projet pour la France ?

Son programme présidentiel peut être décrit comme d’inspiration thatchérienne : souverainiste, libéral pour l’économie, conservateur pour les mœurs.

François Fillon s’est présenté comme le candidat de la « vraie » rupture en prescrivant, une cure libérale drastique : baisse de 110 milliards d’euros des dépenses publiques, retraite à 65 ans, fusion des retraites du public et du privé, retour aux 39 heures…

Plus précisément, les principales propositions de son programme sont les suivantes :

En matière d’emploi :

– Reporter l’âge légal de la retraite à 65 ans.

– Aligner les règles de calcul de la retraite des agents publics sur celles des agents privés, c’est-à-dire calculer le montant de la pension à partir des salaires des 25 meilleures années et non des 6 derniers mois. En contrepartie, François Fillon propose d’intégrer le montant des primes touchées pendant la carrière au calcul de la pension de retraite.

– Supprimer les 35 heures : dans le secteur privé, laisser les salariés et chefs d’entreprise négocier librement la durée de travail hebdomadaire dans la limite des 48 heures posée par le droit européen. Dans la fonction publique, revenir aux 39 heures.

En matière de fiscalité :

– Supprimer l’ISF, éventuellement en ajustant la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu.

– Mettre en œuvre la TVA sociale – qu’il n’avait pas réussi à imposer en 2007 après sa nomination à Matignon – en augmentant de 2 points le taux normal de TVA contre une baisse massive des cotisations des entreprises.

Concernant les dépenses publiques :

– Économiser 110 milliards en 5 ans, notamment en réduisant les effectifs de la fonction publique de 10% soit plus de 500.000 postes.

Sur le plan social :

– Procéder à une réécriture de la loi Taubira pour réserver l’adoption plénière aux couples de sexes différents.

– Mettre en place une allocation sociale unique, qui regroupera le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation spécifique de solidarité, la nouvelle prime d’activité, les allocations logement (APL et AL). Le montant maximal alloué sera strictement plafonné. Des contreparties en matière de formation et de recherche d’emploi seront exigées des bénéficiaires. En cas d’efforts insuffisants, l’allocation sera diminuée et suspendue en cas de récidive

Quels sont ses atouts et ses faiblesses ?

Avant tout, François Fillon jouit d’une image d’homme sérieux et expérimenté fort de trente-cinq années de vie politique, tant au niveau local que national, au sein du pouvoir législatif comme exécutif.

Se tenant à une juste distance des médias (point appréciable après les expériences des quinquennats Sarkozy et Hollande), au style retenu, il peut se prévaloir d’être intègre, ce qui lui a permis de s’en prendre sans vergogne aux autres candidats et notamment Nicolas Sarkozy, “Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter. Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?” a-t-il déclaré, faisant référence aux affaires judiciaires concernant l’ancien chef de l’État.

Allergique à l’esbroufe et à la démagogie, il s’avère pragmatique et déterminé à engager un projet de redressement ambitieux de la France. Plutôt que de parler de réforme, François Fillon promet un véritable “projet radical” s’il est élu. “Je ne suis pas le candidat du consensus, je viens sérieusement casser la baraque pour la reconstruire autrement”.

En outre, son programme est solide et assorti d’un cadrage financier sérieux et précis.

Néanmoins, son programme porte la marque de l’austérité et promet sueur et larmes ce qui pourrait faire peur à certains. En outre, le candidat qui sera désigné par la Gauche, tout comme Marine Le Pen, ne manquera pas de pilonner son libéralisme économique et de prendre une posture sociale face à lui.

De plus, il pourrait peiner à incarner la rupture alors qu’il porte le bilan du quinquennat Sarkozy et ses détracteurs ne manqueront pas de le lui rappeler.

Présenté comme le favori de la présidentielle, parviendra-t-il à rassembler au-delà des Républicains ? Il va lui falloir montrer rapidement qu’il peut être le président de tous les Français, et pas seulement celui de la droite qui vient de lui accorder nettement sa confiance.

Arrivera-t-il à casser l’image qu’on lui colle d’un homme de droite libéral et réactionnaire ?

Mais surtout, s’il est élu, arrivera-t-il à mettre en place ses réformes et à surmonter la gronde attendue du corps syndical et des fonctionnaires ?

Sabine Schwartzmann

 

 

 

 

 

 

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