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François Hollande et la crise syrienne

Après l’attaque chimique du 4 avril dernier attribuée au régime syrien et les représailles américaines du 6 avril, le Président français, François Hollande, a accordé une entrevue au Monde afin de faire un retour sur la gestion française de la crise syrienne.Alors que le quinquennat de François Hollande prend fin, sa gestion de la crise syrienne est certainement l’un des éléments que retiendront ses détracteurs. Après avoir tenté, en août 2013, au côté des États-Unis, de convaincre ses alliés pour répondre par la force à Damas qui venait d’assassiner 1 400 civils avec du gaz sarin, Washington a finalement reculé et abandonné leur « ligne rouge ». La France ne pouvait que s’incliner.

Un souvenir amer pour le Président français qui reste convaincu que la décision de ne pas avoir lancé de frappes punitives en 2013 a changé le cours de l’Histoire de ce conflit qui a engendré 400 000 morts. Néanmoins, François Hollande souligne qu’il a compris les motivations de Barack Obama à l’époque : « Il n’avait pas été élu pour lancer une nouvelle intervention, mais pour se désengager du Moyen-Orient et il voulait faire prévaloir la négociation en tablant sur la pression mise par la menace du recours à la force ». Par ailleurs, il reste prudent quant aux résultats qu’une réponse armée aurait pu provoquer et souligne que d’autres facteurs entraient en ligne de compte, à savoir les alliés de Bachar al-Assad : « Soyons modérés dans nos conclusions et lucides sur ce qu’est la nature du régime et de ses soutiens, notamment de l’Iran ».

Selon le chef de l’État, cet épisode du conflit restera une occasion manquée. Il convient que le fait de ne pas avoir utilisé la répression a envoyé le mauvais message à Bachar al-Assad, mais aussi à Vladimir Poutine : « Pour Vladimir Poutine, cela a été la révélation que les Etats-Unis préféraient toujours la voie du compromis, la discussion, la diplomatie, plutôt que la force. Je fais un lien entre ce qui ne s’est pas passé en Syrie et ce qui s’est passé en Ukraine (…) Il a pu engager des actes de force qu’il n’avait pas imaginés au départ ». Dès lors, le rapport de force a changé selon M. Hollande.

Quant à la nouvelle utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, François Hollande n’est pas surpris : « Ce régime a un sentiment d’impunité. Il a pensé que l’ayant déjà fait, et répété, cela soulèverait des haut-le-cœur, mais ne provoquerait rien de plus. » Ainsi, prévenu de l’intention américaine de bombarder Chayrat le 6 avril, l’Élysée a approuvé cette décision : « Pour nous, l’essentiel était qu’ils le fassentOn leur a fait comprendre qu’on approuvait cette frappe, et que s’ils nous l’avaient demandé, nous aurions examiné l’hypothèse d’une opération conjointe. »

La frappe de Donald Trump est donc venue remédier à ce qui était perçu comme un aveu de faiblesse et, pour François Hollande, c’est l’occasion d’en profiter. « Dès lors que Donald Trump a fait ce choix, et quelle que soit l’interprétation que nous en avons – une motivation de politique intérieure, une frappe unique, une volonté d’impressionner ou tout simplement son imprévisibilité –, il a créé un événement qui doit être utilisé politiquement par la France, par l’Europe, pour ramener le plus possible les différentes parties du conflit à la négociation », a-t-il expliqué au Monde.

Alors que François Hollande espérait encore mercredi qu’une solution politique à la crise syrienne était encore envisageable et qu’il fallait compter sur le multilatéralisme, ce dernier a dû essuyer un nouveau coup dur, bien que prévisible : le huitième véto russe au Conseil de Sécurité afin de sanctionner le régime de Bachar al-Assad pour l’utilisation d’armes chimiques.

Camille Saulas

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