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François Hollande : premier bilan de trois ans de présidence

Conférence de presse de François Hollande du 14 janvier 2014Mai 2012 – mai 2015 : voilà donc trois ans que les Français ont opté pour l’alternance politique en redonnant aux socialistes la présidence de la République. Un changement de cap après dix ans de pouvoir à droite regroupant le second mandat de Jacques Chirac de 2002 à 2007 ainsi que celui de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012.

En premier lieu, on peut dire que la crise financière, qui a commencé en 2008 sous le mandat précédent, s’est depuis transformée en une crise économique et monétaire mondiale aux effets particulièrement violents en Europe et notamment en France.

L’arrivée au pouvoir du socialiste François Hollande, qui se voulait être un président « normal » et inaugurer un nouveau style de gouvernance, devait coïncider avec le moment où la crise prenait des proportions de plus en plus gravissimes.

Ces trois années de pouvoir vont donc se caractériser par une lutte incessante et sans succès contre la crise économique, les licenciements, et le chômage dont on n’aura de cesse de guetter la courbe en espérant qu’elle s’inverse enfin.

Trois ans et deux Premiers ministre : Jean-Marc Ayrault du 15 mai 2012 au 31 mars 2014 suite à la défaite de la majorité aux élections municipales, puis son successeur Manuel Valls depuis le 31 mars 2014.

Ces deux Premiers ministres ont donc été à la fois les acteurs et les témoins de ces trois premières années de pouvoir socialiste. La victoire de mai qui, rappelons-le, fut loin d’être écrasante face à la droite (François Hollande : 51,64 % ; Nicolas Sarkozy : 48,36 %) fut suivie d’une majorité de gauche à l’assemblée nationale en juin 2012 avec 258 sièges pour le Parti socialiste contre 185 pour l’UMP. Rapidement, le gouvernement Ayrault a tenté de mettre en place la politique promise par le Président lors de sa campagne avec la publication, dès juillet 2012, d’un Code de déontologie des activités privées de sécurité, ainsi que par la création de la Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique.

Mais le mois d’août fut marqué par de violentes émeutes dans la banlieue nord d’Amiens, soldées par dix millions d’euros de dégâts, et ce malgré la création des zones de sécurité prioritaire (ZSP) et le retour de la police de proximité dès le mois de juillet. Enfin, la fin de l’année fut ternie par le rejet du premier budget de crise par le Sénat ainsi que par les débuts d’un scandale financier impliquant le ministre du Budget Jérôme Cahuzac et par le retoquage par le Conseil constitutionnel de la taxe à 75 % sur les plus hauts revenus, mesure électorale phare du président Hollande. On note donc que, dès le début, la mandature est fragilisée et ne cessera de voir les problèmes s’accumuler.

L’année 2013 voit l’ouverture en janvier d’une nouvelle politique étrangère française conduite par celui qui s’imposera comme le ministre des Affaires étrangères des deux gouvernements : Laurent Fabius. Une politique qui se caractérisera par des opérations militaires menées principalement en Afrique. Ainsi, le 11 janvier est lancée l’opération Serval avec l’envoi au Mali d’un corps expéditionnaire de 4 600 hommes pour y combattre, aux côtés des forces locales, les groupes djihadistes du MUJAO et d’AQMI. Cette opération sera suivie d’un certain succès et permettra de dégager la capitale Bamako, un temps menacée, et de repousser les groupes terroristes dans le nord du pays, au-delà de Tombouctou.

Après cette victoire, le Président Hollande se fendra d’un voyage dans les régions libérées. Mais hélas, les problèmes intérieurs vont de nouveau occuper le premier plan. L’affaire du ministre Cahuzac finit en effet par devenir un énorme scandale, forçant celui-ci à démissionner le 19 mars. Le Gouvernement tente alors de reprendre la main en lançant une autre de ses promesses de campagne, à savoir le projet de loi sur le mariage des homosexuels : le « mariage pour tous ». Un immense débat va alors traverser tout le pays, provoquant un mouvement de réaction populaire considérable contre ce projet : la « manif’ pour tous ». Une bonne partie de l’année 2013 va être entachée par les gigantesques rassemblements de ce mouvement et les scandales gravitant autour d’une affaire Cahuzac qui, malgré la démission de celui-ci, ne devait que s’envenimer. Le 23 avril, la loi sur le mariage homosexuel est définitivement adoptée et elle est validée par le Conseil constitutionnel le 17 mai. La seconde partie de l’année verra la mise en place de la réforme de la loi de financement de la sécurité sociale ainsi que le vote d’un budget de rigueur lié à la crise, qui continuera ses ravages alors que l’alourdissement de la fiscalité mise en place par le Gouvernement ne cessera de s’accroître.

Le début de l’année 2014 va confirmer cette tendance avec une augmentation de la TVA qui passe à 20% dès janvier. Ce même mois verra surgir deux nouvelles affaires. La première est la série de décisions radicales prises par le ministre de l’Intérieur d’alors, Manuel Valls, afin de mettre un terme à la carrière de l’humoriste Dieudonné, qui ne cesse de multiplier des provocations jugées antisémites au travers de ses spectacles et interventions dans divers blogs. Ces tentatives constitueront un échec qui augmentera même la popularité de ce dernier. La seconde concerne la rupture brutale du président de la République avec sa compagne officielle, Valérie Trierweiler, et la révélation de l’existence de sa maîtresse, l’actrice Julie Gayet. La crise s’aggrave, les manifestations anti-gouvernementales se multiplient et les élections municipales des 23 et 30 mars se révèlent être une défaite catastrophique pour le Parti socialiste. Le moment semble venu pour le président de chercher un second souffle en changeant de Premier ministre.

On assiste alors à la formation d’un nouveau gouvernement par l’ancien ministre de l’Intérieur Manuel Valls qui prend ses fonctions le 31 mars 2014. Celui-ci va alors tout mettre en place pour redémarrer l’économie nationale, en présentant dès le 16 avril un plan d’économie de 50 milliards d’euros associé à l’arrivée, en août de la même année, d’un jeune ministre de l’Économie : Emmanuel Macron. Le temps semble venu pour la mise en place de réformes libérales visant à remettre l’économie sur de bons rails. Toutefois, rien ne se passe, du moins dans l’immédiat. En matière de politique étrangère, la tendance déjà prise des grandes opérations internationales se poursuit le 20 septembre 2014 avec l’opération Chammal, une participation française à la coalition arabo-occidentale en Irak et en Syrie, ainsi que par l’opération Sangaris assurant, dès février 2014, le renforcement du dispositif français en Centrafrique qui passe ainsi de 1 600 à 2000 soldats. Cette mesure vise à stabiliser un pays en situation de quasi-guerre civile. La fin de l’année s’achève dans la morosité avec la perte de la majorité que la gauche avait acquise au Sénat en 2011 ; ce dernier repassant à droite en octobre 2014.

Enfin, le début 2015 est évidemment marqué par les attentats terroristes de janvier. Le gouvernement Valls réagit rapidement au nom de la notion essentielle d’unité nationale, avec la grande manifestation du 11 janvier suivie d’une sécurisation massive passant par la réactivation du plan Vigipirate. Toutefois, dès la fin de l’hiver et le début du printemps, les problèmes de fond resurgissent de plus belle en raison d’une crise qui n’en finit pas et d’une politique manifestement inadaptée. De plus, les élections départementales des 22 et 29 mars constituent un nouveau revers pour le pouvoir socialiste.

Ainsi, avec une augmentation de près de 759 000 chômeurs en trois ans (de 2 750 000 chômeurs en juin 2012 à 3 509 000 chômeurs en mars 2015, soit en moyenne 253 000 demandeurs d’emplois supplémentaires chaque année), nous pouvons conclure que pour François Hollande comme pour le gouvernement Valls, l’avenir reste en ce mois anniversaire suspendu à un reflux espéré de la crise. Mais la dernière augmentation du nombre de demandeurs d’emplois, en avril dernier, semble nous indiquer que ce n’est pas du tout à l’ordre du jour.

Dr. Olivier Buirette à Paris, le 8 mai 2015

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