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Le futur est en marche, même au restaurant

Si le film Terminator vous a procuré des sueurs froides quant à l’hypothétique domination d’une quelconque intelligence artificielle sur terre, vous feriez mieux de passer votre chemin et de ne pas lire cet article, car c’est bel et bien une scène tout droit tirée d’un film de science-fiction que nous offre ce restaurant d’Istanbul en employant un type de serveurs très particulier : des robots. Une occasion pour nous de revenir sur la robotisation de la société et des fantasmes qui en découlent.

Bien que cet usage soit courant dans le monde, ce restaurant est le premier de Turquie à utiliser des robots pour effectuer le travail de ses serveurs et serveuses, la pratique étant déjà très répandue en Chine ou dans des pays à la pointe de la modernité comme au Japon.

Bien évidemment, derrière l’arrivée de ces automates à apparence humaine se cache une entreprise marketing à peine dissimulée. En effet, ce qui est nouveau attire et qui ne serait pas curieux de se faire servir sa pizza par un sosie de Wall-E ? Mais, au-delà de l’aspect publicitaire, cette pratique grandissante qu’est la robotisation de la société interroge et inquiète.

Alors, entre fantasme et réalité, faut-il craindre les robots serveurs et leurs congénères ?

Le « Touch restaurant », une nouveauté high-tech à Istanbul

Pour les Stambouliotes voulant voir de leurs propres yeux ce spectacle peu banal, le « Touch Restaurant » se situe dans le quartier de Bakırköy, à l’ouest d’Istanbul. Les plats qui y sont proposés sont tout ce qu’il y a de plus classique pour une chaîne de restauration rapide : des pizzas et des hamburgers.

https://www.touchrestaurantistanbul.com/442978608

Mais l’atout mis en avant par le restaurant c’est bel et bien son côté high-tech : les tables y sont électroniques et permettent de choisir son repas, ce dernier étant bien évidemment servi par des robots de la taille d’un enfant et munis d’un casque en guise de tête faisant curieusement penser au duo de DJ français Daft Punk.

La scène semble à première vue amusante dans la mesure où, cette pratique n’étant pas répandue, elle conserve un aspect original et divertissant. Pourtant, il serait naïf de croire que la robotisation de la société n’a pas débuté, bien que la Turquie soit encore relativement préservée par ce phénomène. Si les robots ne sont pas forcément humanoïdes comme dans ce restaurant, l’avenir est aux caisses automatiques dans les supermarchés, les fast foods ou les magasins. Plus généralement, la marche semble lancée vers une automatisation et une robotisation à grande échelle de nombreux secteurs du travail, provoquant des effets en double teinte.

La double facette de la robotisation

L’automatisation de la société permettrait, à terme, d’effectuer les tâches dites « ingrates » de la société, voire celles qui sont les plus dangereuses, en particulier dans le secteur de l’industrie. De plus, dans une logique strictement capitalistique, l’utilisation de machines automatisées ou de robots au travail permet, dans la plupart des cas, un meilleur rendement et une productivité accrue.

Néanmoins, la robotisation a aussi ses aspects négatifs ; d’un côté elle est rentable économiquement, de l’autre elle détruit et menace des emplois et est une source de précarité et de danger pour les salariés. Le 25 avril dernier, l’OCDE publiait une note annonçant la disparition de 14 % des emplois dans le monde en prévision de la robotisation croissante. Or, si aucune politique publique n’est mise en place pour taxer le travail rendu gratuit par l’utilisation d’une main d’œuvre qui ne se nourrit pas, ne dort pas, n’a pas d’enfants à s’occuper et ne fait pas grève, le risque d’avoir affaire à une importante catastrophe sociale et sociétale se décuple. Comment rémunérer des personnes qui n’ont pas les qualifications nécessaires pour être plus « utiles » que des robots ?

Le problème est donc épineux. Mais force est de constater que l’automatisation de la société semble inéluctable. Le problème se porte désormais sur les politiques publiques qui vont être mises en place afin d’encadrer ce tournant dans la manière de concevoir le travail.

Et l’éthique dans tout ça ?

Outre la question complexe de l’évolution du monde du travail suite à la robotisation, cette dernière interroge également sur le plan de l’éthique.

De plus en plus, l’homme est confronté et interagit avec des machines ; si bien qu’on pourrait être tenté de dire qu’il se déshumanise. En effet, l’emploi de machines automatisées dans des secteurs telles que l’industrie ne pose a priori pas de problèmes éthiques hormis le fait que, comme souligné plus tôt, les robots soient une main-d’œuvre docile ne pouvant faire grève et que des mesures doivent être mises en place afin d’aider les individus qui seront déclassés socialement par ces derniers.

Néanmoins, le problème est plus épineux lorsque le robot remplace l’Homme dans des secteurs où ce dernier est censé avoir une interaction sociale avec ses semblables. À l’image du robot Sophia, de plus en plus de robots sont conçus avec une forme humanoïde et sont capables d’apprendre et de tenir une conversation longue et soutenue avec un humain. Or, vouloir remplacer un humain par quelque chose qui en a l’apparence et qui répond grosso modo aux mêmes fonctionnalités pose un problème d’un point de vue éthique en particulier sur la question du lien social entre les individus. De ce fait, préférer se confronter à une machine régie par des algorithmes, que ce soit pour faciliter son quotidien (le robot est plus rapide, plus précis) ou pour le rendre plus agréable (le robot ne conteste pas, ne s’énerve pas), remet en cause l’humanité même de l’Homme, ce dernier préférant avoir affaire à une entité lisse et vide de conscience.

Bien évidemment, il existe d’autres situations où les robots androïdes peuvent avoir un aspect positif, voire thérapeutique, c’est notamment le cas quand il s’agit de l’aide aux personnes âgées ou en difficultés motrices. Tout est alors affaire de mesure et d’encadrement afin d’appréhender la question complexe de l’inéluctable robotisation de la société au XXIe siècle.

Victor Mottin

 

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