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« Génocide » arménien: en Belgique, le Parlement reste ambigu

Le 23 juillet, le Parlement belge a adopté à l’unanimité une résolution sur le « génocide » arménien par l’Empire ottoman, sans pour autant le reconnaître ou incriminer la Turquie. Ankara a immédiatement condamné le texte.

La résolution était intitulée « Proposition de résolution relative à la commémoration du centenaire du génocide arménien. » Une prudence sémantique qui prouve que ce sujet reste hautement sensible. Présenté par Peter de Roover, soutenu par le gouvernement libéral francophone de Charles Michel, le texte a été adopté par 124 voix pour, moins huit abstentions. Le mois dernier, le chef du gouvernement belge avait pourtant estimé que « les événements tragiques survenus entre 1915 et 1917, [devaient] être qualifiés de génocide. » Mais rien de tel dans le texte voté. S’il reconnaît que les massacres subis par les Arméniens sont réels, et ont bien été commis par l’Empire ottoman, la reconnaissance du génocide n’apparaît nulle part.

La résolution vise clairement le consensus entre toutes les parties. Elle déclare ainsi que « la Turquie actuelle ne saurait être tenue pour responsable du drame vécu par les Arméniens de l’Empire ottoman » et appelle « l’Arménie et la Turquie à prendre exemple sur la réconciliation des nations européennes et à privilégier une stratégie mettant au premier plan la réconciliation entre leurs peuples ».

Cependant, certains points sont plus critiques envers le gouvernement turc. Trouvant « déplorable et inquiétant que la Turquie refuse de reconnaître l’historicité du génocide arménien », le texte exhorte Ankara à admettre le caractère génocidaire des massacres. Une position quelque peu hypocrite pourrait-on considérer puisque les députés belges ne franchissent pas eux-mêmes le pas.

A vouloir ménager la chèvre et le chou, Bruxelles se met ainsi à dos les deux parties. Le ministre turc des Affaires étrangères a immédiatement condamné la résolution et accuse la Belgique « de falsifier les vérités historiques et d’ignorer le droit ». Insistant sur la « consternation de la communauté truque de Belgique », il ajoute que « les relations bilatérales peuvent en être affectées ». Consternation également dans la communauté arménienne. Un collectif d’Arménie dénonce en effet à l’agence Belga un texte qui « consacre l’ambiguïté et véhicule des amalgames malheureux ».

Entre 1915 et 1917, l’Empire ottoman aurait déporté et massacré près de 1,5 millions de personnes dans le désert syrien, principalement des Arméniens. L’ampleur de la tuerie a poussé plusieurs pays, dont la France ou la Russie, à les qualifier officiellement de génocide, ce qu’ont toujours nié les gouvernements turcs successifs. En 2014, le président Recep Tayyip Erdoğan avait tout de même fait un premier pas en présentant ses condoléances aux « petits-fils des Arméniens tués en 1915 », sans pour autant reconnaître quelconque responsabilité de la Turquie.

Antoine Rolland

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