Art, Culture

GNC Festival d’Istanbul : un spectacle en demi-ton

Le samedi 7 septembre 2014, Istanbul a accueilli le GNC festival dans l’enceinte de l’ITÜ Stadium. Si vous étiez de passage à Istanbul dans le mois qui a précédé l’événement, vous n’avez pas pu passer à côté des affiches qui fleurissaient partout dans la ville, résultat d’une stratégie de communication massive. Un martelage qui nous laissait espérer une soirée monumentale, surtout avec des artistes comme Pharrell Williams, célébrité la plus en vogue de l’année 2014, ou encore Rita Ora. Que nenni. Quand le public n’est pas au rendez-vous, même si la performance est bonne, la fête est moins folle.

GNC Festival

Il s’agissait d’une date importante. Le GNC Festival était censé clore l’été et marquer la rentrée de septembre avec un festival pop à en faire pâlir de jalousie certains. L’événement s’était donné les moyens de faire parler de lui en invitant Pharrell Williams. Sponsorisé par Türkcell, la communication fut à l’image de l’opérateur: un logo GNC à tous les coins de rue pour donner l’impression qu’il n’existe que ça et qu’on ne pourrait se permettre de rater un tel événement. Sauf que contrairement à Türkcell, qui continue d’asseoir son monopole sur les utilisateurs de mobile en Turquie, l’événement n’a pas attiré les foules qu’il espérait.

Le rendez-vous pop de la rentrée

GNC FestivalAu programme, de la pop, de la pop et encore de la pop. Le festival s’est lancé avec une série d’artistes turcs populaires qui ont attiré nombre de jeunes adolescentes prêtes à se déchirer les cordes vocales. Mabel Matiz a lancé la danse à 15h, suivi par Model et le groupe MaNga. Rien de bien passionnant donc, pour ces groupes choisis plus pour leur popularité radiophonique que pour leur grand talent musical. Encore peu peuplé, on a vu le stade de l’ITÜ se remplir au cours du dernier concert. La nuit tombait peu à peu, annonçant les têtes d’affiches et le show à l’américaine. Quand Inna monte sur scène, le public se rapproche et la triste réalité se dessine: la moitié du stade est vide, les tribunes sont presque désertes, bref, le public stambouliote n’est pas là. Vu la performance d’Inna, on s’est dit que c’était normal. Il aurait suffit d’une soirée en boîte de nuit pour retrouver l’ambiance de cette artiste habituée des tubes d’été, comme Sun is up qu’on nous oblige à écouter sur la plage au moment où l’on veut faire une sieste. Ne soyons pas mauvaise langue non plus, un petit tour au centre de la fosse nous a permis d’assister à un battle de break dance qui valait le détour.

Une Rita Ora inspirée

Rita OraC’est avec plaisir qu’on voit Rita Ora prendre la place d’une Inna décidément fatigante. Avec l’artiste anglaise née au Kosovo et d’origine albanaise, le GNC Festival s’offre une vraie performance scénique. Elle donne le ton en enflammant la scène avec son incontournable tube RIP puis Shine Ya Light, ses premiers titres qui l’ont révélés. D’un point de vue musical, pas sûr que ses anciens fans soient convaincus par son passage du hip-hop à cette pop omniprésente. Quoi qu’il en soit cela collait avec ce public relativement jeune, qui se plaisait à hurler son nom, espérant peut-être attirer son attention l’espace d’une seconde. On a été agréablement surpris par sa reprise de Magic de Colplay, suivi d’un bon Drunk in love emprunté à Beyoncé. Jouant entre la proximité avec le public et une sensualité à en faire vibrer le staff de sécurité censé rester impassible, Rita Ora nous a presque fait oublier le regret de voir ce stade si peu plein. C’était sans compter sur sa tentative de faire participer ce public éteint, sans succès.

« You should love and fear no more »

Pharrell WilliamsSoyons honnête, ce concert, c’était avant tout celui de Pharrell Williams. On pensait qu’Istanbul aurait su accueillir comme il fallait l’artiste qui a fait le plus parler de lui au cours des douze derniers mois. Alors oui le stade était moins vide qu’auparavant, oui le public trépignant d’impatience à l’idée d’écouter Get Lucky et Happy, mais cela ne suffit pas pour créer cette symbiose entre l’artiste et ses fans qu’on ressent parfois dans des concerts inoubliables. On y a cru avec un bon Lose yourself to dance pour lancer le spectacle. Le public semblait conquis et s’est laissé allé à quelques déhanchés. Mais les chansons qui ont suivis n’ont pas eu l’effet espéré. Le public semblait ne pas connaitre l’ancien Pharrell Williams, le producteur, le chanteur, présent sur la scène musicale depuis plus de vingt ans. Personne ne semblait savoir que s’il chantait Gwen Stefani, Justin Timberlake ou Snoop Dogg c’est aussi parce qu’il les avait produit et qu’il avait participé à leur projet. Heureusement Get Lucky est venu relancer le concert, qui s’est fini sur un Happy magistral, suivi et chanté par un public qui s’est enfin réveillé, on regrette seulement que ce soit après dix heures de concert. La symbiose avec le public s’est fait sentir sous les mots du chanteur, content de jouer dans la ville aux multiples facettes culturelles. « You should love and fear no more » (« Il faut aimer et ne plus avoir peur ») rappelait-t-il, « you should only fear god, and god is only love » (« Vous ne pouvez craindre que Dieu, et Dieu n’est qu’amour »), comme un clin d’œil aux années d’histoire qui ont secoués la Magnifique.

GNC Festival

Malgré une organisation parfaite, sans retards ni accrocs, des balances comme on les aimes, et aucun problème technique, le GNC Festival aura déçu malgré lui, à cause d’un public peut-être trop jeune qui n’a pas su apprécier la qualité du spectacle offert par Pharrell Williams et Rita Ora. A vouloir inviter des starlettes comme Inna, il ne faut pas s’étonner d’une ambiance collégienne qui s’intéresse plus aux peoples qu’à une véritable performance musicale.

Benjamin Delille

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