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La grande braderie en Grèce : les privatisations odieuses du patrimoine commun

Dans la « colonie de la dette » comme qualifie son pays Alexis Tsipras, leader du parti de la gauche radicale, Syriza, plus rien ne semble sacré ou intouchable face aux impératifs des marchés. Le TAIPED, fonds de valorisation du patrimoine grec, piloté par la Troïka – Banque Centrale européenne (BCE), Fonds Monétaire International (FMI) et Commission européenne – sont aux commandes de ce Léviathan bien décidé à transformer en liquidités les biens publics de l’Etat grec et le patrimoine commun du peuple grec.

Grèce

Le TAIPED, loup européen dans la bergerie

Le TAIPED est un outil développé par les Mémorandums – lois promulguées par centaines sous la forme d’amendements, sans véritable débat parlementaire ni démocratique, recensant les exigences de la Troïka. Depuis 2010 le gouvernement grec mène une quête désespérée de financements propres et cherche à obtenir des liquidités afin de limiter les requêtes auprès des marchés internationaux de capitaux, qui pratiquent des taux usuraires envers la Grèce.

Sous la pression de la Troïka, le gouvernement grec s’est vu obliger de trouver, par la privatisation des biens publics et la vente de ses parts dans les entreprises publiques, un total de 7 milliards d’euros à échéance 2015. Or en 2010, sous le gouvernement de coalition (Nouvelle Démocratie, conservateurs ; PASOK, censément socialiste mais plutôt de centre-droit ; DIMAR, centre-gauche) mené par Papandréou, c’est un ambitieux programme devant permettre de récolter 50 milliards d’euros, dont une petite dizaine d’ici 2015, qui a été lancé.

On peut y lire la volonté du gouvernement grec de complaire à ses créanciers, majoritairement institutionnels après les phases de restructuration de la dette. Les faiblesses propres du gouvernement grec, notamment visibles lors de ses campagnes de privatisations comme celle de 2008-2009 où des infrastructures construites à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 avaient été vendues à prix cassés à l’Eglise orthodoxe grecque, ont justifié l’organigramme du TAIPED : les conseillers et experts qui accélèrent le processus de vente sont majoritairement issus des pays membres de l’UE, et des créanciers de la dette grecque ; les institutions européennes sont représentées par deux délégués au Conseil d’administration du fonds ; et il semblerait que certaines transactions cherchent à favoriser les entreprises des pays créditeurs lors des appels d’offres.

Assistons-nous alors à un double dépouillement de la Grèce – privée de liquidités depuis six ans, et condamnée dans le futur à cause de la liquidation totale de ses atouts économiques pour obtenir des lignes de crédit supplémentaires de ses bailleurs européens?

Catalogue des biens privatisés

Le catalogue de biens mis à la vente inclus trois types majeurs de propriété, certains prêtant plus à controverse que d’autres.

GrèceL’agenda estival a mis à la mode la dénonciation de la grande braderie des plages et des littoraux grecs, dont une centaine de lots ont été mis en vente après novembre 2013. La vente des littoraux est coordonnée selon le gouvernement à la mise en place de projets de développement, s’appuyant notamment sur la stratégie de développement basé sur le renforcement du secteur touristique en Grèce, une grossière erreur lorsque l’on considère le déficit de la balance des paiements, constant handicap du pays. La vente des littoraux soulève une myriade d’interrogations et de critiques : tout d’abord, il faut savoir qu’en Grèce, aucun cadastre n’a jamais été tenu officiellement par l’administration étatique, donnant lieu à de nombreuses appropriations illégales, mais aussi favorisant de possibles expropriations dans le processus de privatisation à venir. Ensuite, nombre des lots mis en vente par le TAIPED recouvre des zones classées au titre du projet européen Natura 2000, qui rassemble des zones dotées d’une exceptionnelle richesse en termes de faune et de flore. Enfin, tout projet de développement touristique doit prendre en compte les attentes des touristes, leurs exigences : la bétonisation des littoraux n’en fait sans doute pas partie! La Grèce, connue pour ces plages vierges, ses criques isolées, la sauvagerie méditerranéenne de ses paysages, perdrait son charme et ses atouts dans des campagnes d’urbanisation littorale sauvage, que masquent à peine les projets de développement du TAIPED. Les biens fonciers et les étendues sauvages constituent la première catégorie de biens en vente.

Une seconde catégorie rassemble les biens immobiliers et culturels, majoritairement aux mains du Ministère de la Culture avant d’être déposés au portefeuille du TAIPED. Parmi ceux-ci, de nombreux sites historiques comme le Castello Bibelli, et, ce qui a suscité un tollé sans précédent, des maisons et bâtiments dans le quartier de la Plaka, qui entoure l’Acropole. Elle est le coeur historique et culturel de la Grèce, mais aussi peut-être de toute la culture occidentale, basée sur la tradition grecquo-chrétienne. Le Ministère de la Culture avait entamé une démarche de protection du quartier afin d’empêcher toute urbanisation susceptible de défigurer ce panorama incomparable. Mais les riches investisseurs visés par ces ventes apporteront des liquidités bien plus tangibles que la beauté du site, qui n’appartient qu’à une évaluation immatérielle du capital d’un pays.

Enfin, une dernière catégorie rassemble les parts détenues par l’Etat au capital des sociétés publiques. Le scandale provient ici de la mise en vente des parts détenues dans de nombreuses entreprises rentables, justifiée par le gouvernement sous le prétexte des pertes infligées à l’Etat tant que les entités seraient liées. Le 14 juillet, l’épineuse question de l’opérateur grec d’électricité, DEI (Régie hellène de l’électricité) a été résolue en session estivale du Parlement : alors que la vente de l’entreprise produisait une vive contestation, entretenue depuis des mois et soutenue par le parti d’opposition Syriza, elle a finalement été entérinée. Pire, l’entreprise sera vendue fragmentée, avec dissociations des branches lucratives et des activités ne pouvant induire de rendements. Les branches lucratives seront cédées, tandis que l’Etat grec conservera des participations majoritaires au capital des branches induisant des pertes.

Dévaluation interne et projet de développement insoutenable : sacrifice du futur sans gains pour le présent

GrèceC’est toute la question du futur économique du pays qui est ici en jeu, la possibilité même de la croissance alors que les stratégies du gouvernement mettent à mal les espoirs futurs pour des rentrées d’argent immédiates, qui plus est insuffisantes à endiguer la crise sociale actuelle, à assurer la possibilité du bonheur pour une population dont un tiers vit désormais en deçà du seuil de pauvreté. De plus, sans défendre un protectionnisme parfois coûteux, les analystes, politologues, économistes, stratèges, considèrent tous qu’un certain nombre de production, certaines activités, sont essentielles à l’indépendance d’un pays. C’est là tout le concept d’intérêt national, de sécurité nationale. La production et la distribution d’énergie, la distribution et l’assainissement de l’eau, l’accès à une information publique de qualité en font partie : or le gouvernement va céder ses parts dans DEI, ses parts majoritaires dans la compagnie des eaux d’Athènes, dans celle de Thessalonique -seconde ville du pays-, a déjà détruit l’ERT, service publique des médias télévisuels et radiophoniques…

Excédant souvent les exigences de la Troïka, le gouvernement grec fait depuis 2010 acte de zèle, si ce n’est de collaboration – un pays sous occupation étrangère ne cherche-t-il pas toujours à prévenir les souhaits de l’occupant ?

Aprilia Viale 

3 Comments

  1. ronaldsarwir

    J’adore la Grèce c’est génial quoi! Un pays de rêve surtout les plages un pays pour faire des vacance reposante ! Comme une année travail et vous avez beaucoup d’argent, vous pouvez vous reposez en tout sainteté!

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