Economie, International

Grèce : l’annonce d’un référendum et de la fermeture des banques complique la situation

La crise grecque, qui dure depuis cinq ans déjà, a pris une nouvelle tournure dimanche soir : c’est un peuple grec des plus inquiets qui a assisté à l’intervention télévisée du Premier ministre Aléxis Tsípras, annonçant que les banques du pays resteraient fermées pendant une semaine au moins, jusqu’au référendum prévu le 5 juillet, et que les retraits de liquidité seraient restreints jusqu’au lendemain de ce dernier.

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Le Premier ministre a tenu à rappeler que cette décision avait été prise sur les conseils de la Banque de Grèce. Cependant, aucun détail n’a été donné sur la nature précise des restrictions imposées. Ses propos se sont plutôt centrés sur des questions générales quant à l’avenir du pays et à son appartenance à la zone euro, ainsi que les conséquences pour l’Union européenne.

Il n’avait échappé à personne que ce week-end serait des plus décisifs pour le peuple grec. Dès vendredi, Aléxis Tsípras annonçait en effet sur un ton grave : « La question qui sera posée au référendum ce dimanche prochain [5 juillet] sera de savoir si nous acceptons ou rejetons la proposition des institutions européennes. Je demanderai une prolongation du programme de quelques jours afin que le peuple grec prenne sa décision. Je vous invite à prendre cette décision souverainement et avec la fierté que nous enseigne l’histoire de la Grèce. La Grèce, qui a vu naître la démocratie, doit envoyer un message de démocratie retentissant. Je m’engage à en respecter le résultat quel qu’il soit. » Ces deux derniers jours, suite à l’annonce soudaine et inattendue de la tenue de ce referendum, les Grecs se sont rendus en masse dans les banques pour retirer de l’argent, allongeant les queues devant les distributeurs automatiques. C’est donc la confusion qui régnait ce week-end.

Un agacement et une lassitude des membres de l’Union européenne

De son côté, le gouvernement de gauche radicale a appelé à voter « non » au referendum, déclarant qu’il refusait une humiliation de plus et qu’il souhaitait négocier pour allonger encore les délais. Mais cette décision de referendum, ratifiée en urgence par le parlement grec, a agacé les gouvernements européens. La Grèce a « mis fin aux négociations » avec ses créanciers « de manière unilatérale », a par exemple estimé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Ainsi, depuis vendredi, les relations sont des plus tendues entre la Grèce et l’Union européenne, chaque camp accusant l’autre d’être responsable de l’arrêt des négociations. Dimanche, la Banque centrale européenne annonçait qu’elle refusait d’augmenter le montant des liquidités d’urgence octroyées à la Grèce, tandis qu’Aléxis Tsípras réagissait en disant qu’il est « maintenant plus que clair que cette décision n’a d’autre but que la volonté de faire du chantage au peuple grec et de l’empêcher de s’exprimer de façon démocratique ». Plus encore, le Premier ministre grec a mis en garde l’UE quant à l’effet contre-productif de ces restrictions, qui donnaient la motivation aux Grecs de se battre jusqu’au bout pour « rejeter l’inacceptable ».

Pour François Hollande, qui s’est entretenu ce matin avec un cercle restreint de ministres, ce référendum constitue le « choix souverain » du peuple grec de son appartenance ou non à la zone euro et estime qu’il est temps que « les Grecs en décident », tout en précisant que « la France souhaite que la Grèce reste dans la zone euro ».

Un jeu contre la montre

Le référendum se tiendra donc dimanche prochain mais, d’ici-là, la situation reste des plus imprévisibles : la date limite imposée par les actuels bailleurs de fonds de la Grèce est fixée à mardi. Ainsi, dans moins de 48h, la Grèce n’aura plus accès aux 7,2 milliards d’euros (8 millions de dollars) mis à sa disposition jusque maintenant par le FESF. Sans cet argent, il est peu probable que la Grèce puisse rembourser les 1,6 milliards d’euros (1,79 milliards de dollars) qu’elle doit au Fonds monétaire international à cette même date. Aléxis Tsípras a déjà demandé un nouveau sursis pour le remboursement de ses créanciers.

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a tempéré en disant que la France et l’ensemble de l’Union européenne devait « tout faire pour que la Grèce reste dans la zone euro », mais que « tout faire cela signifie respecter la Grèce et la démocratie, mais aussi respecter les règles de jeu de l’Union européenne ».

Le peuple grec désarmé

Dans les rues d’Athènes, les réactions consécutives à l’annonce de referendum sont mitigées. Beaucoup ne savent pas encore quoi voter. Certains estiment que la tout ira beaucoup mieux pour la Grèce une fois que le pays se sera éloigné de l’UE et de la monnaie commune, tandis que d’autres craignent le chaos si une sortie de la zone euro prenait effet. Deux sondages d’opinion publiés dimanche faisaient cependant état d’une volonté de la plupart des Grecs de rester dans la zone euro et de continuer les négociations avec l’Europe, bien que ces deux sondages aient été conduits avant l’annonce de referendum.

Noémie Allart

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