Economie, International

Grèce : le pari fou de Tsipras

Trois jours seulement après le résultat sans appel du référendum grec, le sommet des chefs d’Etat de la zone euro a permis de relancer les négociations entre Athènes et ses créanciers. Après une première victoire symbolique, le gouvernement d’Alexis Tsipras devra mettre de nouveaux arguments sur la table pour éviter les mesures drastiques de l’accord « réformes contre argent frais ». Tout l’enjeu est de savoir si le gouvernement grec arrivera à faire coup double : obtenir un accord moins sévère en échange d’un nouveau plan d’aide, tout en parvenant à faire renégocier la dette du pays.

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On avait quitté un peuple grec euphorique célébrant la large victoire du non au référendum, c’est désormais un retour brutal à la réalité qui attend le gouvernement hellène. Mardi, tard dans la soirée, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis lors du sommet de la zone euro ont décidé de fixer « une date butoir », pour résoudre le cas de la Grèce en discussion depuis plusieurs mois.

A la sortie de cette première réunion européenne depuis le référendum de dimanche, la lassitude était palpable sur le visage des dirigeants. Le président du conseil italien, Matteo Renzi, dont la posture se voulait plutôt discrète ces dernières semaines, s’est fait le porte- parole de ses homologues à l’issue de la réunion.

Le représentant italien a annoncé la tenue dimanche 12 juillet d’un sommet exceptionnel qui réunira cette fois l’ensemble des 28 membres de l’Union européenne, et non plus seulement les partenaires de la zone euro. «  J’espère sincèrement que ce sera notre dernière rencontre au sujet de la Grèce », a-t-il conclu.

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Le ton était nettement plus grave du côté de la présidence du Conseil européen. Donald Tusk, un des hommes forts de la situation difficile traversée par la zone, a rappelé hier l’urgence de trouver une solution : « Nous n’avons plus que cinq jours pour trouver un accord final. J’ai jusqu’à présent évité de parler de date butoir, mais ce soir, je dois le dire haut et fort, la date butoir est pour cette fin de semaine. Nous sommes tous responsables de cette crise et nous avons tous le devoir de la résoudre. ».

A ce stade, Athènes peut toujours éviter la banqueroute, mais les négociations ne sont pas jouées d’avance. Le pays, qui n’a toujours pas honoré ses engagements financiers envers le FMI, lequel lui réclamait plus d’1,6 milliards d’euros avant le 1er juillet, voit déjà une autre échéance se rapprocher dangereusement : à partir du 20 juillet, ce sont près de 3,5 milliards d’euros qui devront cette fois-ci être restitués à la BCE.

Or, Athènes ne peut se permettre d’être sujette à un autre défaut de paiement. L’institution monétaire tient le système bancaire grec entier sous perfusion en maintenant la fourniture de liquidités d’urgence aux banques (ELA). Et la suspension de cette aide mettrait à terre une économie déjà amputée de 60 milliards d’euros de capitaux depuis 2010.

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La menace du « Grexit » n’a jamais été aussi présente

En attendant le rendez-vous de dimanche, plusieurs issues sont déjà envisagées par Bruxelles. Sans surprise, c’est toujours la nature des compensations demandées à la Grèce qui font l’objet des désaccords les plus importants. En début de semaine dernière, pourtant, les nouvelles propositions mises sur la table par Alexis Tsipras semblaient enfin correspondre aux attentes des créanciers du pays (BCE, Commission européenne, FMI). Mais devant la discorde croissante dans son propre camp, le Premier ministre s’est résolu à demander l’avis du peuple lors d’un référendum. Un moyen de mettre la pression sur les bailleurs de fonds du pays qui se refusent toujours à renégocier sa dette (322 milliards d’euros, 177% du PIB), mais aussi une manière pour Alexis Tsipras de se dédouaner des possibles conséquences liées à l’échec des négociations.

En fin de semaine, le gouvernement grec joue donc quitte ou double : soit les nouvelles propositions sont acceptées auquel cas une première aide provisoire pourrait être débloquée en attendant de pouvoir déposer un dossier au Mécanisme européen de stabilité (MES), soit les négociations n’aboutissent pas avant le 20 juillet prochain et la sortie de la Grèce de la zone euro deviendra inévitable.

Le scénario catastrophe : le « Grexident »

Inenvisageable il y a de cela quelques semaines, la menace du « Grexit » a peu à peu trouvé des fidèles chez certains dirigeants européens. Angela Merkel par exemple, qui militait il y a encore peu aux côtés de François Hollande pour une résolution rapide du problème et un maintien de la Grèce dans la zone euro, a progressivement changé d’attitude ces derniers jours.

En témoigne l’évolution du discours de la chancelière allemande : rassurante au mois de mai, elle est apparue résignée le 1er juillet lors de son intervention au Bundestag. « Un bon Européen n’est pas celui qui recherche l’unité à tout prix », a-t-elle déclaré devant l’assemblée parlementaire. Même tonalité lundi 6 juillet au lendemain du référendum, lorsque pour rétorquer au non des grecs, la chancelière a averti: « les conditions pour des négociations sur un nouveau programme d’aide ne sont pas réunies ».

Parmi les points de blocage sur lesquels la dirigeante allemande se montre inflexible, il y a principalement la renégociation de la dette souveraine. Car, Angela Merkel doit composer avec une opinion publique allemande réticente à financer de nouveau le redressement de l’économie hellène. Par conséquent, côté allemand, le maintien des taux d’intérêt de même que des échelonnements du remboursement de la dette souveraine est un pré-requis à un quelconque plan d’aide. Le Premier ministre grec, en revanche, a fait de la réévaluation des créances du pays une condition de base des négociations, espérant une décote d’au moins 30% du montant que la Grèce doit rembourser actuellement sur plus de 16 ans.

Si aucune des parties ne cède, alors la situation du pays deviendra impossible à prévoir. Sans un rallongement de l’aide financière à Athènes, il ne faudra pas longtemps pour que les banques du pays, privées du soutien de la BCE, ne fassent faillite contraignant le gouvernement à effectuer des nationalisations massives. L’Etat ne serait pas non plus épargné : incapable de financer les retraites et de payer les fonctionnaires, celui-ci n’aura d’autre choix que de distribuer des reconnaissances de dette. Bientôt, les devises étrangères auront raison de cette monnaie parallèle et l’économie entière en pâtira.

Matéo Garcia

1 Comment

  1. Wat Rob

    Super article, pour une fois que les choses sont clairement dites, sans langue de bois.
    Merci

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