International, Politique

Grèce : Syriza à l’épreuve du pouvoir

Un dimanche de fin janvier, la victoire du parti de gauche radicale, dirigé par Alexis Tsipras, était actée. Lueur d’espoir pour les uns, source d’inquiétude pour les autres, cette consécration ne cesse depuis de faire couler de l’encre. Quels sont les véritables enjeux de l’avènement de cette formation anti-austérité ? Quelle est sa réelle marge de manœuvre ?

ATsipras

Syriza, le parti de gauche radicale anti-austérité, conduit par Alexis Tsipras a remporté les élections législatives grecques, avec 36.3% des voix. 8.5 points de plus par rapport à la Nouvelle Démocratie, la formation politique du Premier ministre conservateur, Antonis Samaras. Ce triomphe du parti, qui est désormais la première formation politique au Vouli (le parlement national ou littéralement le « Conseil des Grecs »), a suscité une joie indéniable au sein du kiosque de Syriza, situé en plein centre d’Athènes.

Comme on pouvait naturellement s’y attendre, cette élection n’a pas manqué de faire réagir à l’étranger. Dans l’Hexagone, François Hollande a félicité Tsipras avant de communiquer sa « volonté de poursuivre l’étroite coopération entre nos deux pays, au service de la croissance et de la stabilité de la zone euro, dans l’esprit de progrès, de solidarité et de responsabilité qui est au cœur des valeurs européennes que nous partageons ». David Cameron, premier ministre britannique, lui, a partagé sur son compte Twitter sa réserve concernant l’élection du parti Syriza qui, d’après lui « accroîtra l’incertitude économique en Europe ».

Nouveau gouvernement, nouvelles politiques

Au lendemain des élections, Alexis Tsipras, leader de Syriza et Premier ministre grec, a dû former « son » gouvernement. Réduit par rapport à celui d’Antonis Samaras, ce nouveau gouvernement ne comporte plus que onze ministères contre dix-huit. Des fusions de certains ministères ont également été effectuées. A titre d’exemple, ceux de la Culture, de l’Education, et de la Religion ne font désormais plus qu’un. Par ailleurs, peu de figures féminines sont présentes : on ne dénombre ainsi que six femmes vice-ministres parmi la quarantaine de ministres, ministres adjoints et autres secrétaires d’Etat. Aucune d’entre elles n’assume d’ailleurs un poste clé. Une situation de « mixité » toutefois en amélioration par rapport au gouvernement précédent où Olga Kefalogianni, au ministère du Tourisme, était bien seule.

Au ministère des Finances, c’est Yanis Varoufakis qui prend les rênes. A 53 ans, il a déjà été conseiller de George Papandréou jusqu’à ce que celui-ci devienne Premier ministre de la Grèce en 2009. Ensuite, il s’est rapproché de Syriza. Ce sera à lui que reviendra la délicate tâche de renégocier avec les créanciers de la Grèce, dans le but de mettre fin à l’austérité comme l’a promis au peuple le parti élu. Quant au ministère de la Défense, ce sera Panos Kammenos aux commandes. Âgé de 50 ans et réputé adepte d’une ligne dure vis-à-vis de la Macédoine (dont il conteste l’appellation) et de la Turquie, il est le chef des Grecs indépendants, une petite formation de droite souverainiste avec laquelle Syriza s’est alliée dans le but d’obtenir la majorité absolue au sein du Parlement. Une question pertinente se pose alors : comment se passera cette cohabitation entre deux formations qui ne semblent partager qu’une hostilité vis-à-vis de la troïka ?

D’après Kathimerini, un quotidien grec de référence de centre-droit, l’accord entre les deux est « simple ». Effectivement, les Grecs indépendants ont promis de soutenir la politique économique de Syriza au parlement en échange de quoi le parti de gauche renoncera à quelques menues réformes qu’il avait prévues dans le cadre de son programme.

Plan d’attaque et effet de contagion : l’analyse d’Haydar Çakmak

Contacté par la rédaction d’Aujourd’hui la Turquie, Haydar Çakmak, professeur de relations internationales à l’Université Gazi d’Ankara, a livré son point de vue sur l’avènement de cette nouvelle ère politique grecque : « La Grèce a une tradition de gauche. Depuis très longtemps, le parti socialiste est établi au parlement. Si la Grèce n’était pas en crise, il me semble que ça aurait été difficile pour le parti Syriza d’accéder au pouvoir ».

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Prof. Dr. Haydar Çakmak

Lorsqu’on lui demande s’il s’attendait à un tel changement, le professeur Çakmak répond par l’affirmative : « Oui. La Grèce est en crise, et les Grecs veulent une lueur d’espoir en cette période ». Au niveau de l’impact de cette élection sur l’Union Européenne, M. Çakmak pense que si le parti élu arrive à un résultat un tant soit peu concret en cette période post-électorale, d’autres pays appartenant à la zone euro, à l’instant de l’Italie, de l’Espagne ou de l’Irlande, voudront probablement eux aussi discuter les conditions actuelles. Toutefois, notre interlocuteur reste convaincu que Syriza n’osera pas faire sortir la Grèce de la zone euro.

Ensuite, interrogé sur le plan d’attaque de Syriza concernant la dette nationale, le professeur estime : « Le gouvernement d’Alexis Tsipras pourra négocier et/ou demander soit une extension du délai de remboursement de la dette, soit une baisse du montant de celle-ci. Néanmoins, la question est de savoir si l’Europe sera en mesure d’accorder ceci. Pour la France, je crois bien que M. Hollande sera enclin à accepter un délai supplémentaire à la Grèce pour le remboursement de sa dette. Mais supprimer carrément cette dernière n’est certainement pas une proposition qu’il saluera ».

Le jeune âge d’Alexis Tsipras, souvent assimilé à de l’inexpérience, alimente souvent les discussions. Un constat que ne partage pas du tout Haydar Çakmak : « Tsipras est certes le plus jeune Premier ministre en Grèce depuis 150 ans. Mais même si celui-ci n’a que 40 ans, son expérience politique est bien réconfortée, puisqu’il a débuté dans ce milieu dès l’âge de 16 ans. »

Sara Ben Lahbib

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