Chroniques, Le choix de la rédaction

Guerre d’Ukraine : enjeux et avenir des accords de Minsk du 12 février 2015

Février 2015. La crise politique ukrainienne, commencée réellement presque un an plus tôt – le 22 février 2014 – avec le limogeage de l’ex président pro-russe Viktor Ianoukovytch et son remplacement par les pro-occidentaux Oleksandr Tourtchynov puis Petro Porochenko, a bien cru connaître une issue pacifique avec ce que l’on a appelé les accords de Minsk 2, signés le jeudi 12 février entre l’Ukraine (via son président Petro Porochenko) et la Russie (par Vladimir Poutine), et forts d’une co-signature de garantie du président français François Hollande et de la chancelière allemande Angela Merkel.

Ces accords, signés sous l’œil du président autoritaire biélorusse Alexandre Loukachenko, devaient en effet mettre un terme à ce qui fut en premier lieu une crise internationale que personne n’avait vraiment envie de résoudre, avant de se muer en une véritable guerre dont les moments emblématiques furent l’annexion par la Russie de la presqu’île de Crimée le 18 mars 2014, et le début de ce que l’on appelle la guerre du Donbass le 6 avril 2014, un conflit long et très meurtrier toujours en cours dans l’Est du pays afin de permettre aux provinces dites pro-russes de s’affranchir du pouvoir central de Kiev. En presque un an, ce conflit a fait un peu plus de 7 000 morts, militaires et civils confondus, et a été marqué, le 17 juillet dernier, par un drame supplémentaire qui a frappé les esprits avec l’abattage en plein vol d’un avion civil de la compagnie Malaysia Airlines qui reliait Amsterdam à Kuala Lumpur.

Il faut enfin noter dans cette affaire que les États-Unis, pourtant garants depuis la fin de Seconde Guerre mondiale du maintien des équilibres de paix en Europe, sont dans une position de retrait volontaire à la différence, on s’en rappellera, de leur politique interventionniste lors de l’interminable guerre de Yougoslavie dans les années 90.

Ainsi donc, mis à part le renforcement de la protection par l’OTAN des pays frontaliers de la Russie, ce sont cette fois-ci les Européens que l’on prie d’agir pour régler cette guerre de plus en plus violente et aux conséquences de plus en plus inquiétantes et incertaines. Ce n’est donc pas par hasard que c’est de nouveau ce fameux « moteur » de l’Europe – à savoir le couple franco-allemand – que l’on a remis en marche pour tenter d’aboutir à un accord. Celui-ci fut obtenu mais avec beaucoup de difficultés même si ce fut à l’avantage des Russes et de leurs alliés.

En effet, on remarque des avancées importantes comme l’obtention d’un cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes, la libération des otages et le retour des négociations avec pour terme la levée des sanctions économiques contre la Russie. Cependant, ce que l’Histoire retiendra sous le nom d’accords de Minsk 2 nous semble avant tout être un aveu d’échec. Si les frontières actuelles sont en l’état garanties, on reconnait donc de fait deux des violations du droit international qui ont eu lieu depuis un an :

  • Changer la Constitution de l’Ukraine actuelle pour en faire un état décentralisé et de type fédéral : c’est-à-dire reconnaitre de fait la fameuse autonomie voire indépendance réclamée par les régions rebelles du Donbass. Ceci équivaut donc à reconnaitre l’état de fait de la guerre agressive menée par les pro-russes et, quoi que l’on en dise, la reconnaissance du soutien de leur puissant voisin russe.
  • Enfin en second lieu il n’est question nulle part de ce que deviendra la Crimée qui manifestement conservera son statut de rattachement de force à la Russie suite à un référendum condamné de manière quasi unanime par la communauté internationale.

Ainsi donc, même si les accords de Minsk 2 faisaient taire les armes et arrêter ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile, ce qui en soit est très louable, on notera aussi qu’ils reconnaissent le principe de primauté de la force sur le respect du droit international, et ceci est incontestable. Ces accords sont tout à l’avantage d’une Russie qui, depuis la deuxième partie des années 2000, n’a eu de cesse que de poursuivre la résurrection de sa puissance militaire et diplomatique. Vladimir Poutine, qui exerce un pouvoir de premier plan en Russie depuis le premier janvier 2000, avait fait de ce redressement son cheval de bataille, notamment en gagnant la seconde guerre de Tchétchénie de 1999 à 2000, puis lors de la courte et victorieuse guerre d’août 2008 en Géorgie.

En ce début d’année 2015, le pari audacieux de Poutine de reprendre la main en Europe face à l’extension de l’OTAN et de l’Union européenne semble manifestement en passe d’être gagné. En effet, la Russie semble finalement ne pas être affectée par les sanctions prises à son encontre suite à cette guerre d’Ukraine. De plus, l’affaiblissement économique et politique de l’Union européenne depuis la crise de 2008, associé à la politique de désengagement du théâtre européen menée par Barack Obama depuis son élection en 2008 et encore plus depuis sa réélection en 2012, font que Poutine a pratiquement les mains libres en Europe. À ce titre certains pays commencent à le sentir, ainsi en témoignent les déclarations de Viktor Orban, l’autoritaire et conservateur Premier ministre autoritaire hongrois, lors de la visite de Poutine à Budapest le 17 février 2015. Les deux dirigeants avaient loué les vertus de la démocratie dite non libérale, terme particulièrement choquant pour les occidentaux on en conviendra.

Enfin la toute récente alternance en Grèce devrait aussi nous alerter, notamment quand le jeune Premier ministre réformateur Alexis Tsipras devait indiquer, le 3 février 2015, que son ministre de la Défense Panos Kammenos était invité par son homologue russe pour une visite officielle à Moscou. On rappellera que la Grèce est membre de l’OTAN et de l’UE, mais la coalition d’extrême gauche Syriza-Anel élue en janvier dernier est en train de remettre en question énormément de choses pourtant considérées comme acquises depuis des décennies en Grèce.

On le voit donc, plusieurs crises minent l’Union européenne, les États-Unis se désengagent et la Russie continue sa montée en puissance.

Aussi, beaucoup de choses bougent en Europe et on sait que la Russie pense à renouer des liens à l’Ouest avec les déçus de l’aventure des récents élargissements, en bref les anciens pays du bloc.

Je pense que ce que nous observons en ce début d’année 2015 sont des relations internationales de plus en plus tendues et dangereuses qui attendent en réponse un engagement européen très fort pour que ce continent, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, reprenne enfin son destin en main.

Cela va-t-il enfin être le cas ? Hélas, les accords de Minsk 2, et ce quel que soit leur avenir, semblent démontrer le contraire et précipiter un peu plus l’Europe vers un avenir sombre ou du moins fort incertain.

Dr Olivier Buirette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *