Cinéma, Culture

« Hadi Tschüss » : un documentaire sur les migrations, à taille humaine

Logo du projetQu’est-ce qui poussent les immigrants à retourner dans un pays où ils n’ont que des souvenirs d’enfance ? Comment envisagent-ils leur futur après des années dans ce qui est devenu leur seconde patrie ? « Hadi Tschüss » est un film-documentaire qui aborde de façon réaliste, simple et humaine la question des immigrants turcs d’Allemagne qui ont pris la décision de rentrer au pays. Matthias Ditscherlein et Anne Denkinger sont les jeunes instigateurs du projet. Anne Denkinger a répondu à nos questions sur les origines, les enjeux et l’évolution du documentaire.

Ils sont issus de parents turcs, arrivés dans leur jeunesse voire nés en Allemagne. De la Turquie, ils n’ont que des souvenirs d’enfance, des souvenirs de vacances à la rigueur. Et pourtant, après des années en Allemagne, ils décident de retourner dans leur patrie d’origine. « Hadi Tschüss » suit le parcours de Münevver, Ruhan, Derya, Emine et Necip. Ils ont vécu entre 13 et 40 ans en Allemagne, de Düsseldorf à Berlin, en passant par Baden-Baden, Munich et Ingolstadt, et racontent leur expérience d’immigrants jusqu’à leur décision de retourner en Turquie. « Hadi Tschüss est un film sur des humains dont le cœur bat dans deux directions. » peut-on lire sur la page web du projet : http://www.hadi-tschuess.de.

Donner un visage à l’intégration et aux migrations

Tournage avec Ruhan

Tournage avec Ruhan

Depuis 50 ans, la question de l’intégration des communautés turques immigrées en Allemagne est au cœur des débats. Seulement, le phénomène tend à évoluer dans la direction opposée : en 2012, 30.000 personnes aux racines turques sont retournées au pays. Le projet filmographique, initié par Matthias Ditscherlein et Anne Denkinger, propose un regard plus profond sur les questions de l’intégration et sur les migrations entre l’Allemagne et la Turquie. Au-delà des préjugés et des clichés, l’approche du documentaire se veut à échelle humaine, dans le but de relancer un dialogue, un échange. La première partie du tournage eu lieu à Izmir à partir de septembre 2013, avec l’aide d’une amie cadreuse Sarah Klare. Ils ont accompagné et suivi le quotidien de chacun des cinq protagonistes du documentaire pendant une semaine. « Au début, [Sarah Klare] a fait des prises générales, abordé des sujets complexes avec eux, a demandé comment était leur quotidien. Après quoi elle a tout simplement essayé de l’observer par elle-même », explique Anne Denkinger. La réalisatrice évoque des prises de vue spontanées, naturelles, notamment dans la boulangerie de Ruhan où l’équipe est restée quelques jours. Les images sont simples, empreintes de la réalité de ces cinq personnes aux parcours différents, dont les destins se croisent. Elle nous parle de son ressenti de cette expérience : « J’ai rencontré tant de gens, et entendu leurs histoires. Pour moi, c’était l’opportunité de pouvoir raconter ces histoires parce que souvent, la représentation « normale » des migrations est en réalité fausse. […] C’est une façon de montrer que c’est normal de pouvoir se sentir chez soi dans deux pays, que ça ne devrait pas être un problème. »
Et pourquoi le titre « Hadi Tschüss » ? « Hadi » du turc, est une interjection similaire à « Allez ! » et « Tschüss » signifie « A plus ! » en allemand : « C’est un mélange germano-turc […] ça représente cet au-revoir, par rapport à la Turquie, par rapport à l’Allemagne. »

Des rencontres, une idée, un projet

Tournage avec Emine

Tournage avec Emine

Étudiante à l’université d’Osnabrück en Allemagne, Anne Denkinger a choisi de faire son troisième semestre de master « Migration internationale et relations interculturelles » spécialité « Politique d’intégration, asile, migrations entre Allemagne & Turquie » en Erasmus à l’université d’Izmir. Parallèlement, Matthias Ditscherlein, diplômé de journalisme télévisuel à Leipzig, effectue alors un service volontaire européen pour la mairie de Çiğli et est à la recherche d’un projet audiovisuel. « Nous avons rencontrés beaucoup de gens à Çiğli, qui nous ont parlé en allemand et raconté avoir passé beaucoup de temps en Allemagne […] L’idée du documentaire est venue d’elle-même. A l’origine, ce n’était vraiment pas prévu, j’étais venue à Izmir pour étudier », raconte Anne Denkinger. Les deux jeunes gens ont donc commencé à monter leur projet de toutes pièces : « Au début, on avait vraiment rien. On a pu emprunter du matériel gratuitement à la mairie, et on a essayé de travailler avec des institutions comme le Goethe Institut, d’écrire au consulat et aux entreprises promoteurs de films ». Le trailer, visible ci-dessous, rassemble les premières images issues du tournage à Izmir. Mais il reste encore à faire, la deuxième partie devrait être amorcée en Allemagne, à Ingolstadt, à partir de mai 2014. Le Goethe-Institut d’Izmir soutient le financement d’un tour dans différentes villes de Turquie au printemps prochain pour les besoins du tournage. Mais les ressources manquent encore : « Nous avons commencé le crowdfunding pour avoir l’opportunité d’être financé de façon indépendante », explique Anne Denkinger. A travers cette démarche, particuliers et partenaires intéressés peuvent faire un don via Internet et participer à la concrétisation du projet. « Nous avons surtout besoin de fonds pour la correction des couleurs, la prise de son et de musique […], la mise en place des sous-titres […] nous voulons faire ça de façon professionnelle, ne pas tout faire par nous-mêmes, et c’est pour ça que nous recherchons les dons. » A vous de cliquer sur http://www.startnext.de/en/hadi-tschuess pour plus d’informations, tant sur le projet que sur la campagne de financement.

Julie Delaporte

 

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