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Harcèlement sexuel : la parole se libère à l’Assemblée

Alors que l’affaire Baupin secoue la classe politique française, 17 femmes politiques lancent un appel dans le JDD (Journal du Dimanche) pour dénoncer les remarques et comportements sexistes. « Nous ne nous tairons plus » affirment elles, brisant l’omerta et la loi du silence.

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17 femmes politiques unies contre le sexisme

Alors que tous gardent en mémoire l’affaire DSK, l’affaire Denis Baupin secoue une nouvelle fois la classe politique. Suite à la révélation de quatre femmes politiques l’accusant de harcèlement ou d’agression sexuelle, la parole se libère. A droite comme à gauche, 17 anciennes ministres ont décidé de lancer un appel pour dénoncer systématiquement les remarques et comportements sexistes.
Le 15 mai, le journal du dimanche dédiait une tribune à ces 17 femmes, dans laquelle elle élevaient leur voix contre ce fléau. Loin d’être un réquisitoire contre la classe politique, celles-ci rappelaient le caractère omniprésent de ce fléau dans la société et le devoir d’exemplarité dans la classe politique. Via leur tribune, elles encouragent « toutes les victimes de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles à parler et à porter plainte ».
Pourtant, pour la plupart d’entre elles, se déclarer victime de harcèlement revient à se mettre en position de faiblesse, une situation inacceptable, pour « survivre » dans un monde à grande majorité masculine. En effet, l’Assemblée est composée de 27% de femmes députées, et 62% d’hommes.
Une tribune visant donc à mieux protéger les victimes, en dénonçant les failles de la justice et en proposant de nouvelles mesures. Comme beaucoup de parlementaires, elles réclament le doublement du délai de prescription en matière d’agression sexuelle et la possibilité pour les associations compétentes de porter plainte en lieu et place des victimes.
Selon une enquête du défenseur des droits rendue publique en 2014, au cours de sa vie professionnelle, une femme sur cinq est confrontée à une situation de harcèlement sexuel. Pour contrer ce « sexisme ordinaire », il faut changer les mentalités dans le monde politique, au travail et faciliter les procédures judiciaires.

Une tribune qui ne plaît pourtant pas à toutes les femmes politiques

Beaucoup ne souhaitent pas faire de l’Assemblée nationale le symbole du machisme.
La députée européenne, Nadine Morano, n’a elle pas signé l’appel des anciennes ministres. Invitée sur France Inter, mardi, elle déclarait ne pas être « d’accord avec la totalité du texte ». Rappelant que le harcèlement n’est pas le fait de la classe politique et précise qu’il est présent « partout ». Elle ne souhaitait pas « jeter l’opprobre sur tous les hommes politiques ». Il en va de même pour Christine Boutin, elle-même ancienne ministre, qui déclare dans un tweet avoir « honte de ces anciennes ministres qui laissent entendre que les hommes sont tous des obsédés ». Justifiant ses propos, elle affirme que « la gauloiserie fait partie de l’identité française. » Des propos suscitant une vive polémique sur internet.

La parole se libère, signe d’un changement ?

Pour le moment, aucune des femmes qui ont décidé de briser l’omerta n’a porté plainte. Les faits remontent souvent à vingt ans en arrière et sont désormais prescrits. Néanmoins, cette avalanche de témoignages y compris de la part de collègues masculins qui admettent avoir eu connaissance du « problème », sans que personne ne se décide jamais à parler va une fois de plus ébranler une classe politique française déjà discréditée et espérons-le, faire évoluer le combat des femmes pour l’égalité des sexes.

Myriam Durand

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