Economie, Politique

Hausse des prix de l’énergie : Causes & Conséquences

L’annonce est tombée comme un couperet : le gaz et l’électricité seront 9% plus cher à partir de ce mois d’octobre. Entre indignation et méfiance, la presse turque s’alarme.

« Şimdi Yandık » : c’est par ce titre sans équivoque que le grand quotidien turc Hürriyet a accueilli mercredi la nouvelle d’une hausse de 9% du prix du gaz. Jouant sur le verbe yanmak c’est-à-dire brûler/être en feu, la formule percutante signifie à la fois un « maintenant nous sommes brûlés » et un plus direct « maintenant on est foutus ».

Crédit Photo : iStockphoto.com

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La veille Taner Yıldız, le ministre turc de l’énergie, avait annoncé que la Turquie allait augmenter ses tarifs d’électricité et de gaz de 9% dès le mois d’octobre. L’organe de régulation du marché de l’énergie a par la suite précisé que la hausse du prix de l’électricité s’élèvera à 8,87% pour les ménages contre 6,1% pour les entreprises. En prenant pour exemple un ménage type composé de quatre personnes, cette hausse signifie que cette famille déboursera en moyenne 7tl de plus pour son électricité et 15tl de plus pour son gaz. Une bien mauvaise nouvelle que M. Yıldız s’est empressé de nuancer, expliquant qu’il s’agissait de la première hausse des prix en deux ans. D’après lui, les turcs disposent toujours du gaz naturel le moins cher d’Europe et d’une électricité dans le top 4 des plus abordables.

Monnaie faible et sécheresse

Une augmentation que le ministère a d’abord attribué à la faiblesse de la türk lirası, la devise turque, et en particulier face au billet vert : « Le fort taux d’échange du dollar est un gros désavantage pour le secteur de l’énergie ». Au même moment l’année dernière, ce même taux d’échange était fixé à deux türk lirası pour un dollar, il est désormais de 2,27 türk lirası. La Turquie dépendant fortement de l’étranger en matière de gaz (Russie, Azerbaïdjan ou encore Iran), sa monnaie nationale faible, toujours avantageuse quand il s’agit d’exporter, handicape ici sérieusement ses importations.

S’il est un argument qui fait sens, le taux d’échange défavorable n’est cependant pas le seul facteur d’une telle augmentation des prix. La chute d’une déjà moribonde production hydro-électrique nationale est tout aussi responsable. La Turquie pouvant aussi produire son électricité à partir du gaz naturel, le mauvais rendement de l’alternative hydro-électrique ne lui a pas laissé d’autre choix que d’accroître sa demande en gaz à ces fins. Ici aussi, le ministre turc de l’énergie possède l’explication : il n’a pas suffisamment plus ces douze derniers mois pour bénéficier au mieux des barrages.

Inflation en vue

Crédit Photo : Samsun Kent Haber

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Comme on peut s’y attendre, la hausse des coûts de l’énergie aura des répercussions sur l’ensemble des prix, entraînant mécaniquement une inflation encore plus forte. Les analystes estiment que cette dernière devrait gagner entre 0,6 et 0,7 point supplémentaire. Problème : en août dernier le taux d’inflation du pays culminait déjà à 9,54%, près du double de l’objectif fixé pour la fin 2014 par la Banque centrale turque. De nombreux regards sont désormais braqués sur cette dernière, qui pourrait être contrainte d’intervenir en modifiant ses taux d’intérêts. Voilà peut-être pourquoi la Turquie ne fait plus mystère de son intérêt envers une éventuelle adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS). Un gaz russe à prix réduit vaut sans doute mieux qu’une danse de la pluie.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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