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Hervé Falciani : « aujourd’hui, on est dans la Résistance »

falciani bfmC’est avec emphase et véhémence que le « lanceur d’alerte » de l’affaire Swissleaks s’est exprimé hier sur le plateau de BFM TV. Dans un entretien mené par Jean-Jacques Bourdin, il annonce un « nouveau raz-de-marée ».

Un intermédiaire de la CIA ?

Hervé Falciani s’est enfin mis à table. En face de lui, Jean-Jacques Bourdin, qui s’est montré très insistant avec des interrogations pressantes. Falciani, qui a trouvé refuge en France après avoir été inculpé par la justice suisse pour espionnage économique et violation du secret bancaire, est l’homme par lequel le scandale Swissleaks est arrivé : il s’est en effet emparé de données compromettantes de la banque HSBC Private bank Swiss en 2008, alors qu’il travaillait pour elle en tant qu’informaticien, et a utilisé ces informations pour dévoiler un système massif de fraude fiscale. Cependant, les confessions qu’il a livrées en direct hier ont remis en question ce que tout le monde pensait savoir, et ce sur plusieurs points.

Tout d’abord, l’ingénieur système de formation a expliqué que les données cryptées de la filiale suisse d’HSBC avaient en réalité été mises à sa disposition. Lorsque le présentateur lui a demandé par qui, Falciani est dans un premier temps resté évasif, évoquant des conditions « très particulières » dans lesquelles les informations lui sont parvenues falciani_2depuis l’extérieur de la banque. « Il y a des pays qui sont plus courageux que la France. Il y a des pays qui utilisent leurs services secrets pour l’intérêt général », a-t-il répondu, faisant allusion à la CIA, qui, « de sa conviction intime », lui a permis d’accéder aux fichiers de la banque pour en « assurer l’intégrité et la complétude ». Lorsque Bourdin lui a demandé s’il avait été un agent de la CIA, Falciani a répliqué « pas un agent, mais un intermédiaire ». Voilà qui donne un nouveau tour à cette affaire déjà rocambolesque.

Il est difficile de mesurer la véracité de ces propos, compte tenu du fait que le lanceur d’alerte a déjà payé cher ses révélations, et les enjeux sont encore importants pour lui. Le Franco-Italien a dû quitter la Suisse où il fait l’objet de poursuites, et les fonctionnaires qui ont tenté de l’aider, par exemple en sécurisant ses résidences ou en voulant faciliter l’éclatement de la vérité, ont à ses dires été mis à l’écart.

Il a aussi fait face à beaucoup d’accusations : on lui a reproché d’avoir tenté de vendre les informations de la HSBC au Liban, ce qu’il dément formellement. Il dit s’être adressé immédiatement à la Brigade de Haute Délinquance Financière de Nanterre, et d’interlocuteur en interlocuteur, avoir finalement été mis en relation avec le fisc. Sa version des faits aurait été confirmée par l’Audience nationale espagnole, qui est un haut tribunal de Madrid. Il a également été dit que la HSBC suisse lui avait refusé une augmentation et qu’il avait agi par esprit de vengeance. Or, Falciani a dit avoit été promu head of technical analysis peu avant son départ. L’autre élément qu’il réfute concerne ses rémunérations : il affirme n’avoir rien touché contre les données qu’il a récupérées, et avoir fait l’objet d’une campagne de diffamation de la part de la Suisse.

Des nouvelles déjà déroutantes, et Falciani ne s’est pas arrêté là.

Une critique acerbe de la classe politique

Au sein du personnel politique, presque tout le monde y est passé ; Falciani a dénoncé un système corrumpu qui dépasse le milieu des banques et gangrène également la politique. « On nous ment sur nos loi », a-t-il révélé, « la fraude fiscale est de plus en plus adaptée aux régulations ». Selon l’ex-informaticien, non seulement la banque HSBC, contrairement à ce qui avait été annoncé, n’a pas stoppé ses malversations, mais elle n’est de surcroît pas la seule à s’adonner à des HSBC-1280pratiques douteuses puisque des banques françaises seraient tout aussi malhonnêtes, le tout sous la bénédiction d’importantes figures politiques. Il annonce « un nouveau raz-de-marée » que personne n’a pour l’instant le pouvoir de déclencher mais qui devrait mouiller de nouvelles banques et de nouveaux hommes et femmes politiques.

Certains n’ont en effet pas été épargnés par le scandale, et Falciani a confirmé leur responsabilité lors de l’entretien. Ainsi, Michèle Alliot-Marie aurait tenté d’étouffer l’affaire Swissleaks en rapatriant les originaux des documents gênants en Suisse. Silvio Berlusconi, en Italie, aurait également fait obstruction à la justice. L’invité de BFM s’en est également pris au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qu’il a qualifié de « pirate en chef de l’économie ». « Ce monsieur s’est servi de nos finances pour se financer, pour financer le Luxembourg. Pour permettre aux entreprises d’avoir des profits qui ne seront pas déclarés et qui seront dans d’autres paradis fiscaux. Ce monsieur, c’est lui qui à la base, et qui aujourd’hui, s’affiche comme étant le redresseur de torts ». Falciani a également reproché à Michel Sapin de rester sourd face aux problèmes de corruption et de noircissement d’argent.

Quelques personnes trouvent pourtant grâce aux yeux du lanceur d’alarme, qui parle de rares incorruptibles. Nicolas Dupont-Aignan a affirmé mercredi que Falciani était « un homme courageux », et que c’était « l’honneur de la France » que de le protéger. Ce dernier lui a hier retourné le compliment, affirmant que l’homme politique, au même titre que les frères Boquet par exemple, s’insurgeait contre la corruption.

L’affaire prend donc un nouveau tour, car Hervé Falciani élargit le scandale et éclabousse de nouvelles cibles. Après avoir averti l’opinion de la décadence du milieu des finances, c’est à présent aux banques et aux milieux politiques qu’il s’adresse, les mettant en garde : pour lui, le peuple ne tardera pas à s’indigner de leur compromission. Falciani a déclaré : « On a besoin de pain et de jeu pour rester tranquilles. Et le pain va nous manquer. Et le pain, il est là. »

Victoria Coste

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