Chroniques, Le choix de la rédaction

HIVER 2014 : La relance du débat sur l’immigration en France et en Europe

Décembre 2014. Alors que la France se prépare aux fêtes de fin d’année, la récente inauguration du Musée de l’Histoire de l’immigration par le président François Hollande se fait autour d’une relance du débat sur l’arrivée des populations étrangères en France et, par extension, sur le territoire de l’Union européenne. Parallèlement se déroulent en Allemagne des manifestations de plus en plus importantes notamment contre la présence d’étrangers de confessions musulmanes. Avec ce regain d’intérêt des médias pour cette question il faut bien constater que nous nous trouvons là face à des réactions typiques de rejet de l’étranger. Des réactions systématiques lors des grandes périodes de crises où les opinions, désorientées, cherchent le plus souvent à trouver des raisons face aux temps difficiles qu’elles traversent et pour lesquels elles ne voient généralement pas d’issue à venir.

Aussi trouve-t-on dans cette série d’idées celle que la majorité des migrants arrivant en France et en Europe sont généralement de niveau de diplômes très bas voire inexistant, et viennent systématiquement pour toucher des allocations de chômage et autres prestations.

Cela ne tient pas compte du développement ces dernières années du nombre d’étudiants étrangers, de niveaux généralement élevés, qui viennent en France pour y faire des Master 1 ou 2 et aussi des doctorats. Certes un phénomène de type « réfugié politique » et/ou parfois climatique existe, notamment suites aux nouveaux problèmes qui touchent le Proche-Orient comme le surgissement d’états islamistes violents provoquant des exodes massifs de populations, ou bien encore les problèmes liés aux suites du processus des révolutions arabes en Afrique du Nord.

Mais, dans le cas de la France de début 2015, sommes-nous finalement face à un véritable problème ou bien face à quelque chose qui est de plus en plus instrumentalisée sur le plan politique ?

En effet le thème de l’immigration fut pendant longtemps l’apanage de l’extrême droite et donc du Front national (FN). Même dans le discours rénové de Marine Le Pen, il demeure encore un des principaux arguments du FN. Toutefois depuis le début en 2012 du quinquennat socialiste de François Hollande, et les conséquences de plus en plus graves de la crise économique et financière pourtant commencée en 2008 du temps de la majorité précédente, l’extrême droite ne cesse gagner du terrain dans les intentions de vote des français. En effet, les politiques que mène la gauche au pouvoir pour tenter d’endiguer les effets de la crise restent à ce jour sans effet. De l’autre côté, la droite n’arrive pas à présenter une alternative convenable, le semi-échec du retour en politique de l’ex président Nicolas Sarkozy est bien là pour le montrer. Même si ce dernier a remporté le vote des militants de son parti pour en prendre la présidence, il n’en demeure pas moins qu’une guerre des chefs s’annonce à l’UMP et ceci présente, dans les temps dramatiques actuels, une image d’instabilité et de cacophonie qui ne fait qu’encore plus renforcer l’extrême droite. A ce titre, la reprise des thèmes du FN sur l’immigration par la droite républicaine voire par certaines personnalités de la gauche ne changent rien au fait que, plus de deux ans avant la présidentielle de 2017, la candidate Marine Le Pen est donnée présente au second tour dans beaucoup de projections.

Ainsi la question de l’immigration, plutôt que d’être abordée d’une manière posée calme et humaine, devient un véritable enjeu passionnel au sein de tous les débats, notamment celui concernant la sortie à l’automne 2014 du livre d’Eric Zemmour Le suicide français, qui va jusqu’à évoquer un fort risque de guerre civile en France entre les français dits « de souche » et la population musulmane. Qu’on le veuille ou non, le débat est trop passionné pour être réaliste même si on ne saurait que trop rappeler que, parmi les flux de titres de séjours délivrés, tous ne le sont pas pour le même motif. Les cas « humanitaires » restent très minoritaires face aux étudiants étrangers ou au regroupement familial.

Ce thème de l’immigration en France ne va sans doute pas cesser de s’accroître pour devenir un des sujets majeurs de la présidentielle de 2017, et ce tout au bénéfice de Marine Le Pen dont le parti manie ce thème depuis toujours. On notera en même temps que cette question et ce débat s’étendent en Europe et, récemment, en Allemagne. Pour comprendre tout cela, il faut à mon sens en revenir au contexte des effets produits par les grandes crises économiques. De tout temps, les populations vont chercher des responsables à ces problèmes et cela tombe presque toujours sur les minorités, qu’elles soient religieuses ou autre. C’est une des grandes constantes de l’histoire des sociétés humaines.

Le débat en tout cas est lancé, même s’il est faussé et biaisé comme nous avons essayé de le montrer ici. N’est-ce pas alors pour la gauche républicaine une occasion de reprendre l’offensive dans l’opinion publique ? En effet, en laissant la droite classique s’enferrer dans la recherche de ses positionnements face au FN, la gauche pourrait alors saisir la reprise du discours qui rappelle que la France non seulement est un pays d’immigration et d’accueil depuis ses origines ; mais qu’aussi l’identité de la France, comme l’écrivait si bien le grand historien Fernand Braudel, s’est largement construite sur les brassages de plusieurs peuples.

C’est sans doute une occasion à saisir à gauche et aussi pour le pouvoir en place qui est apparu très affaibli ces derniers mois. La remontée de l’estime de François Hollande dans l’opinion publique passera peut être par là en 2015. Peut-être aussi que cela a commencé le 15 décembre dernier avec l’inauguration du Musée de l’Histoire de l’immigration par le président Hollande ?

L’avenir le dira, il faut en tout cas en formuler l’espoir alors que la sombre année 2014 est bientôt derrière nous.

Dr Olivier Buirette

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