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Hommage à Guy Bedos, humoriste et comédien engagé

Nicolas Bedos, fils de Guy Bedos, a annoncé le 28 mai dans l’après-midi la mort de son père. « Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père. Embrasse (Pierre) Desproges et (Jean-Loup) Dabadie, vu que vous êtes tous au Paradis », écrit Nicolas Bedos sur Instagram et Twitter.

Guy Bedos était un humoriste et comédien français né à Alger en 1934. Issu d’une famille qui le délaisse et traversant une dépression, il effectue ses premiers pas d’artiste à la suite de précieux conseils de son médecin. Il racontait d’un humour dérisoire : « J’ai fait du théâtre sur ordonnance médicale ». « Ma chance fut qu’un médecin attentif ait compris que j’étais en perdition. Profondément dépressif. Il a recommandé à ma mère de me laisser suivre une vocation artistique, sinon cela finirait mal »,expliquait-il au journal Le Monde en 2009.

Il s’est ensuite fait connaître grâce à des sketchs qu’il a produits en duo avec celle qui deviendra sa compagne, Sophie Daumier, décédée en 2004. Le sketch qui les révèle au grand public est consacré à la « drague » au début des années 1960.

Guy Bedos était également un grand polémiste qui ne voit aucun mal à tourner en dérision l’ordre établi. Lors de sa dernière apparition sur scène, il réglait alors ses comptes avec « les fachos ». Il exprimait sa crainte de voir la montée du Front National. D’un autre côté, il rendait hommage à Nelson Mandela et applaudissait le « courage » de Christiane Taubira. Il ne se cachait pas d’être de gauche et affirmait même que « ça devient difficile d’être à gauche. Surtout, quand on n’est pas de droite ».

Soutenant notamment activement l’association Droit au logement, il était un ardent défenseur des droits de l’Homme : « Ma Torah, mon Coran, ma Bible à moi, c’est la Déclaration universelle des droits de l’homme ». La lutte contre le racisme était son cheval de bataille, une phrase de sa mère l’ayant particulièrement marquée durant son enfance : « Les juifs et les Arabes, qu’ils s’entretuent, ça fera toujours ça de moins ». Il racontait d’ailleurs le « passage préféré » de son enfance avec ce qu’il nomme sa « vraie maman » dans Mémoire d’outre-mère, en 2005. Elle lui apprend non seulement à lire, à écrire et à compter, mais aussi les valeurs que sont la « liberté, (l’) égalité, (la) fraternité, (les) droits de l’homme au-delà des clivages qui divisaient l’Algérie ».

Ses plus grands succès sont « Un éléphant ça trompe énormément » (1976) et « Nous irons tous au paradis » (1977). Il a collaboré avec les plus grands tel que Marcel Carné, Claude Berri ou Patrice Chéreau. En 1990, il a reçu le Molière du meilleur « one-man-show ». Pendant des décennies, il a fait partie des plus grands humoristes français, aux côtés de Pierre Desproges et de Coluche. Il a également fait du théâtre, notamment dans La Résistible ascension d’Arturo Ui, en 1993. Et est apparu au cinéma en 2012 où il joue un vieux militant gueulard dans Et si on vivait tous ensemble, de Stéphane Robelin.

Préoccupé par la manière dont il allait quitter notre monde, il était membre de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Ce monument français expliquait qu’il ne voulait pas qu’on lui enlève sa dernière liberté : « En cas d’urgence, je choisirai le suicide assisté. Avec ou sans la permission du président de la République ». « La mort ne me fait pas peur si elle est administrée par quelqu’un. J’ai déjà choisi mon médecin-assassin qui, normalement, me fera une piqûre. Je n’ai pas envie d’être vieux, très vieux », se livrait-il sur France 5 lors d’une émission avec Alessandra Sublet, en 2014.

Anaëlle Barthel

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