Chroniques, Le choix de la rédaction

Hommage au journaliste Cüneyt Arcayürek

Septembre 2005. C’était l’un de mes premiers voyages à Ankara et j’allais rencontrer le doyen des journalistes turcs. Cüneyt Arcayürek donnait très peu d’interviews mais il avait accepté notre demande. Il nous avait reçus dans son bureau du quotidien Cumhuriyet.

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Cüneyt Arcayürek avait commencé au sein d’un organe de presse du CHP avant de devenir un observateur chevronné de la politique turque au cours d’une longue carrière journalistique de 68 ans.

C’est Cüneyt Arcayürek qui en 1974 dévoilera l’existence de la lettre de Johnson au grand public et préviendra du coup d’Etat de 1980. Sous la présidence d’Adnan Menderes l’exercice de son métier lui vaudra plusieurs mois d’emprisonnement. Le président Süleyman Demirel le nommera conseiller politique malgré leur divergence de vues. Cüneyt Arcayürek est l’auteur de plus de 36 livres portant sur l’évolution de l’histoire politique de la Turquie. Il a travaillé plusieurs années au quotidien Hürriyet avant d’intégrer définitivement Cumhuriyet et en devenir l’un des piliers ainsi que le membre de son comité de direction. Il y a écrit quotidiennement trente années durant. Il terminait ainsi son dernier article paru le 10 mai : « Je prends des congés mais la date du retour reste inconnue… »

Lors de mon interview, j’ai été frappée par son admiration pour l’Europe mais aussi par sa grande méfiance quant à la volonté des Européens pour l’intégration de la Turquie au sein de l’Union. Presque dix ans après le début du processus d’adhésion, on ne peut que constater la justesse de son opinion et la pertinence de son expertise politique.

Fervent défenseur de la République et des valeurs instaurées par son fondateur, il disait toujours : « Je suis né avec Atatürk et je mourrai avec »

L’homme intègre qu’il a été n’a jamais rien cédé dans l’exercice d’un journalisme libre et indépendant et a refusé toute forme de connivence avec le pouvoir. Cüneyt Arcayürek a mené une vie simple et animée par la passion qu’il avait pour son métier.

Père spirituel de nombreux journalistes, il a été et restera un modèle pour ses pairs. Je tiens alors à saluer et à honorer la mémoire de l’un des plus importants témoins de la politique turque ainsi qu’un grand journaliste inoubliable.

Mireille Sadège, rédactrice en chef et docteur en histoire des relations internationales

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