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“I can’t breathe”

La lutte contre les violences policières et contre les discriminations envers les minorités, notamment la communauté afro-américaine, font partie des sujets les plus brûlants aux États-Unis. Georges Floyd, c’est le nom le plus récent d’une longue liste de victimes de violences policières aux États-Unis. Son décès a soulevé une vague d’indignation à l’échelle mondiale, animant le débat sur les « bavures policières » encore trop présentes dans le pays.

« Cet homme naurait pas dû mourir »

Ce lundi 25 mai, George Floyd, âgé de 46 ans, a trouvé la mort lors d’une arrestation musclée à Minneapolis, au nord des États-Unis. Plaqué au sol pendant une dizaine de minutes, cet Afro-Américain est mort par étouffement, alors qu’un policier lui bloquait la respiration avec son genou. Immobile et souffrante, la victime a supplié à de nombreuses reprises les quatre officiers de police l’ayant interpellé de ne pas le tuer : « I cant breathe ! I can’t breathe ! », s’écrit-il. Des mots glaçants ne pouvant pas être plus clairs et qui sonnent pourtant très familiers si l’on se rappelle des derniers mots d’Eric Garner, mort en 2014, également asphyxié et plaqué au sol par un policier. Ces mots, devenus presque un cri d’alarme, ont également rythmé de nombreuses manifestations de protestations contre les violences policières.

« Être noir aux États-Unis ne devrait pas être une condamnation à mort. Pendant cinq minutes, nous avons vu un officier blanc enfoncer son genou dans le cou dun homme noir. Cinq minutes. Lorsque vous entendez quelquun appeler à laide, vous êtes censé aider. Cet officier na pas fait preuve dun sens humain le plus élémentaire. Ce qui sest passé hier soir est horrible. Cétait traumatisant », a déclaré le maire de Minneapolis, Jacob Fray, sur Facebook. « Toute la nuit, jai essayé de trouver les mots pour décrire ce qui sest passé. Tout ce que jai trouvé, cest ceci : cet homme naurait pas dû mourir. […] Quoi que lenquête révèle, cela ne change rien à la simple vérité, il devrait toujours être avec nous ce matin. À notre communauté noire, à la famille : je suis vraiment désolé », a-t-il ajouté.

Le premier rapport de police a indiqué que la victime s’était débattue, mais plusieurs vidéos montrant les horreurs de cette scène ont fait le tour d’Internet, laissant place à un torrent de colère à tous les niveaux. Au lendemain des faits, les quatre policiers présents lors de l’interpellation ont été limogés. Mais la famille et les proches de la victime réclament une condamnation pour meurtre.

Une enquête a été ouverte par la police fédérale. « Nous coopérerons totalement à lenquête du FBI », a assuré le chef de la police de Minneapolis en indiquant que les caméras portées par les policiers étaient allumées et pourraient ainsi permettre d’éclairer les circonstances de l’arrestation.

La puissance des vidéos

Mais à la suite de la diffusion de ces vidéos, de nombreuses émeutes ont éclaté dans les rues de Minneapolis pour protester contre ces tragédies malheureusement trop fréquentes. Les manifestants n’ont pas caché leur indignation, aboutissant à un affrontement entre policiers et manifestants : un commissariat a été pris pour cible, des commerces ont été pillés, et des voitures de police ont été attaquées. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un homme a été tué par balle à proximité des manifestations.

D’autres mouvements plus pacifiques en hommage à la victime se sont également déroulés dans la ville afin de réclamer justice.

Pour Georges Floyd, comme pour les autres victimes, ces scènes filmées par les passants à l’aide de leur smartphone ont provoqué un électrochoc au sein de l’opinion publique, donnant naissance à plusieurs mouvements qui se battent contre l’impunité des forces de l’ordre, comme Black Lives Matter, ou à de nouvelles lois à l’instar de la loi 1421. Ces vidéos ont même servi de preuve pour les quelques jugements des policiers meurtriers : au lendemain des faits, les quatre policiers présents lors de l’interpellation de Floyd ont été limogés.

Les larmes des célébrités

L’assassinat de Georges Floyd, ni plus ni moins, est au cœur de l’actualité internationale cette semaine. De nombreux débats refont surface, parfois rythmés par des questions difficiles à entendre, du type : « Était-il armé ? », « Était-il violent ? ».

De nombreuses célébrités ont même pris la parole, notamment Lebron James sur Instagram. La star du basketball a posté un montage photo où est écrit : « Voilà… …pourquoi », opposant d’un côté le policier maintenant son genou sur Floyd, main dans la poche, et de l’autre, le célèbre joueur de football américain Colin Kaepernick, genou à terre lors de l’hymne national, symbole de lutte contre les violences policières. « Vous comprenez pourquoi maintenant ? Ou est-ce encore flou pour vous ? », ajoute le joueur de Los Angeles.

Dans une interview menée par Craig Melvin, Stephen Jackson, un joueur de la NBA très proche de la victime, a également montré son chagrin quand il a appris la mort de son « jumeau ». « Je ne suis plus le même depuis », a-t-il déclaré.

85 ans de ségrégation raciale

Ils s’appelaient Michael Brown, Freddie Gray, Charleen Lyles, Tamir Rice, Eric Garner, Ezell Ford, Walter Scott, Georges Floyd… Ils étaient non armés pour la plupart, non violents, parfois atteints de troubles psychiatriques et certains étaient mineurs. Ils sont tous morts entre les mains des policiers. Leur mort a ravivé la flamme d’un lourd héritage afro-américain.

Des bavures policières à l’égard de cette communauté ? L’Histoire des États-Unis en est bien nourrie. Ce sont 85 ans de ségrégation raciale et dix ans pour l’abolir. La grande marche pour les droits civiques de 1963 aboutira à la signature du Civil Rights Acts un an plus tard, en 1964, par le président Lyndon B. Johnson. Cette loi déclara illégale la discrimination selon la race, la religion, le sexe ou l’origine nationale. Mais à la suite de l’assassinat de Martin Luther King, les violences policières et les émeutes reprennent de plus belle, laissant place à plusieurs milliers d’arrestations et une dizaine de morts. L’affaire Rodney King en 1991 au retentissement international enflamme à nouveau le pays.

Seulement dix ans plus tard, c’est l’élection du premier président noir des États-Unis. La communauté afro-américaine voyait en lui l’espoir de mettre un terme aux inégalités dans ce pays si rongé par la question « raciale ». Mais Barack Obama a vite voulu faire comprendre qu’il n’était pas seulement le président des Noirs, mais le président de tous les Américains. Après huit ans de présidence, le grand espoir du premier président noir s’est alors envolé.

Selon le Washington Post, 1 004 personnes ont été tuées par la police en 2019, soit environ trois par jours. 24 % d’entre eux étaient noirs, alors que la communauté afro-américaine représente 13 % de la population. 99 % des crimes commis par des policiers américains n’ont entrainé aucune condamnation.

Abou el amaim Nada

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