Chroniques

In-dépendance

Par Valérie Sanchez.

Sentir, ressentir son indépendance paraît être à la base de la liberté individuelle, comme un élément incontournable de la structure de la personnalité. Il arrive un âge (adolescence ?) où l’on découvre avec bonheur qu’on est auto-suffisant pour choisir, agir, penser et s’exprimer, même si cela s’accompagne aussitôt du sens des responsabilités.

Dans l’éducation française, que ce soit au sein de la sphère familiale ou celle de l’école, cette notion d’indépendance, liée au libre-arbitre, intervient fortement. C’est comme si le message était : « Sois indépendant d’abord, choisis-toi des liens ensuite » (je pense à la chanson de Moustaki, dans laquelle la sacro-sainte liberté est un jour oubliée pour une « belle geôlière »). Bien sûr, la vie en couple ou en famille, la vie socio-professionnelle, implique des compromis…

Ici en Turquie, je suis souvent surprise de constater combien le mot « indépendance » peut susciter l’incompréhension, voire la méfiance. Comme si une trop grande autonomie de la personne impliquait son manque de fiabilité, ou son infidélité. Comme si un certain degré de protection de la sphère privée signifiait une trop grande dose d’individualisme. Comme si exprimer une idée à contre-courant s’inscrivait de facto dans la marginalité.

Ici, on aime entourer, protéger, aider : qui s’en plaindrait ? Mais parfois, la surprotection ou l’intrusion forme une frontière très étanche avec la possession. Exemple. Il n’est vraiment pas rare en Turquie qu’un jeune couple qui « s’installe » dans la vie, à un moment où l’indépendance est vraiment en jeu, soit entièrement chapeauté, pris en charge matériellement et financièrement par les parents respectifs. C’est une forme d’assujettissement insidieux, mais parfaitement « naturel » pour tout le monde. Les jeunes couples français en rêveraient peut-être… ou peut-être rejetteraient-ils avec force une telle pratique : « On est capable de se débrouiller tout seul, et on va le prouver ! »

Encore plus ici qu’ailleurs, l’indépendance, tout comme la liberté, se mérite…

Valérie Sanchez

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