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Incursion de l’Etat islamique à Kobane

Alors que l’Etat islamique essuyait ces derniers jours des revers importants dans le nord de la Syrie, les djihadistes ont répliqué ce matin par une série d’attaque dans la ville kurde de Kobane. Kobane, place stratégique à la frontière turque, avait été le théâtre de plusieurs mois d’affrontements acharnés suite à une vaste offensive de l’Etat islamique en septembre dernier, pressant plus de 100 000 habitants à fuir en Turquie. En octobre 2014, l’Etat islamique prenait le contrôle de près de 50% de la ville. La situation semblait alors critique mais, après plus de quatre mois d’affrontements quotidiens, les combattants kurdes, épaulés par le soutien logistique de la coalition, avaient finalement chassé les suppôts fanatiques d’Abou Bakr al-Baghdadi, à la fin janvier 2015.

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Hier soir, les djihadistes ont fait leur réapparition à Kobane, après une longue bataille contre les troupes kurdes. Cette avancée semble répondre à la prise de villes clés comme Tell Abyad ou encore Ain Issa, à seulement trente kilomètres de Raqqa, par les troupes du YPG (Unités de protection du peuple). D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, l’attaque qui a permis à l’EI d’entrer dans Kobane a débuté tard mercredi, avec un attentat-suicide contre un point de contrôle tenu par une milice kurde. Les forces militaires britanniques basées au check-point ont confirmé à la BBC la violence de l’attaque. Ce matin, une voiture piégée a explosé, faisant au moins quinze morts, selon un responsable des Unités de protection du peuple (YPG). « L’Etat Islamique a fait exploser une voiture piégée dans une région en bordure de la frontière turque », a déclaré Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. « De féroces combats ont éclaté après cela dans le centre de la ville, des corps jonchent les rues », a-t-il ajouté. Des affrontements opposent des djihadistes aux Kurdes dans toute la ville. Selon les sources de l’hôpital de la ville, au moins douze personnes ont été tuées, et plus de soixante-dix sont gravement blessées. On ne sait combien de personnes vivent encore aujourd’hui à Kobane, tant les destructions sont massives : après des mois d’affrontements, la ville-martyre n’est plus que ruines.

Par ailleurs, l’Observatoire syrien des droits de l’homme rapporte que les forces de l’Etat islamique sont également impliquées dans des combats faisant rage dans deux banlieues de Hassakeh, au nord-est de la Syrie, à 270 km à l’est de Kobane. Les islamistes essayaient de prendre Hassakeh depuis plusieurs mois. Au moins vingt djihadistes et trente membres des forces du régime ont été tués lors de violents affrontements toujours en cours, jeudi, dans cette ville dont le régime syrien et les forces kurdes se partagent le contrôle. Les forces kurdes sont particulièrement présentes dans le nord et le nord-ouest de la ville. L’EI y est entré après avoir lancé, le 30 mai, une offensive sur ce chef-lieu d’une province frontalière de la Turquie et de l’Irak, où le groupe extrémiste sunnite est également implanté. « Les civils de ces zones fuient vers les quartiers nord de la ville », rapporte l’Observatoire.

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Une journée endeuillée, noire comme ce drapeau islamiste qui fait sa sinistre réapparition dans une région en convalescence. La peur tenaille, bien sûr, mais, face à la violence, vient aussi le temps des accusations, la recherche de coupables dans cette déferlante inendiguable des forces radicalisées. La question se pose alors: dans une région aux mains de forces kurdes, comme l’Etat islamique a-t-il réussi une telle opération, infiltrant les défenses de Kobane ? Organe du régime de Damas, la télévision publique syrienne a accusé la Turquie d’avoir permis à l’Etat Islamique de lancer l’offensive depuis son territoire, Kobane jouxtant la frontière turque. Une accusation aussitôt démentie par le bureau du gouverneur de la province de Şanlıurfa, affirmant disposer de preuves montrant avec évidence que les militants djihadistes seraient entrés dans Kobane depuis la ville syrienne de Jarablus, à l’ouest de Kobane : « nous avons des enregistrements vidéos » a-t-il précisé.

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Un triste bilan pour la lutte contre ce terrorisme organisé : l’Etat Islamique continue ses exactions et les pertes se font toujours plus nombreuses. La terreur ne connaît pas de limite et le chantage est partout : à l’heure où sont écrites ces lignes, deux temples de Palmyre ont sauté. Qu’est-ce en regard d’une ville entière comme Kobane, qui mettra sans doute plusieurs dizaines d’années à panser ses blessures ? Une fois de plus, le témoignage terrifiant de pratiques barbares froidement exécutées.

Elisabeth Raynal

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