Société

Internet : L’image, une arme comme les autres

La toute puissance d’Internet n’est plus à démontrer, il s’immisce dans nos foyers et nous abreuve d’images toujours plus violentes. Les faits divers nous amènent quotidiennement à nous pencher sur un phénomène propre à notre temps : la banalisation des images. Retour sur cette tendance inquiétante devenue ordinaire. 

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Lundi 5 janvier, l’agression de Cheyanne Willis, une jeune femme américaine (Ohio) est mise en ligne sur les réseaux sociaux. On la découvre se faisant passer à tabac par une bande de jeunes femmes aidées de la complicité du petit ami de la victime. Suite à la mise en ligne de l’altercation, la vidéo est immédiatement en une de Facebook et des médias américains. Des chaînes publiques comme ABC9 diffusent des extraits de cette vidéo afin d’illustrer leurs chroniques et donner une dimension plus percutante à ces dernières. Ce fait divers n’est pas sans rappeler la frénésie suscitée en France fin septembre pour un cas similaire. En effet aux alentours du 20 septembre 2014, une jeune fille est agressée dans un parc de Nancy par un groupe d’adolescents. L’humiliation et le passage à tabac sont filmés par l’un des agresseurs et aussitôt mis en ligne. L’affaire déclenche une véritable polémique sur la toile où les internautes se mobilisent afin de retrouver l’identité de l’agresseuse. A suivi un véritable lynchage virtuel de cette dernière tant par la divulgation de son identité et de ses coordonnées sur Facebook que par de virulentes critiques sur Twitter : « La blesser ça ne suffirait pas. Je dirais qu’il faut la faire souffrir. Fortement. » Ainsi, même si les actes de cette jeune fille étaient bien sûr punissables, la vague de protestations déclenchée par les réseaux sociaux conduit pourtant à une autre forme de violence caractéristique de celle qui opère derrière un écran.

On est face à un véritable phénomène de société, spécifique à la génération 2.0. Crier sa haine dans les commentaires Facebook ou Youtube. En effet quoi de plus facile que des mots à visage caché ? On remarque aujourd’hui de nouvelles formes d’altercations notamment par vidéos interposées appelées « clash » (citons par exemple le youtubeur Cortex qui a fait de cette technique sa pratique quotidienne favorite). Les images sont quant à elles banalisées, l’accès à internet favorise leur visibilité pour tous y compris aux plus jeunes. La vie privée est exposée sans vergogne, la pudeur ou l’intégrité ne sont alors plus de mise. Les images sont aujourd’hui une méthode voire un besoin de nous exprimer, il est dit que nous voyons plus de 3000 publicités par jour, mais on voit sans voir. C’est le même phénomène qui se produit sur internet, particulièrement sur les réseaux sociaux. L’œil est si habitué à y voir la violence et la cruauté qu’il va regarder des vidéos de lynchages ou de violences avec avidité – en laissant par la suite un commentaire acerbe et anonyme si le cœur lui en dit – sans se rendre compte qu’il participe finalement, certes à un degré différent, à cette violence qu’il dit renier.

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Si ce comportement semble intrinsèque à la nouvelle génération, il n’en demeure pas moins que le rôle des plus grands est à prendre en compte, la banalisation des images dopée par la téléréalité semble gagner toujours plus de terrain, repoussant firechallengesans cesse les limites… Les images et leur impact n’ont jamais été aussi violents. Rappelons-nous, en 2014 nous avons vu passer le phénomène du Neknomination, ce jeu où l’adolescent se filme en train de boire un verre entier d’alcool fort ou, encore mieux, le Fire Challenge : jeu qui consiste ici aussi à se filmer mais cette fois ci en train de s’asperger d’alcool à brûler pour ensuite craquer une allumette sur son corps. Ce « rituel » est réalisé dans une baignoire afin d’éteindre les flammes le plus rapidement, il n’en demeure pas moins que les accidents ne se comptent plus. Ces vidéos prolifèrent et se popularisent grâce aux réseaux sociaux notamment Facebook, à savoir qu’il n’existe pas d’âge minimum pour rejoindre ce dernier.

Nous sommes donc face à l’escalade d’une violence perverse, silencieuse car pénétrant notre cerveau sans bruit. L’œil est sensible à toutes les images qu’il reçoit même les plus imperceptibles. L’accessibilité d’internet à tous tend à rendre banal le visionnage de telles images et la constante évolution des technologies nous amène à être confronté à celles-ci d’une manière toujours plus brusque. La question à se poser est désormais la suivante : jusqu’où irons-nous et quel degré de violence sommes-nous prêt à accepter ?

Amélie Herbreteau

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